Un serpent de mer : l'étymologie du mot KER
Envoi de Marc'heg an Avel le 25 Octobre 2000:
Je propose en introduction un extrait des notes de EMGANN KARAEZ, La Bataille de Carohaise. Copyright JCE. 1996.
Il s'agit en effet d'un véritable serpent de mer de la culture bretonne, qui comme le monstre Nessy, revient de temps en temps à la surface et donne lieu à des discussions passionnées.
Donc, n'hésitez pas à donner votre avis. Toutes les critiques seront les bienvenues.
Caer / Ker :
E.Davies : John Rhys, a fait dériver caer du latin castrum, castra, et enfin J. Glyn Davies (Y Cymmrodor, xxvii, p 148) de Cadrum = quadrum (Lat.), 'enclos carré'. Le nouveau Dictionnaire Gallois (Geiriadur Pryfysgol Cymru) le rattache à cae, 'enclos', cf. Bret. and Corn. Kaer, Ker. Cette forme dérivée a été défendue par J.E.Lloyd dans Y Cymmrodor Vol. VI.pt.i, p.26 (c.1890).
I.Williams : " ... amddiffynfa eto. Ni chydsynnir ar y tarddiad, canys tybia rhai y deillia o'r Lladin castra, gan fod cynifer o'r dinasoedd caerog Rhufeinig yn dwyn yr enw caer yn Gymraeg. Nid oes enghraifft arall o -astr- yn rhoi -aer-, ac felly tybia Thurneysen fod castra wedi troi yn casera i roi caer, a catera i roi cader 'amddiffynfa'. Ni fedraf ei ddilyn. Gwell gennyf gyda Loth darddu caer o'r un gwreiddyn â cae, a chyharu'r ferf Wyddeleg dunaim, sy'n golygu 'cau, close, shut', bar', ac yn cynnwys dun yr enw cyffredin am anddiffynfa, fel y mae caer yn cynnwys bôn y gair cae-u, cau, ac yn golygu lle wedi ei gae-u i mewn. "
Traduction faite avec l'aide de Richard Parsons, professeur à Caerffili, Pays de Galles
"... forteresse encore. Il n'y a pas d'accord sur l'origine; ainsi certains pensent que cela dérive du latin castra, car de nombreux noms de villes fortifiées romaines viennent du gallois caer. Il n'y a pas d'autre exemple -astr- évolué en -aer-. De plus, Thurneysen est arrivé à la conclusion que castra est devenu casera, ce qui nous a donné caer, et que catera a donné cader 'amdiffynfa' forteresse. Je ne peux pas être d'accord avec cela et je préfère de beaucoup le concept du 20è siècle, c'est-à-dire que caer vient des mêmes racines de cae, similaire au mot gaelique dunaim, qui signifie 'clos, fermé, barré', et aussi dun. Le terme courant pour forteresse caer a le même début que le mot cae-u, cau, qui signifie un endroit clos. "
P.Galliou et B.Tanguy : " Devenu très fréquent à partir du XIè siècle avec le sens de ferme, village, le mot caer est rare en vieux-breton en raison de son acceptation ancienne. Issue d'un protype qagh- ro ou qagh-ra, formé d'une racine quagh "saisir, enclore", il a étymologiquement le sens d'"endroit clos" et équivaut anciennement au latin castrum "lieu fortifié" : Chester, issu du latin castrum, se dit en gallois Caer".
JCE : Malgré toutes les discussions savantes à propos de la racine du mot caer / Ker, il n'en reste pas moins que nous n'avons pas d'indication de ce préfixe dans la toponymie bretonne de Grande Bretagne d'avant la conquête romaine, ni en toponymie militaire ni en toponymie civile. La racine celtique servant à désigner les forteresses était soit dun-, que l'on retrouve dans Camulodunum (Colchester), Moridunum (Caermarthen) ..., soit rat-, que l'on retrouve dans Ratae Coritanorum = forteresse des Coritani (Leicester) et que l'on trouve en gaélique irlandais rath = camp.
Bien au contraire, on peut insister sur le fait que lors de l'installation de l'organisation romaine, les castra désignaient les forteresses essentiellement à usage militaire, auprès desquelles se trouvaient les vici, c'est-à-dire les villages civils, où se trouvaient l'activité familiale, industrielle et commerciale. Certaines villes n'étaient d'ailleurs à l'origine que des villes ouvertes, pour la plupart centres de commerce et de foires. Tels étaient les cas de Venta Belgarum (Winchester), Noviomagus (Chichester), etc. On peut même souligner que la première formation toponymique romaine en Ile de Bretagne a donné Lun-din-ium = le camp (din) près du plan d'eau (lun) = Londres, marquant ainsi l'utilisation effective par les Bretons de la racine dun-, din- pour désigner les forteresses. Ce n'est qu'à partir des troubles et de l'insécurité de la fin du IIè siècle qu'est prise la décision d'entourer les villes de murailles, les rendant ainsi semblables à des forteresses. Venta devient ainsi Venta Castrum, (ce qui est un contre-sens absolu, puisque ce nom signifie dès lors ville ouverte fermée !), d'où le breton Cair-Guent et l'anglais Winchester. Enfin, vers 370, le comte Théodose prend la décision d'inclure les vici à l'intérieur des castra, les deux racines servant désormais à désigner les mêmes agglomérations, tant civiles que miltaires.
JCE
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