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Forum Mmedesevigne Modification: 11/8/2008
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Les Lettres de Mme de sévigné

 

mme de sévigné

Envoi de catherine le 03 Janvier 2005 13:22:56:

Madame de Sévigné et Paris



Née le 5 février 1626 au pavillon Coulanges de la place Royale, Mme de Sévigné est et restera profondément parisienne. Son oeuvre souvent gaie, nourrie d'humour, riches de caricatures, d'épigrammes, de petites comédies la situe dans son origine : « Je trouve que la joie fait parler parisien. »

Son veuvage prématuré l'éloigne d'emblée de l'univers de la Cour où elle ne peut tenir nulle charge. Versailles sera un pays qu'elle fréquenta peu, les images qu'elle en donne, recomposées, sont souvent de seconde main. Son imagination vive les habille. Restée à Paris sous la Fronde, y compris pendant le terrible siège de la capitale par les troupes royales, Mme de Sévigné, amie des Retz, des Fouquet, des jansénistes indépendants fut toujours un peu suspecte au pouvoir central.

Toujours, Mme de Sévigné aima sa ville qu'elle considère comme un spectacle vivant (lettres du service funèbre de Séguier, de l'exécution de la Voisin, de l'incendie des Guitaut, etc.) ; elle visite les couvents comme les promenades, fréquente les grandes maisons, celle des Sully ou de Mme du Plessis-Guénégaud, goûte les Tuileries comme l'opéra et la comédie et même la populaire foire Saint-Germain.




L'hôtel Carnavalet, dans le Marais.

Son quartier favori fut toujours son Marais natal, qui est d'ailleurs le Paris à la mode. Elle y occupa huit domiciles (rue des Lions, rue de Thorigny, etc.), sa demeure la plus connue et la plus chère à son coeur est l'hôtel Carnavalet, dont elle occupe depuis 1676, comme locataire, une grande partie : « Une belle cour, un beau jardin, un beau quartier. »

Impossible de reconnaître aujourd'hui les espaces réels occupés par Mme de Sévigné, après tant de restructurations de sa maison, mais le Musée abrite du moins quelques portraits, son bureau, et un fragment de tissu de la robe qu'elle portait à sa mort, seule trace terrestre qui demeure de la marquise après que sa tombe ait été profanée par les révolutionnaires en 1793 à la collégiale de Grignan où elle avait été ensevelie.








La vie de province



Bourgogne et Bretagne


Demoiselle de Bourgogne de par ses racines paternelles, épouse d'un gentilhomme breton, belle mère d'un grand seigneur provençal, lieutenant général du Roi en Provence, Mme de Sévigné tient largement à la province où elle fit de longs et fréquents séjours. Si elle se rend assez peu en Bourgogne, malgré ses châteaux de Bourbilly et de Chaseu, elle visitera de plus en plus souvent la Bretagne, pour aller faire des économies et encaisser l'argent de ses fermages depuis le château des Rochers, près de Vitré. Elle y mène une vie retirée, intérieure, entre promenades (elle adore la mélancolie des bois à l'heure de l'« entre chien et loup ») et lectures, plus quelques visites à sa voisine la princesse (allemande) de Tarente ou de la touchante et ridicule Mlle du Plessis toute à sa dévotion.




Vue du château des Rochers.



Plus intimes que mondaines, plus méditatives, les lettres des Rochers sont peut-être les plus belles de Mme de Sévigné. La satire et le comique y trouvent leur place lorsque la marquise se raille des cérémonies coûteuses et pompeuses des États de Bretagne à Rennes.

Lors de la répression de la fameuse révolte du papier timbré à Rennes, on s'est mépris sur l'attitude jugée cruelle de Mme de Sévigné devant les insurgés durement punis par le gouverneur, le duc de Chaulnes : « Cette province est un bel exemple pour les autres, et surtout de respecter les gouverneurs et les gouvernantes, de ne leur point dire d'injures et de ne point jeter de pierres dans leur jardin. » 30 octobre 1675.

Elle use en fait d'ironie et manifeste une vraie pitié devant « tous ces misérables, vieillards, femmes accouchées, enfants, errer en pleurs au sortir de cette ville sans savoir où aller... » 30 octobre 1675.

Elle a trouvé dans cette province des âmes de paysan « droites comme des sillons » et préfère souvent la conversation de son jardinier Pilois à celle des « madames » locales. Cependant les comptes de son intendant Rahuel ou ses lettres à d'Herigoyen, son fermier, la montrent très au fait des questions d'argent comme d'agriculture.






Provence





Vue du château de Grignan.

La Provence est pour elle « son » pays puisqu'il est celui de sa Grignan bien aimée, qui se partage entre Aix, Marseille et le château de Grignan dans la Drôme. En fait la Provence est pour elle une « gueuse parfumée » trop aride, balayée d'un vilain mistral qui rend malade et flétrit le teint, avec de mauvais prédicateurs et des coutumes ridicules et coûteuses. Elle apprend peu à peu à aimer ses fruits, les melons, les muscats, la bonne huile d'olive, et se met à parler des « pichons » et des « pétoffes ». Marseille et son port l'enchantent comme un haut lieu romanesque.









La vie de famille



Heureuse orpheline


De très ancienne noblesse bourguignonne par son père Celse-Bénigne de Rabutin Chantal, elle appartient par sa mère, Marie de Coulanges, à une famille de financiers « traitants » qui s'étaient enrichis par d'importants prêts au Roi. Son père meurt au siège de l'île de Ré, elle n'a que dix-huit mois et sa grand-mère paternelle, veuve et religieuse, Jeanne de Chantal, fondatrice de la Visitation (et future sainte) voudrait bien mettre au couvent sa petite « canta-line ». Heureusement pour nous, les Coulanges bataillent pour obtenir la garde de l'enfant qui reste au sein de leur nombreuse famille dans la maison de la place Royale où elle reçoit une éducation brillante, après la mort de sa mère (dont elle ne dit jamais un mot) qui la rend entièrement orpheline à sept ans.

Enfance protégée et heureuse, des plus « riantes » de son propre aveu. Les Coulanges seront toujours près d'elle : sa tante de La trousse, sa cousine Mlle de Méri, son cousin et complice en écriture humoristique, le chansonnier Emmanuel de Coulanges, et surtout son oncle Philippe, abbé de Livry (où elle aime tant séjourner dans « le plus beau lieu du monde »), qu'elle nomme le Bien Bon, son confident, son chapelain et son homme d'affaires avisé.






Veuve heureuse


Mal mariée au séduisant mais frivole et dépensier Henri de Sévigné, la marquise se trouve veuve à vingt-cinq ans avec deux enfants à élever, Françoise Marguerite et Charles : « Je n'avais retenu de dates que l'année de ma naissance et celle de mon mariage ; mais sans augmenter le nombre, je m'en vais oublier celle où je suis née, et je mettrai à la place celle de mon veuvage, qui a été assez douce et assez heureuse, sans éclat et sans distinction. » 17 juin 1687.






La « mère beauté »


Dès lors, Mme de Sévigné est surtout mère et très tendre, marquant une nette prédilection pour sa fille, sentiment qui fera sa célébrité. Après le mariage de Françoise-Marguerite (la « plus belle fille de France » a été fiancée sept fois !) avec le comte de Grignan (déjà deux fois veuf, il enterrera la troisième), la famille de Mme de Sévigné devient provençale : elle ne cesse de nous entretenir des oncles, des beaux-frères, puis des enfants des Grignan : Marie-Blanche, l'aînée, « mes petites entrailles », Louis-Provence (qui mourra jeune, sans descendance en 1704) et Pauline, « le petit bouchon », future marquise de Simiane, qui fera souche (encore beaucoup de descendants). Mme de Sévigné se montre une grand-mère exemplaire, sensible et attentive à l'enfance, une rareté dans son temps et dans son milieu.

Pour son fils Charles, elle éprouve une affection proche de l'amitié : il est « le compère », « le frater », « il est fort amusant, il a de l'esprit. » 21 juin 1671.

Militaire peu convaincu et longtemps célibataire, il fait de nombreuses frasques qui amusent et inquiètent à la fois sa mère. En 1681, il épouse Marguerite de Mauron que la marquise, après des réticences, finit par apprécier. Ils n'auront pas d'enfants et finiront en austères jansénistes. Tous ces personnages reviennent à travers les Lettres, avec le degré de présence de vrais personnages de roman. Lamartine a vu juste en faisant de la marquise l'écrivain de la famille, « le classique des portes closes ».



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