Re: besoin de votre aide! "AREMORICA.COM"
Envoi de GENESE. Extrait n° 1 le 30 Janvier 2001:
Réponse à: Re: besoin de votre aide! "AREMORICA.COM" envoi de Marc'heg an Avel le 30 Janvier 2001:
L'Armorique. Les Bouches du Rhin.
*******
Argument : Selon Zosime, Maxime s'est dirigé vers les Bouches du Rhin; Selon Geoffroy de Monmouth, Maxime s'est dirigé d'abord vers le royaume des Armoricains.
L'Armorique
Une tradition de la culture populaire établie probablement de bonne foi.
Dans l'esprit de très nombreuses personnes, et notoirement en (P)Bretagne, il y a identité de désignation entre les noms Bretagne et Armorique. Cette identité est très souvent confirmée par des ouvrages de vulgarisation, dont il faut dire dès à présent que nombre d'entre eux ne sont que pure folklorisme, qui ont la prétention d'éclairer le public sur la Culture celtique, ou la Culture bretonne, par la formule désormais classique, définitive, et sans appel :
' La Bretagne s'appelait autrefois l'Armorique.'
Cette tradition est tellement bien établie qu'on la retrouve dans tous les aspects de la vie moderne bretonne, que ce soit du point de vue administratif, privé, commercial, industriel, associatif, culturel, politique, et même religieux. Ainsi, quand un organisme, une entreprise, ou une association quel qu'il soit désire s'identifier en portant l'accent sur son origine ou sa vocation bretonne, ou simplement sur son implantation en (P)Bretagne, il utilise alors immanquablement l'une ou l'autre des deux appellations, en sachant qu'il peut bien entendu utiliser également les dérivés de ces noms comme 'breton(s)', 'bretonne(s)', 'de Bretagne', 'Armoricain(s)', 'Armoricaine(s)', 'd'Armorique', etc, partant du principe acquis et indiscuté que ces qualificatifs désignent de toute façon la même chose. (1)
Le phénomène a été récemment amplifié par les décisions du Conseil Général des ci-devant Côtes-du-Nord à la fois de modifier le nom du département en celui de Côtes-d'Armor, et de baptiser l'aéroport du chef-lieu de département en Saint Brieuc/ Armor, cédant en cela aux biniouseries d'un lobby local touristico-hôtelier, ainsi qu'à un certain snobisme pseudo-intellectuel pour faire paraît-il plus couleur locale, c'est- à-dire Breton plus vrai que nature. (2)
De toute façon, cette identité de désignation entre Bretagne et Armorique était déjà en quelque sorte intronisée depuis longtemps par le dictionnaire Larousse, considéré comme on le sait au niveau populaire comme une sorte de dictionnaire officiel de la langue française. Il suffit de se reporter à l'article Bretagne, pour lire la définition donnée ci-dessus, d'une part : 'La Bretagne s'appelait autrefois l'Armorique' et à l'article Armorique pour lire : 'Partie de la Gaule formant aujourd'hui la Bretagne. (Hab: Armoricains)'. On pourrait difficilement être plus clair. (3)
Mais cette identification entre Bretagne et Armorique, il faut le dire avec honnêteté, n'est pas l'exclusivité des francophones ni des marchands de folklore fabriqué sur mesure à l'intention d'un public avide de dépaysement au pays des sabots de bois, des binious et chapeaux ronds, voir d'exotisme dans le far-west armoricain. De nombreux intellectuels bretons, d'expression bretonne comme d'expression française y ont aussi contribué, victimes eux-mêmes de la tradition ambiante. (4)
A preuve aussi, curieusement, les premiers vers du BRO GOZ MA ZADOU, hymne national breton : (5)
Ni Breiziz a galon, Nous Bretons de coeur, Karomp hon gwir Vro ! Aimons notre vraie Patrie; Brudet eo an Arvor L'Armor est renommée Dre ar bed tro-dro ... De part le Monde ...
L'Abbé Poisson, qui a fait oeuvre d'historien a, dans son temps, été le chantre de cette idée, qu'il ait été publié en langue française ou en langue nationale :
"Bodet e oant holl en eur C'hevredad (confédération). Er c'hévredad-se e oa an Namneted, o chom e bro Naoned; ar Rêdoned, o chom e Kondata (Roazon) hag e traonienn ar Wilen; ar Guriosolited, tud Korseul; an Osismianed pe Osismii, gant Keraez de gêrbenn; ha Gwenediz, a oa Gwened kêrbenn o rannvro". (6)
qu'il est aisé de traduire en :
"Ils (les Armoricains) étaient réunis en une confédération. Dans cette confédération se trouvaient les Namnètes, du Pays de Nantes, les Redones, de Condate (Rennes) et la vallée de la Vilaine; les Curiosolites, gens de Corseul; les Osismiens où Osismi, ayant Carhaix pour capitale; et les Venètes, dont Vannes était la capitale du Pays."
Il semble que sa source d'inspiration fut Alain Raison du Cleuziou. Ceci explique sans doute cela. (7)
Le monde religieux, lui non plus, n'est pas en reste, puisque l'identification de la Bretagne et de l'Armorique figure dans la quasi totalité des Vies de Saints Bretons venus en Armorique pour évangéliser leurs frères païens, aussi bien que dans de nombreux cantiques bretons dédiés à la Vierge, à Sainte Anne, à Saint Yves, et à bien d'autres personnages du panthéon chrétien. La rime donne invariablement : " Toi que nous implorons ... ... et bénis tes Bretons". (8) Le mouvement druidique a curieusement contribué à la vulgarisation de l'identité entre Armorique et Bretagne. Il y a peut-être lieu de voir là des séquelles du mouvement des celtomanes de la fin du XIXème siècle, époque friante s'il en fut des recherches sur le celtisme partout en Europe. (9)
Les intellectuels, hormis les religieux ou mystiques des différentes confessions ou philosophies ci-dessus, parmi lesquels on doit citer les historiens, les chroniqueurs, les écrivains et autres chercheurs, ont également une large part de responsabilité dans l'entretien et la propagation de cette identité entre Bretagne et Armorique au niveau du public. (10)
Les auteurs britanniques ont quant à eux l'excuse ou l'avantage d'être Britanniques, et donc de n'être pas directement concernés par cette recherche.
Parmi les auteurs qui semblent cependant avoir réussi à échapper à cette tentation on peut citer entre autres : Léon Fleuriot, Christian-J. Guyonvarc'h, Robert Soulignac, et quelques autres. (11)
En vérité, nous avons tous été plus ou moins conditionnés par la tradition ambiante, établie depuis de nombreuses décennies, et transmise sans véritable remise en cause ni vérification de génération en génération, par des gens au demeurant fort respectables comme Auguste Brizeux, le Chevalier de Fréminville, Ernest Renan, Théodore-Hersart de La Villemarqué, Arthur de La Borderie, l'Abbé Poisson, Pierre Barbier, Joseph Chardronnet, etc, et nous y revenons malgré nous, presque comme un réflexe conditionné.
Finalement, cette situation avait déjà été parfaitement résumée par Aurélien de Courson en ces termes d'une lucidité qui peut surprendre compte tenu de son caractère qui reste toujours d'actualité malgré le temps qui nous sépare : "Cette déplorable confusion des mots Bretagne et Armorique est une source d'erreurs sans cesse renouvelée." (12)
************************
Rappel : ouvrage publié sous copyright; 2000.
Réponses:
Répondre
|

|