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| Forum Association des amis des myasthéniques du maroc | Modification: 5/9/2005 Création: 27/7/2001 |
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Enquête :
Comment rehausser la mémoire millénaire de Fès ?
Pour restaurer la mémoire de la ville et avec la fierté enracinée des citoyens authentiques de la cité millénaire, Fès se transforme en chantiers, rouvre les portails de Jnane Sbil, se laisse embaumer, bercer par les parfums des arbres de judé, du jacaranda, du mimosa, du bambou... Elle se paie un relifting digne de son histoire.
La Nouvelle Tribune : En tant que Wali de la ville de Fès, croyez-vous que les responsables du Conseil de la ville sont en mesure d’accompagner les Hautes Directives de Sa Majesté le Roi Mohammed VI quant au développement durable socio-économique et culturel de la cité de Fès?
M Ahmed Arafa, Wali de Fès : De nouveaux projets de développement et de mise à niveau urbaine de la ville de Fès, sont lancés. L’accent est mis sur différents secteurs en l’occurrence, l’habitat, le tourisme (travail de promotion de la ville par l’encouragement des activités culturelles, à résonance internationale, tel le Festival des musiques sacrées du monde, nous voulons faire de la ville une destination en propre et non plus une ville d’étape), l’artisanat, avec la création d’un nouveau quartier artisanal de Ben Jelliq pour le transfert de plus d’une centaine de potiers du quartier Ain Nokbi. Il y a également les programmes de désenclavement ainsi que l’amélioration du cadre de vie des citoyens habitant les quartiers difficiles. Nous travaillons à l’éradication des bidonvilles de la ville de Fès.
Vous avez parlé de la création d’un espace vert où l’on essayera de réintroduire les différents arbres, plantes qui fleurissaient à Fès?
Il s’agit d’un espace vert de près de 14 hectares dans un lotissement de plusieurs dizaine d’hectares où nous allons essayer avec la CGI de faire d’en non pas un lieu de forestation ou de plantation de n’importe quel arbre, mais une zone dans laquelle on va essayer de réintroduire toutes les essences qu’il y avait à Fès: l’arbre de Judé, le Jacaranda, le Mimosa quatre saisons etc. Il s’agit de créer à Fès un balcon de 14 hectares qui rappelle aux citoyens qu’en médina, à l’époque, nos mères et grands-mères garnissaient les façades de leurs maisons traditionnelles, avec des petites bandes fleuries, alors qu’aujourd’hui, il est presque impossible de voir une plante sur les balcons des grands immeubles. Nous voulons densifier tout ce qui est végétal, tout ce qui est arbre, tout ce qui est plante à Fès en tentant de faire revivre toutes les variétés des plantes, des arbres qui tapissaient le sol de la ville et qui sont en train de disparaître.
Vous êtes le vice-président de l’Association de protection du Chêne Vert du Musée Batha. Quels sont les principaux objectifs de cette association?
M Mohamed Rachid Faraj, Chef de la Division de l’Urbanisme et l’Environnement de la Wilaya Région Fès Boulemane : Nous essayons de sensibiliser les citoyens aux problèmes de l’environnement dans sa globalité mais aussi sur des cas particuliers, notamment la sauvegarde des arbres. Nous avons l’arbre le plus volumineux du Musée Batha qui s’étend sur quelque chose comme trois cents mètres carrés avec une hauteur de 80 mètres. On doit absolument prendre soin de cet arbre. Nous avons un autre arbre, l’olivier de Boujloud qui a à peu près mille ans, nous avons le platane de Souk El Hanna. Nous sommes à la recherche d’autres arbres qui peuvent reconstituer la mémoire végétale de la ville.
Vous travaillez avec des spécialistes en botanique?
Nous travaillons en étroite collaboration avec des spécialistes en histoire, en botanique, des paysagistes, des universitaires chercheurs...
Comment est née l’idée de la préservation des arbres?
Depuis les années 90, une conscience assez importante quant à la sauvegarde des espaces verts, avait vu le jour, au niveau des autorités et de la société civile. Je pense qu’il ne s’agit pas uniquement de planter un arbre, mais de le maintenir. Nous avons actuellement quelque chose comme trois cents kilomètres d’arbres d’alignement particulièrement le bigaradier et cela permet d’avoir de très belles odeurs au niveau du printemps.
On parle d’opération de confortement au niveau de l’ancienne médina. De quoi s’agit-il exactement?
C’est-à-dire la restauration proprement dite. Nous avons entamé ces opération, il y a à peu près deux mois. Nous avons constitué des comités de vigilance au niveau de chaque quartier. Ils sont composés de techniciens, d’amicales des quartiers. Leur rôle consiste à relever les constructions qui menacent ruine et, à partir de là, les classer par priorité.
Quels sont à Fès les grands projets en cours de réalisation?
Autour de Qaraouiyin, Zaouiya Tijania, Le Mausolée Moulay Driss, nous sommes en train de faire un quartier pilote d’aménagement et de valorisation. Il s’agit de la reprise des façades, l’éclairage, les portes de magasins...
Au niveau de l’assainissement?
Deux opérations seront réalisées. La première concerne quelque chose comme 75% de l’ensemble des eaux usées de la ville et sera entamée au courant de 2005. La seconde concerne les 25% restants, et sera réalisée à partir de 2008/2009. Pour l’assainissement solide, la situation est maîtrisée pour l’ensemble de la ville, laquelle s’est dotée d’une décharge contrôlée, la plus moderne au niveau du Maroc. C’est une société américaine qui a pris en concession la décharge. Il y a également la réhabilitation de Jnan Sbil, tout un programme avec la Fondation Mohammed VI.
Et le secteur de la santé?
Fès dispose de trois hôpitaux qui constituent actuellement le CHU Hassan II. Le second CHU est en cours de construction. Les travaux seront achevés au courant de 2006.
Depuis que Fès a été déclarée Patrimoine Universel par Unesco, plusieurs chantiers ont été lancés, notamment à l’ancienne médina, centre névralgique de la cité millénaire. Où en sont les travaux?
Fouad Serrhini, Directeur Général de l’ADER-Fès : Visitez l’ancienne médina, vous allez avoir beaucoup de difficultés à circuler: l’ARADEF effectue des travaux, l’ADER aussi. Deux grands accès sont en train de se faire par la municipalité. L’accès qui conduit au mausolée Sidi Ahmed Tijani a été réaménagé en faveur notamment des dizaines de milliers de pèlerins qui s’y rendent chaque année, mais aussi de la population. Un autre accès au profit des artisans est en train de s’aménager au quartier Bin Lamdoun.
Les habitants du quartier reprochent justement aux responsables de ce chantier d’avoir défiguré cet espace historique de manière déplaisante.
C’est une transformation pas du tout négative, dans le sens où elle donne un nouveau look à la partie nord de la médina qui a toujours été négligée. On est en train d’assurer la sécurité des citoyens en éliminant toutes les marches, une manière de permettre aux personnes handicapées, aux ambulances, aux voitures de police, aux sapeurs pompiers de circuler.
Et les circuits touristiques?
Fès est fière d’avoir été la première à baliser des circuits touristiques thématiques dans la médina selon six thèmes: les murailles, l’artisanat, les jardins, les monuments, la rive andalouse et le quartier Fès Jdid où fleurit une extraordinaire cohabitation entre musulmans et juifs.
Quel est la durée de ces projets?
Ils ont démarré en 2001 et s’achèveront en 2005.
Et le financement?
Ils sont financés par des prêts de la Banque Mondiale. Tous ces travaux ayant trait à l’aspect urbain, concernent plus particulièrement le confort urgent et quotidien aussi bien du citoyen fassi que celui des visiteurs nationaux et internationaux...
Nous avons d’un autre côté les travaux qui touchent l’habitant chez lui. Nous sommes en train de réaliser prêt de 200 opérations de ce qu’on appelle l’aide à la réhabilitation, c’est-à-dire que l’Etat à travers l’ADER-Fès, octroie une aide de 30% de la valeur des travaux effectués par les habitants concernés. Nous avons d’un autre côté les ménages qui ne sont pas assez solvables, les ménages démunis à qui on procure les matériaux pour faire l’étanchement des terrasses et celui des conduites d’eau, afin de stabiliser les bâtiments et de les empêcher de se dégrader pendant l’hiver. Ces opérations ont touché à peu près 300 maisons.
A ce niveau peut-on pas parler d’opération de sauvegarde proprement dite?
Nous sommes pratiquement au début d’un long processus. La Médina a continué de se dégrader pendant plus d’un siècle. Nous sommes au niveau de l’étape de déclenchement. Le projet financé par la Banque Mondiale ne prétend pas réaliser la sauvegarde entière de l’ancienne médina. l’objectif de ce projet consiste à créer une dynamique à l’intérieur de la médina de Fès. Il s’agit de créer un financement structuré, institutionnalisé par les communes, par l’État et par l’ADER-Fès.
Quelles pourraient être les difficultés autres que matérielles que rencontre l’ADER-Fès?
La nature du terrain qui est pleine de surprises au niveau physique, le problème de la coordination et de la communication qui n’est pas toujours facile, entre les différents intervenants. Quand on intervient sur une voie, il y a L’ARADEF qui passe, Itissalat Al Maghrib, l’assainissement... Nous rencontrons d’autres obstacles à savoir que 80% des habitants de la médina sont des locataires, qui résident dans les menaces en ruine, les 20% sont des propriétaires qui ont des problèmes d’héritage. Les Amicales de quartiers nous aident énormément. On traite dossier par dossier.
Quel est le budget de ce projet quadriennal?
Cent trente trois millions de DH.
Est-ce qu’on peut avoir le montant du fonds reçus, depuis que Fès est déclaré Patrimoine Universel?
Depuis ce classement, on a reçu à travers le Fonds Arabe de Développement Economique et Social (FADES), près de 30 millions de DH, qui ont servi à la réalisation des fontaines, des réseaux de la médina , Bab El Makina etc. Il y a aussi le Gouvernement italien qui a octroyé un don pour la restauration de Dar Adyel, n’oublions pas bien sûr les mécènes nationaux à savoir la Fondation Meziane-Benjelloun pour la restauration de la Medersa Bouânania... (voir tableau).
Les artisans-restaurateurs, sont-ils uniquement des Marocains?
Notre démarche consiste à faire d’abord confiance aux artisans-restaurateurs marocains car ils ont une connaissance profonde de leur patrimoine, cela fait partie de leur racines, de leur culture, de leur histoire et de leur mémoire. On peut faire appel à des expertises espagnols ou italiens par exemples, car il y a des troncs communs au niveau du bâti.
Vous avez réussi à convaincre les autorités publiques de l’importance du travail que vous effectuez au niveau de l’ADER-Fès, en l’occurrence le ministère de l’Habitat.
En effet le ministère de l’Habitat s’implique dans la médina de Fès avec un premier financement de 150 millions de DH.
Avez-vous un système qui vous permet de répertorier les habitations qui sont le plus menacées?
On a élaboré en 1993 un système d’information géographique de la médina de Fès. C’est un système qui ratisse l’ensemble des bâtiments de la médina et qui est mis sur ordinateur. On a une connexion sur ce qu’on appelle le géographique et la base de données. Cela nous permet de sortir des cartes de synthèse croisées... Ce système nous a donné des chiffres précis sur la médina, l’état de dégradation, la valeur du bâtiment, chose qui nous a permis à l’époque de sélectionner un millier de bâtiments qui sont en état de menace en ruine. En 2004, nous avons actualisé cette donnée pour nous rendre compte que les menaces en ruine étaient de l’ordre de 1700 bâtiments dans la médina.
Entre1993 et 2004, combien de bâtiments ont-ils été sauvés?
Cent cinquante, c’est très peu car on n’avait pas assez de moyens. Aujourd’hui le partenariat avec le ministère de l’Habitat nous est certainement d’un grand secours.
Quelle est l’importance de la Campagne d’étaiement que connaît la médina?
C’est d’abord une manière de rassurer les habitants. Nous avons déjà étayé mille bâtiments.
C’est quoi ce programme 2007/2008?
C’est le programme de résorption des traitements du bâti-menace-en ruine dans la médina de Fès. Notre approche c’est de faire un travail d’encadrement des habitants. on les invite à nous accompagner dans le travail de la restauration, en les mettant en contact direct avec les artisans, les spécialistes... Il faut qu’ils soient sensibilisés au fait que c’est un patrimoine qui nous appartient à tous et qu’ensemble on doit le protéger. Il ne faut pas oublier que les médinas sont en général un lieu de pauvreté et pour pouvoir réhabiliter ces lieux, il faut que les habitants aient un pouvoir d’achat qui leur permette de participer à la restauration. Il faut relever leur niveau de vie en leur créant des emplois.
Propos recueillis par
Ilham Khalifi
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in la nouvelle tribune