Re: HISTOIRE DE LA BRETAGNE ROMAINE
Envoi de Fin de MAXIME à Aquilée : lundi 28 aout 388. le 24 Novembre 2000:
Réponse à: HISTOIRE DE LA BRETAGNE ROMAINE envoi de Marc'heg an Avel le 19 Octobre 2000:
L'entente entre Maxime et Théodose ne dure pas bien longtemps.
Maxime tente de jouer d'influence sur le tout jeune empereur Valentinien II, dont il connait la faiblesse. Celui-ci délègue alors auprès de Maxime, à Trèves, un plénipotentiaire du nom de Domninus. Celui-ci, rempli de promesses rassurantes de la part de Maxime, rentre en Italie.
Mais la tentation est trop grande et la faiblesse de Valentinien II tellement évidente que, passant outre la mise en garde de Théodose, Maxime pénètre en Italie à la fin de l'année 387, après avoir proclamé auguste / empereur son fils Flavius Victor qu'il laisse à Trèves sous la garde des généraux Quintinus et Nannienus.
Les textes dont nous disposons disent que ce sont Conan et Adeon, avec leurs Bretons Segusientes, qui obtiennent la reddition de Rome pour le compte de Maxime.
Le jeune Valentinien II, sa soeur Galla, et leur mère l'impératrice Justine ont tout juste le temps de s'enfuir par la mer à Brindisi et de se réfugier à Thessalonique, capitale de la Macédoine.
L'impératrice mère, Justine ne perd pas le nord pour autant, c'est le moins que l'on puisse dire.
En effet, Théodose a perdu sa femme, Aelia Flacilla, à l'automne 386, avant d'avoir perdu peu de temps auparavant aussi sa fille Pulchérie. Il lui reste son fils Arcadius, qu'il a fait auguste / empereur le jeudi 19 janvier 383.
L'impératrice mère Justine propose alors en mariage à l'empereur veuf sa propre fille Galla. Marché conclut, si l'on peut dire ! A l'automne 387, l'empereur d'Orient, Théodose Ier, épouse Galla, la soeur de Valentinien II, empereur d'Italie, berceau sacré et coeur de l'Empire, et d'Illyrie. Il devient par le fait le beau-frère de Valentinien II, le gendre de Justine, ... et leur obligé. Bien joué, Justine ! (même si la Morale y est un peu bafouée).
La guerre est donc devenue inévitable entre les deux empereurs. L'une des premières victimes du conflit est le Franc Méraubode, maître de la milice et allié de Théodose. Il est étranglé chez lui par des exécuteurs bretons.
Théodose, réitérant les méthodes de Constance, s'assure la neutralité des pays frontaliers de l'Orient, soudoie des Francs barbares qui se font un plaisir d'attaquer Quintinus et Nannienus sur le Rhin, et groupe lui-même une armée dans laquelle il enrôle un grand nombre de Barbares de l'est, tels des Huns, des Goths, et des Alains. Il confie deux corps d'armées aux généraux de race franque Richomer et Arbogast et se réserve pour lui-même le troisième corps. Partant de Thessalonique au printemps 388, après un parcours long et éprouvant, son armée pénètre en Pannonie par la vallée du Vardar.
Maxime le devance en Pannonie et parvient à Siscia / Osijek, sur la rivière Sava où les deux armées s'affrontent aussitôt. Là, malgré la défection d'une partie de l'armée ennemie, Maxime est écrasé par Théodose.
Ce dernier se porte alors à la rencontre du deuxième corps d'armée de Maxime, en réserve, et commandée par Marcellinus, le frère de Maxime. Là aussi, et malgré une résistance des plus héroïques, Marcellin est écrasé à son tour à Poetovio / Ptju, sur la rivière Drava, en Pannonie supérieure. Marcellin ayant péri dans les combats, les survivants de son armée baissent leurs étendards et se rendent à Théodose qui les incorpore aussitôt dans sa propre armée comme condition de pardon et de la vie sauve.
Devant ce double désastre, Maxime s'enfuit vers l'Italie avec sa garde Maure, et s'enferme dans Aquilea / Aquilée, ville située au fond de l'Adriatique. Théodose part à sa poursuite, et après s'etre arrêté à Hemona / Ljubliana pour en recevoir la reddition il arrive à son tour devant Aquilée, dont il établit aussitôt le siège.
Maxime, qui ne dispose plus d'armée et qui se rend bien compte qu'il ne peut attendre des renforts de Gaule, est contraint lui aussi à la reddition.
Il sort de la ville et va demander la clémence de son vainqueur, arguant que c'est contre son gré et poussé par de mauvais conseillers qu'il avait entrepris cette guerre. Mais Théodose, après un moment d'hésitation, puis cédant aux exigeances de ses officiers, ordonne l'exécution immédiate des prisonniers. Maxime est alors immédiatement dépouillé de ses insignes impériaux, et décapité en même temps que toute sa garde maure. Nous sommes le lundi 28 aout 388.
Pour parfaire sa victoire, Théodose ordonne l'abolition de tous les privilèges décernés précédemment par Maxime, et donne l'ordre de rechercher et de mettre à mort le jeune Victor, le fils de Maxime. La sentence est exécutée par le chef Franc Arbogast qui, après avoir capturé Victor, le fait étrangler. C'était encore un enfant, il n'avait pas plus de sept ans. Mais c'était la règle romaine !
Dix mois plus tard, le mercredi 13 juin 389, Théodose fait une entrée triomphale à Rome, en compagnie de son fils Honorius et du jeune Valentinien II auquel il rend son empire.
Le 14 juin, tous les biens de Maxime et de ses amis sont confisqués à Trèves.
Ainsi se clôt l'épopée de Magnus Clemens Maximus Augustus, que les textes épiques gallois apelleront plus tard Maxen Wledig.
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Epilogue.
Que se passe-t-il alors pour les Britto-romains proches de Maxime et installés en Gaule ?
Nous venons de voir que l'empereur encore enfant, Flavius Victor, fils de Maxime, a été exécuté.
Nous n'avons aucune information concernant Elen / Hélèna, la seule impératrice romaine d'origine britto-romaine de l'Histoire, et épouse de Maxime. Nous ne pouvons donc rien affirmer à son sujet, mais nous n'avons pas non plus de preuves qu'elle aurait assassinée en même temps que son fils.
De Conan, par contre, les indices nous laissent à penser qu'il a bénéficié lui aussi de l'amnistie décrètée par Théodose. Il a donc eu la vie sauve, à condition de reconnaître désormais Théodose et par la suite le fils de celui-ci Honorius.
On peut en effet rappeler les propos du panégyriste Pacatus à propos de l'amnistie de Théodose :
" Nul homme ne fut noté d'infamie, nul ne fut frappé d'un blâme ou enfin d'une réprimande; nul ne paya même d'une admonestation désagréable à entendre une faute qui méritait la mort. Tous furent rendus à leurs maisons, tous à leur femme et à leurs enfants, tous enfin, ce qui est plus doux, rendus à l'innocence. Vois, empereur, ce que tu as obtenu par cette clémence ...".
Peut-on penser que Théodose aurait confirmé Conan dans ses fonctions établies par Maxime ? On peut douter que Conan serait resté impassible devant l'assassinat de son neveu Victor, et peut-être celui de sa soeur Hélène, par le Franc Arbogast.
Il est parfaitement clair que le jeu d'Arbogast, fidèle de Théodose et visiblement avide de pouvoir, est de faire en sorte d'éliminer Conan, et si ce n'est possible physiquement, au moins d'en aténuer et réduire au maximum l'autorité. Il semble bien en tout état de cause que du côté de Théodose la négociation a prévalu sur la coercition, afin déviter une nouvelle tentative de sécession de l'Ile de Bretagne, qui pourrait provoquer une nouvelle guerre civile, ce dont l'Empire de l'époque n'a vraiment pas besoin.
La suite des évènements, jusqu'à la fin du IVè siècle et durant tout le Vè siècle est trop confuse pour pouvoir conclure définitivement sur l'étendue du territoire sous contrôle des Britto-Romains en Gaule armoricaine. L'histoire est quasiment muette sur des activités bretonnes en Armorique et en Belgique jusqu'à Clovis. On nous dit qu'il y aurait eu un soulèvement contre l'autorité impériale au début du Vè siècle. On en parle un peu à propos de la défense de l'Occident contre Attila, en 451, où ils sont qualifiés de Letavii. On sait que des Bretons sont installés au nord de la Loire à l'époque de la Guerre des Wisigoths, entre 466 et 475. On sait désormais qu'ils ont participé à cette guerre du côté des Gaulois du Nord et des Burgondes. Nous en parlerons en temps nécessaire.
Mais il semble bien que pour l'heure, après la défaite de Maxime, leur autorité territoriale en Gaule est désormais réduite et ne peut couvrir une zone correspondant à l'ensemble de l'Armorique et de la Belgique réunies.
Quoiqu'il en soit, l'amnistie politique et militaire promulguée par Théodose a pour effet de confirmer a priori la légitimité des décisions prises par Maxime et de les entériner, même si ces dispositions ont pu évoluer par la suite, sous d'autres pressions et dans d'autres conditions géopolitiques et militaires.
Conan et ses Britto-armoricains doivent donc se contenter de l'apanage créé à l'extrême ouest armoricain, sous les ordres d'un autre dux armoricani, distinct bientôt du dux Belgicae (anciennement Nervicani).
JCE.
Réponses:
Répondre
|

|