Re: HISTOIRE DE LA BRETAGNE ROMAINE Forum Histoire des Bretons dans l'antiquité
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Forum Histoire des Bretons dans l'antiquité Modification: 15/9/2008
Création: 3/3/2001

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Re: HISTOIRE DE LA BRETAGNE ROMAINE

Envoi de l'ARMORIQUE et les BOUCHES DU RHIN le 22 Novembre 2000:

Réponse à: Re: HISTOIRE DE LA BRETAGNE ROMAINE envoi de Expédition de Maxime en Gaule. Printemps 383 le 21 Novembre 2000:

Extrait de GENESE DE LA BRETAGNE ARMORICAINE. JC Even. Lannion. Copyright 1999.



Deux sources apparemment divergentes concernant la destination de l'expédition de MAXIME :

1. Selon Zosime, (Vè siècle) : MAXIME s'est dirigé vers les Bouches du Rhin.

2. Selon Geoffroy de Monmouth (X, XIè siècle) : Maxime s'est dirigé d'abord vers l'Armorique

Donc deux écoles aux analyses diamétralement opposées.




L'ARMORIQUE

L'inadaptation des interprétations traditionnelles.


Cette identification de la Bretagne à l'Armorique pose de sérieux problèmes aux historiens car elle ne correspond pas du tout aux données des textes anciens, pas plus à ceux de l'Antiquité qu'à ceux du Bas-Empire romain, ni même à ceux du Haut-Moyen-Age. (23)

La toute première référence est celle de Jules César, qui dit explicitement que les peuples qui se qualifient (eux mêmes) armoricains sont : les Coriosolites, les Riedones, les Ambibarii, les Calètes, les Osismi, les Lémovices, les Unelles.

Cette liste provoque automatiquement, pour qui est honnête, l'observation que Jules César ne cite ni les Vénètes, ni les Namnètes, qui sont pourtant partie intégrante de la (P)Bretagne actuelle. Louis PAPE résume à lui tout seul la position de la majorité des historiens de Bretagne :

" Cette liste a suscité bien des commentaires; l'absence des Veneti peut s'expliquer par le désir de César de ne pas mentionner un peuple qu'il prétendait rayé de la carte; celle des Namnètes est plus curieuse mais il ne faut pas attacher une trop grande importance à une telle énumération dont l'ordre géographique est incohérent." (24)

Il s'agit donc d'une incompréhension évidente et de bonne foi, mais à laquelle on répond par une esquive, ce qui n'est malheureusement pas une réponse et qui de toute façon ne résout pas la question.

L'autre observation majeure à propos de cette liste est que si les deux peuples de la côte sud de notre (P)Bretagne ne sont pas nommés, César donne par contre ceux des Unelles du Cotentin, des Lexovii du pays de Lisieux (confondus avec les Lemovices du Limousin) et des Calètes du Pays de Caux, ce qui a pour effet immédiat de déplacer la limite de l'Armorique bien au delà de l'embouchure de la Seine, c'est-à- dire sur la Bresle, qui deviendra plus tard la limite entre les provinces romaines de Gaule celtique (ou Lyonnaise), et de Belgique, entre les Calètes et les Ambiani.

Les chercheurs sont assez discrets sur le cas des Unelles. Cela tient au fait que ce peuple a été plus tard, comme tous les autres peuples de la région, placé sous la responsabilité du Dux Tractus Armoricani, disposant de castella à Grannono / Cherbourg et Constantia / Coutances (25). Cette mention suffit apparamment à éviter un débat. Mais on pourrait aussi souligner le fait que le Cotentin, l'Avranchin, le Bessin, et le Craonnais, sont devenus bretons exactement en même temps et de la même façon que les comtés de Rennes et de Nantes et le pays de Retz, sous Erispoé, en 851, même si ces quatre contrées ont ensuites été reperdues définitivement en 933 (26). On peut donc se demander ce qu'en pensent ceux qui prétendent que la Bretagne n'a fait que remplir l'espace naturel de l'Armorique ! On comprend leur discrètion, puisqu'ils sont pris là en pleine contradiction. (27)

Le cas des Calètes a fait l'objet de bien plus de controverses et de contestations. Ne comprenant pas que l'Armorique puisse aller au delà de l'embouchure de la Seine, certains chercheurs ont voulu argumenter sur une graphie Cadètes figurant dans certains manuscrits de la Guerre des Gaules, et ont cherché à placer ce peuple quelque part vers l'embouchure de la Loire. Cela aurait bien entendu pour conséquence de palier à l'absence des Namnètes, et subsidiairement celle des Vénètes de la liste des cités armoricaines de César. En attendant cette aubaine, il faut se contenter de dire que pour l'instant ces recherches n'ont jamais été confirmées ni par les écrits, ni par l'archéologie ! (28)

Pour les Lémovices et les Ambibarii, j'invite le lecteur à se reporter à l'Encyclopédie des noms de personnes.

L'identification Bretagne = Armorique est également mise à mal par la Notitia Dignitatum, document administratif officiel de la fin du IV et du début du Vème siècles (395-423). Ce document, bien connu des historiens, nomme les unités militaires disposées dans de grandes aires géographiques et dépendant de responsables supérieurs ayant le titre de Dux. Ainsi, notre secteur était de la compétence du Dux tractus Armoricani, dont l'autorité s'étendait de Rouen à Nantes.



Pour en finir avec ces fausses interprétations étymologiques.



Dès lors que le sens du nom du pays Armorique se fait à partir d'une référence antique à l'Océan, il convient avant tout de bien définir ce que représentait le nom Océan pour les Anciens.

Aussi loin dans le temps que nous permettent de remonter les textes ou les indices que nous avons en notre possession, vers le VIème siècle avant J.C, les anciens navigateurs et géographes avaient déjà parfaitement compris que la Terre était ronde. Ils avaient très bien compris aussi, en toute logique, qu'on devait pouvoir en faire le tour. Le seul point sur lequel ils se trompaient est qu'ils croyaient que la Terre était fixe et qu'elle constituait le centre de l'Univers, lequel tournait autour d'elle, bien qu'un astronome de l'ïle de Samos, Aristarque, avait déjà envisagé que c'était la Terre qui tournait autour du soleil. Quant au continent Terre, c'est-à-dire la surface dure sur laquelle vivent les Hommes, ils l'imaginaient comme une île, de forme plutôt oblongue, dont le grand axe s'étirait d'est en ouest, et qu'elle était entourée de toutes parts par une masse liquide.

Les Grecs semblent avoir hérité des Phéniciens, leurs prédécesseurs hors de la Méditerranée, d'une racine non identifiée dont ils ont tiré le nom d' Oceanos = Océanos pour désigner ce qu'ils croyaient d'abord être un grand fleuve extérieur entourant la terre, et dont ils ont fait un dieu. Ils en ont tiré la racine du nom donné à la Terre habitée : Oikoumenh = Oecoumène. (29)

Le géographe Strabon a qualifié le poète Homère de promoteur de la connaissance géographique, et lui a attribué la définition de base à laquelle, avant et après lui, se sont rattachés tous les géographes de l'Antiquité : (30)

' Je m'en vais voir les confins de la Terre féconde, et l'Océan, père des Dieux'

qu'il explique de la façon suivante :

' Il (Homère) veut dire par là que tous les confins de la Terre sont liés à l'Océan; et ces confins sont disposés en cercle. D'ailleurs, dans le chant sur la fabrication des armes, il place l'Océan en cercle autour du bouclier d'Achille, sur la bordure'. (31)

Cette définition, Strabon la reprend pour son propre compte à plusieurs endroits de sa Géographie :

' ... le monde habité baigné de tous côtés par l'océan, ce qui est la stricte vérité.' (32)

' Que le monde habité soit une île, c'est d'abord l'expérience sensible qui nous force à l'admettre. De tous côtés, en quelque direction qu'il ait été possible d'atteindre les confins de la Terre qui nous porte, l'on rencontre la mer, que précisément nous nommons céan'. (33)

'... le monde habité est complètement encerclé par l'Océan.' (34)

'... les extrémités du monde habité, dans le sens de la longueur, sont mises à l'étroit par l'Océan qui les cerne de ses eaux'. (35)

'... notre monde habité, entouré d'eau de tous côtés ...' (36)
(autre traduction, de G.Aujac : Notre monde habité est baigné par la mer de toutes parts et semblable à une île...)

On retrouve la même définition chez Pacatus : "Car, puisque toutes choses reviennent à lui, puisque, à la manière de l'Océan qui enserre le globe et reçoit des terres les eaux qu'il leur fournit, tout ce qui du prince coule jusqu'aux citoyens retourne au prince ..." (37)

Cette vision du monde est celle des peuples méditerranéens, qu'il s'agisse des Phéniciens, des Egyptiens, des Grecs, ou des Latins. Ils ont pour eux-mêmes le sentiments d'être des peuples riverains de la Mer Intérieure, par opposition à ceux qui, se trouvant de l'autre côté du Monde, aux confins de la Terre, sont riverains de la Mer Extérieure, c'est-à-dire riverains de l'Océan. Il s'agit là d'une vision globale, applicable sans exception, comme le prouvent nos références bibliographiques de l'Antiquité ancienne et récente.


Suivent dans le texte GENESE DE LA BRETAGNE ARMORICAINE :

Les grands secteurs géographiques riverains de l'Océan.

Les mers qui font partie de l'océan.

Les golfes tributaires de l'Océan.

Les îles de l'Océan.

Les fleuves qui se jettent dans l'Océan.

Les Caps de l'Océan.

Les peuples riverains de l'Océan.



LES BOUCHES DU RHIN.



Comparativement au long exposé précédent à propos de l'Armorique, la question des Bouches du Rhin se résout de façon beaucoup plus facile et plus directe.

Reportons nous au texte de Zosime, Livre IV, Chapitre XXXV, paragraphe 4 :

" Ne pouvant supporter que Théodose ait été jugé digne de l'empire alors que lui n'avait même pas eu la chance d' être promu à un commandement important, il attisa encore plus la haine des soldats contre l'empereur; ceux-ci se révoltèrent sans se faire prier, proclamèrent Maxime empereur et, après l'avoir orné de la pourpre et du diadème, ils traversèrent aussitôt l'Océan sur des navires et abordèrent aux bouches du Rhin..."

Pour cela, beaucoup d'historiens, et non des moindres, ont pensé qu'il fallait chercher le point de débarquement de Maxime quelque part près de l'embouchure de ce fleuve. On peut citer par exemple Léon Fleuriot. (39)

Pour autant, ces chercheurs sont rendus perplexes par le fait que la rencontre entre les deux protagonistes se soit passée près de Lutécia / Paris. Pourquoi revenir sur Paris, et par quel chemin, alors qu'à l'embouchure du Rhin Maxime était bien plus proche de Trèves, sa cible.

La réponse, en vérité et en simplicité, se trouve chez Strabon : (40)

IV.3.3 : " Ces deux fleuves (le Rhin, et la Seine) coulent du sud au nord. En face de leurs embouchures se déploie la Bretagne, qui est assez rapprochée de celle du Rhin pour qu'on puisse apercevoir le Cantium, extrémité orientale de cette île, mais un peu plus distante de celle de la Seine. Le dieu César avait installé dans cette dernière son chantier naval quand il passa en Bretagne."

IV.5.1 : " ... quand on part de la région du Rhin (pour se rendre en Ile de Bretagne), on ne s'embarque pas aux bouches même du fleuve, mais chez les Morins, qui sont voisins des Ménapiens, à Itium, la station dont César fit sa base navale quand il se prépara à passer sur l'ïîe. Levant l'ancre de nuit, il toucha la côte opposée le lendemain à la
quatrième heure après une traversée de 320 stades."

On peut comprendre ainsi pourquoi Zosime, historien grec comme Strabon, et utilisant lui aussi la langue grecque, a utilisé l'appellation Bouches du Rhin. Mais il apparaît parfaitement que dans son esprit, cette appellation ne désignait pas seulement l'embouchure même du Rhin, mais aussi une grande partie de la côte située entre l'embouchure du Rhin et celle de la Seine. En définitive, derrière cette appellation se trouve tout bonnement indiqué le rivage de l'ensemble de la Gaule belgique.

Il est aisé d'en approfondir l'analyse. En effet, Strabon nous dit clairement que Itium / Boulogne-sur-Mer fait partie du littoral des Bouches du Rhin. Or ce port se trouve sur la côte ouest des Morini, sur la Manche, et non sur la Mer du Nord. Cela entraîne le fait que la côte ouest des Morini fait partie du littoral des Bouches du Rhin. Mais ce littoral des Morini ne s'arrête pas à Itium / Boulogne-sur-Mer, mais descend plus bas, jusqu'à l'embouchure de la Canche où, comme par hasard, on trouve Cantia-Vicus, point géopolitique important nommé plus tard par Nennius.

En poussant la logique à son terme, on doit alors souligner le fait que la Belgique ne s'arrête pas à l'embouchure de la Canche. A l'époque de l'Empire romain, la province Belgique va jusqu'à la rive ouest de la Bresle, incluant les territoires des Ambiani et des Catuslogi. Et, en remontant encore plus dans le temps, il faut aussi rappeler qu'à l'époque de l'indépendance gauloise, la Belgique allait jusqu'à l'embouchure de la Seine, puisque les Calètes étaient également des Belges.

Ainsi, Strabon et Zosime sont parfaitement cohérents entre eux. Quand ils désignent un point situé sur le littoral des Bouches du Rhin, ils désignent un point qui peut se trouver entre l'embouchure du Rhin et celle de la Seine.



(suit la liste des peuples riverains de la MANCHE (AREMORICA) et des Bouches du Rhin (Gaule belgique littorale).




Conclusion



Nos différentes analyses exposées ci-dessus nous permettent à ce stade de l'étude d'affirmer plusieurs points essentiels :

- Les pays riverains de l'Océan sont tous ceux qui se trouvent en bordure de l'océan extérieur du monde habité de l'époque et connu du monde méditerranéen, depuis l'Inde jusqu'à la Scandinavie, en faisant le tour de l'Afrique et de l'Europe, et ne désignent en aucune façon exclusive ceux de la Petite Bretagne actuelle.

- Les peuples qui se disent Armoricains ont comme point commun d'être en bordure de la Manche.

- Le littoral des Bouches du Rhin et celui de l'Armorique se recouvrent sur le secteur du golfe d'Ambianie, de l'embouchure de la Bresle à celle de la Canche et au Cap Gris-Nez, c'est-à-dire sur le littoral de la Manche de la province Belgique.


L'embouchure de la Somme se trouve dans la zône commune des deux secteurs.
Les deux auteurs de référence, Zosime et Geoffroy, avaient donc raison tous les deux !

JCE


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