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Les Lettres de Mme de sévigné

 

mme de sévignée

Envoi de victoire le 03 Janvier 2005 13:19:33:

C'est à peu près ce que prétend Mme de Sévigné dans la plupart de ses lettres. Mais nous savons depuis Paul Valéry qu'il convient de se méfier de cette littérature-là, plus subtile, plus insidieuse que

toute autre, qui cache l'art sous le masque de la nature. Nouvelle expérience littéraire, en fait, inaugurée au siècle précédent par Montaigne qui proteste, à grand renfort de formules d'humilité, (à propos de son style « à sauts et gambades ») de sa volonté de ne pas être confondu avec les auteurs de tradition, cuistres et pédants asservis aux règles de l'école. Mme de Sévigné est fidèle disciple de l'auteur des Essais, qui ne se soucie guère des préceptes des manuels épistolaires, ni même des récents exemples de l'éloquence à la romaine de Guez de Balzac ou du badinage contrôlé de Voiture, arbitre du goût à l'hôtel de Rambouillet. La lettre intime permet d'échapper au jugement des doctes : comme femme et comme aristocrate, la marquise se plaît à goûter dans la liberté des propos et le dédain des transitions, la plénitude d'une liberté que la vie de société lui mesure.






La rhapsodie


Lectures, méditations, calculs d'argent, nouvelles de santé et de famille, conseils de mode, expression de l'amour ou cri d'angoisse, la lettre de Mme de Sévigné est bien « rhapsodie » ou « fagotage », selon ses propres expressions, mais surtout discours de la continuité, foisonnant à l'image de la vie, tantôt chronique d'un temps, tantôt et surtout chronique d'une âme en mouvement à travers la durée. Si attentive au style des auteurs et de ses correspondants, la marquise se regarde écrire : « Il faut parcourir beaucoup de landes dans mes lettres pour parvenir jusqu'à la prairie. »






Une esthétique de la négligence


Sa désinvolture et son humour ne doivent point tromper : elle participe de cette rhétorique de la « négligence » qui conduit le nouvel art d'écrire, celui de ses amis La Rochefoucauld ou La Fayette, ou Retz, avant de parler de celui de Saint-Simon : un tour et un ton, celui de la bonne société qui laissera à jamais des traces dans la littérature française à venir. Cet amour de la liberté, cette haine de l'effort et de l'affectation ne nous ont pas quittés. Nous le devons largement à la marquise et à sa littérature en apparence margi-nale et mondaine, ce qui lui permet de juxtaposer maximes, articles, discours, narrations plaisantes ou tragiques, parodies même, toutes les variations d'un écrit au charme de la parole vivante. Son cousin Bussy ne s'était pas trompé lorsque joignant les réponses de Mme de Sévigné à quelques-unes de ses lettres, en vue d'un recueil destiné au Roi, il s'était refusé à les corriger : « Je n'ai pas touché à vos lettres, Madame : Le Brun ne toucherait pas à un original du Titien, où ce grand homme aurait eu quelques négligences. Cela est bon aux ouvrages des petits génies d'être revus et corrigés. » 17 janvier 1681.






Lettre à Mme de Grignan, printemps-été 1679



J'ai mal dormi. Vous m'accablâtes hier au soir ; je n'ai pu supporter votre injustice. Je vois plus que les autres toutes les qualités admirables que Dieu vous a données. J'admire votre courage, votre conduite ; je suis persuadée du fonds de l'amitié que vous avez pour moi. toutes ces vérités sont établies dans le monde et plus encore chez mes amies. Je serais bien fâchée qu'on pût douter que vous aimant comme je fais, vous ne fussiez point pour moi comme vous êtes. Qu'y a-t-il donc ? C'est que moi qui ai toutes les imperfections dont vous vous chargiez hier au soir, et le hasard a fait qu'avec confiance, je me plaignis hier à Monsieur le Chevalier que vous n'aviez pas assez d'indulgence pour toutes ces misères, que vous me les faisiez quelquefois trop sentir, que j'en étais quelquefois affligée et humiliée. Vous m'accusez aussi de parler à des personnes à qui je ne dis jamais rien de ce qu'il ne faut point dire. Vous me faites, sur cela, une injustice trop criante ; vous donnez trop à vos préventions. Quand elles sont établies, la raison et la vérité n'entrent plus chez vous. Je disais tout cela uniquement à Monsieur le Chevalier. Il me parut convenir avec bonté de bien des choses et quand je vois, après, qu'il vous a parlé sans doute dans ce sens, que vous m'accusez de trouver ma fille toute imparfaite, toute pleine de défauts, tout ce que vous me dîtes hier au soir, et que ce n'est point cela que je pense et que je dis, et que c'est au contraire de vous trouver trop dure sur mes défauts dont je me plains, je dis : « Qu'est-ce que ce changement ? » et je sens cette injustice, et je dors mal. Mais je me porte fort bien, et prendrai du café, ma bonne, si vous le voulez bien.


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