Re: HISTOIRE DE LA BRETAGNE ROMAINE
Envoi de 458-468 : EMRYS face aux Jutes ... et aux Wisigoths ! le 15 Décembre 2000:
Réponse à: HISTOIRE DE LA BRETAGNE ROMAINE envoi de Marc'heg an Avel le 19 Octobre 2000:
En Ile de Bretagne.
Le personnage d'Emrys Wledig a fait couler beaucoup d'encre chez les historiens modernes. Qui est-il ? d'où vient-il ? quels sont ses titres et ses fonctions ?
J'ai pour ma part rejoint depuis longtemps l'avis de Léon FLEURIOT (Origines de la Bretagne) : compte tenu de la chronologie, Ambroise Aurèle est le même personnage que l'on rencontrera dans peu de temps sous le qualificatif Riothamus = Rigo Samos = Grand Roi, et qu'il est en charge, dès 458 environ, de la province romaine de Bretagne et des côtes nord de la Gaule sur la Manche. C'est pourquoi certains écrits disent qu'il commande aux "Francs et Bretons d'Armorique".
Les Jutes sont certes implantés dans l'est du Kent, ceci est désormais un fait acquis et définitif. Mais il semble bien, et cela sera confirmé par la suite, qu'Ambroise Aurèle / Emrys a les moyens, après avoir rétabli la situation politique interne de la province romaine de Bretagne, de rétablir aussi la situation militaire vis-à-vis des Jutes. Le calme relatif qui s'installe laisse à penser à un statu-quo, dans lequel les Jutes barbares et païens, alliés à une partie des Britto-romains, sont tolérés dans la mesure où ils restent en paix et n'entravent pas la vie dans l'Ile ni le commerce avec le continent.
En 465 cependant, la Chronique anglo-saxonne relate un incident grave :
"In this year Hengest and Aesc fought against the Welsh near Wippedesfleot and there slew twelve Welsh nobles, and one of their thanes, whose name was Wipped, was slain there". "En cette année Hengist et Aesc combattirent les Bretons près de Wippedesfleot et y tuèrent une douzaine de nobles bretons, et l'un de leur chefs (aux Jutes), nommé Wipped, fut tué à cet endroit".
Le lieu n'est pas identifié, mais le suffixe -fleot permet de penser à un site de bord de mer, probablement à proximité de l'embouchure d'un petit fleuve côtier. A défaut d'en savoir plus, on pourrait envisager un endroit dans le fond de l'embouchure de la Tamise, côté sud, ou un endroit du côté de Folkestone.
Nota : les Britto-romains sont appelés Welsh par la Chronique anglo-saxonne. Une partie d'entre eux, en particulier ceux et les amis du clan de Vortigern semblent se satisfaire de la 'collaboration' avec les Jutes. L'autre partie, les amis d'Ambroise Aurèle / Emrys Wledig et Uther, plus réservée, voir hostile à cette alliance, laisse déjà entrevoir la naissance de l'idée 'nationaliste' Cymri.
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Sur le continent
La disparition de Libius Sevère, le 14 novembre 465, marque le début d'une vacance de pouvoir impérial de plus d'un an en Occident : ni auguste / empereur, ni césar / vice-empereur !
Un problème surgit au mois d'août 466 chez les Wisigoths d'Aquitaine qui, comme nous l'avons vu précédemment, sont maitres d'un important territoire dans le sud-est des Gaules, du Rhône à la Loire. Le plus jeune des princes de ce peuple, Euric (Eurico, Evaric, Eoric, Henric ...) fait assassiner le roi Théodoric II, son frère, et prend la royauté sur les Wisigoths.
L'absence du pouvoir impérial en Occident, situation propice à l'éclosion de désordres, dure jusqu'au début de l'année 467, date à laquelle Léon Ier, à nouveau en accord avec le patrice Ricimer, nomme césar pour l'Occident le grec Procopius Anthemius, qui a été général, puis patrice en Grèce, puis consul en 455 en compagnie de l'empereur Valentinien. Arrivé en Italie, Anthémius est proclamé empereur par l'Armée, le mercredi 12 avril 467. Cette proclamation ne semble pas être du goût d'Euric, roi des Wisigoths fédérés d'Aquitaine, qui rompt tout simplement son foedus et entame une nouvelle partie de bras de fer avec les autorités de Rome. Ses intentions semblent claires : réunir à son royaume et mettre sous son commandement tout le reste de l'Aquitaine, de l'Océan aux Pyrénées et jusqu'à la Loire et le Rhône.
De son côté, le couple Anthémius-Ricimer semble fonctionner positivement puisqu'en novembre ou en décembre de cette même année, Ricimer épouse Alypia, la fille d'Anthemius. Le lundi Ier janvier 468, Anthemius inaugure à Rome son second consulat. Son panégyrique est prononcé par Sidoine Apollinaire.
Mais les espoirs sont bien vite déçus. En cette même année 468, le patrice Basiliscus, oeuvrant pour le compte des deux empereurs Léon Ier et Anthemius est battu en tentant de soumettre Genseric, le roi des Vandales, à Carthage. Pire, ce sont les les Vandales qui s'emparent de la Sicile.
Mais c'est sur l'attitude d'Euric, le roi des Wisigoths d'Aquitaine que les regards doivent être tournés, car il est évident que nous avons là à faire à un homme qui a de l'appétit politique et qui a les moyens militaires de sa mise en oeuvre.
En effet, il est intéressant de mettre en lumière une lettre de Sidoine Apollinaire, dédiée 'A son cher Vincentius', datée du début 469, et relatant le procès d'un certain Arvandus, procès qui a conduit à la condamnation, à la dégradation civique, et à l'exil de celui-ci. Arvandus a été arrêté parce qu'il aurait essayé de négocier sous cape avec les Wisigoths et les Burgondes installés en Gaule contre les intérêts de l'empereur. Sa lettre, malheureusement pour lui, a été interceptée, d'où son procès. Voici ce qu'en dit Sidoine :
" ... les envoyés de la province de Gaule, le préfet honoraire Tonantius Ferreolus petit-fils du consul Afranius Syagrius par la fille de ce dernier, ainsi que Thaumastus et Petronius, personnages dotés de la science la plus approfondie des affaires et de la parole, dignes d'être comptés parmi les principales gloires de notre patrie, arrivent (à Rome) sur les pas d'Arvandus, investis d'un mandat officiel et chargés de soutenir l'accusation au nom de la province. Parmi les griefs que leurs compatriotes leur avaient donné mission de présenter, ils versaient au dossier une lettre qu'on avait interceptée et que le secrétaire d'Arvandus, arrêté lui aussi, déclarait avoir été dictée par son maître. Il apparaissait que ce message était adressé au roi des Goths, qu'il lui déconseillait de faire la paix avec l'empereur grec, lui montrait la nécessité d'attaquer les Bretons installés au nord de la Loire, affirmait que les Gaules devaient, suivant le droit des peuples, être partagées avec les Burgondes, et cent autres folies à peu près analogues, bien propres à inspirer de la violence à un roi belliqueux et de la honte à un roi pacifique. Cette lettre, selon l'interprétation des jurisconsultes, constituait à l'évidence le crime de lèse-majesté. "
Ce texte nous confirme donc sur deux points essentiels : - des Bretons sont bien installés au nord de la Loire : Britannos supra ligerim sitos...; - l'empereur est qualifié d'empereur grec.
Les Wisigoths ont-ils désignés leurs prochains ennemis à abattre : les Bretons ?
JCE.
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