Re: HISTOIRE DE LA BRETAGNE ROMAINE
Envoi de Mise en place du Tractus Armoricani et Nervicani : le Duché. le 23 Novembre 2000:
Réponse à: Re: HISTOIRE DE LA BRETAGNE ROMAINE envoi de MAGNUS CLEMENS MAXIMUS AUGUSTUS: 31 aout 383 le 23 Novembre 2000:
Extrait de GENESE DE LA BRETAGNE ARMORICAINE. JC Even. Lannion. 1999.
Première entité : le DUCHE.
Il faut rappeler en préambule de ce paragraphe que le dux est une personne qui exerce uniquement une fonction militaire sur un territoire précis : le duché. Le dux n'est pas obligatoirement issu de famille royale, princière ou noble : c'est tout simplement un militaire de qualité qui doit mettre son art et ses compétences, dans le respect des lois de l'Empire, à la protection du territoire qui correspond à son duché.
Ainsi, le dux peut être en charge d'un territoire composé de plusieurs cités, royaumes, ou ethnies. Il est possible qu'il soit dux uniquement sur ses congénères nationaux, mais il peut très bien l'être aussi sur d'autres groupes ethniques. Il peut commander à plusieurs rois (chefs de peuples), à plusieurs comtes (représentants de l'Empereur), ou à plusieurs groupes ethniques, sans avoir à privilégier les uns par rapport aux autres. De cette manière fondamentale d'appréhender l'histoire dépend la compréhension de l'implication des unités bretonnes en général, et de Conan en particulier, dans le système gaulois septentrional.
Le point le plus facile à identifier de ce duché a été le Cruc Ochidient car il y avait consensus à son sujet pour le placer au Menez Hom, au fond de la rade de Brest, c'est-à-dire à l'embouchure de l'Aulne. L'étymologie de Cruc qui signifie colline de forme arrondie se trouve confirmée par le toponyme voisin de Telgruc-sur-Mer, qui signifie littéralement en langue bretonne e tal ar c'hrug = près de la colline en forme arrondie. La variante apportée par Léon Fleuriot, à partir de manuscrits irlandais, Duma Ochidient, permet de mettre en évidence le doublet latino-celtique Mons + Duma (colline en forme de dôme = arrondie), qui a donné l'oronyme breton Menez- Hom, après mutation D > H. L'ensemble est à nouveau confirmé par d'autres toponymes voisins, qui ne sont ni plus ni moins que des synonymes : Argol (are-collis = devant la colline), et Dinéault (din = camp, fortification + Alt = hauteur).
Le deuxième point, Cant Guic, a depuis fort longtemps attiré l'attention et provoqué les querelles des chercheurs : Quentovic / Cantia Vicus, à l'embouchure de la Canche. Le problème qui s'est posé jusqu'à présent, et qui a fait hésiter les chercheurs a été précisément la focalisation sur la (P)Bretagne. Comment en effet rattacher l'embouchure de la Canche à l'épopée de Maxime quand on est persuadé a contrario que ce dernier a débarqué au Conquet, à Plouguerneau, à Saint-Malo, ou à Nantes, et quand on est persuadé que l'Armorique désigne la (P)Bretagne. Cette hypothèque est désormais levée par l'identification des lieux de débarquements et de combats en Picardie et en Artois : Quentovic se trouve bien dans le secteur concerné : il fait partie de l'Armorique.
La jonction des deux points s'accorde parfaitement avec le concept gaulois archaïque de l'Armorique qui désigne les côtes de la Manche, de la Pointe Saint-Mathieu au Pas-de-Calais, et avec le concept du Bas-Empire romain du système de défense des provinces riveraines de la Manche : il s'agit bien du Tractus Armoricani dont parle la Notitia Dignitatum.
C'est le troisième point qui a provoqué de loin le plus de controverse entre les chercheurs, rendant quasiment opaque et incompréhensible l'identification d'une logique géographique, géopolitique et/ou militaire. Il n'est pas impossible que ce nom Mons Jovis désigne un point situé sur ou à proximité de la limite intérieure de la zone territoriale du duché mis sous le commandement breton. Il faut de toute façon qu'il désigne un point remarquable, si possible présentant une étendue d'eau, sur une hauteur ou à proximité immédiate d'une hauteur elle-même remarquable. Il se pourrait très bien qu'il désigne un point de la limite méridionale de la cité des Nerviens, en Belgique IIè, comme nous en connaissons plusieurs exemplaires dans le secteur. Cette hypothèse aurait pour effet de créer un lien dans l'interprétation Dux Tractus Armoricani et Nervicani. Malheureusement, les Mons Jovis sont nombreux sur l'ensemble des Gaules et cette profusion oblige à la retenue.
En conclusion provisoire, nous pouvons dire aujourd'hui que le territoire sous commandement du Dux Tractus Armoricani et Nervicani englobe la totalité de l'Armorique romaine (provinces de Rouen et de Tours), et de la Belgique maritime, jusqu'aux embouchures de la Meuse et de l'Escaut. Il s'agit non pas d'un concept civil ni politique, mais essentiellement d'un concept militaire, qui ne se calque pas forcément sur les précédents.
JCE.
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