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La menace d'une pandémie de grippe grandit
23.07.2005 | 14h56
La question est de savoir quand elle va se produire, estime l'OMS
Le monde peut être confronté à tout moment à une pandémie de grippe comme celles de 1918 ou de 1968 qui ont tué des dizaines de millions de gens, a averti vendredi l'Organisation mondiale de la santé (OMS), appelant les pays du monde à se préparer au mieux à une telle éventualité.
"L'histoire nous a appris que personne ne pouvait arrêter une pandémie. La question est de savoir quand elle va se produire", a estimé Margaret Chan, responsable de la grippe pandémique à l'OMS. "Je pense que personne ne connaît la réponse", a-t-elle déclaré à la presse à Genève.
La grippe aviaire, un virus d'origine animale qui a tué 55 personnes en Asie, a le potentiel de se transformer en pandémie si le virus devait muter et se transmettre d'humain à humain, a rappelé le Dr Chan.
Directrice de la santé à Hong Kong entre 1994 et 2003, le Dr Chan vient d'être désignée pour être la première représentante du directeur général de l'OMS chargée de la grippe pandémique. "Nous devons être sur le qui-vive. Cela peut se produire à tout moment", a-t-elle averti. Le virus H5N1 de la grippe aviaire, qui a tué des centaines de milliers d'oiseaux, constitue "un avertissement donné par la nature", a souligné la spécialiste de l'OMS.
"Nous devons collectivement, à commencer par les autorités nationales, prendre une décision en notre âme et conscience: si nous avons reçu des signaux d'alerte et que nous ne nous sommes pas préparés, nous aurons à rendre des comptes si cela se produit effectivement", a-t-elle estimé.
"L'expérience montre que si l'on s'est préparé pour une pandémie, on peut en réduire l'impact en termes de mortalité, de morbidité et d'effets économiques et sociaux", a souligné le Dr Chan. Mme Chan a reconnu que la préparation d'une pandémie pouvait détourner des ressources d'autres urgences sanitaires comme le sida et la poliomyélite. Mais ces préparatifs ne seront pas perdus, même en l'absence de pandémie, car ils permettent d'améliorer la surveillance des maladies, a-t-elle fait valoir.
Alors que l'Indonésie a annoncé mercredi trois premiers décès liés à la grippe aviaire (dont un seul est confirmé par l'OMS) et que des cas ont été constatés chez des volailles en Sibérie, le Dr Chan a remarqué que "l'amplitude (de la maladie) s'étendait de plus en plus".
L'OMS redoute que le virus de la grippe humaine ne se conjugue à celui de la grippe aviaire pour déclencher une pandémie. "Avec l'approche de l'hiver, nous devons renforcer notre vigilance", a estimé la responsable.
Elle a rappelé que l'OMS engageait les pays concernés par la grippe aviaire à éviter le plus possible les contacts entre l'homme et les volailles vivantes ainsi qu'entre les différentes espèces de volatiles, par exemple sur les marchés.
De telles règles ont été adoptées à Hong Kong depuis l'apparition de la grippe aviaire dans l'ancienne colonie britannique en 1997 et aucun cas n'a été signalé chez l'homme ni chez les animaux depuis cette date, a-t-elle souligné.
Le Dr Chan a indiqué que la Chine n'avait toujours pas transmis à l'OMS des échantillons du virus prélevé sur des oiseaux migrateurs dont 6.000 ont été retrouvés morts depuis mai dans la province du Qinghai (nord-ouest). Selon des chercheurs chinois, ce virus serait une forme plus meurtrière du virus H5N1 que celle connue jusqu'à présent. L'OMS souhaite recueillir ces échantillons pour pratiquer des tests dans des laboratoires internationaux.
Le Dr Chan a indiqué avoir "bien fait comprendre" aux autorités chinoises "l'importance de partager ces échantillons". "Nos efforts (pour obtenir ces échantillons) ne faibliront pas", a-t-elle assuré. "Nous le devons au monde: il s'agit d'une question de sécurité sanitaire mondiale".
| AFP