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L'activité mentale protège t'elle de la démence?

Envoi de Dr André Figueredo /steth le 15 Juillet 2003 00:49:22:

Actualités et Revue de presse

L'activité mentale protège t'elle de la démence?

Dans les 15 dernières années, grâce au clonage de la protéine précurseur amyloide, les connaissances sur la forme de démence la plus fréquente, la maladie d'Alzheimer ( MA ) ont beaucoup progressé. La recherche oriente, quelque soit la forme de démence, vers une voie terminale commune: l'accumulation dans le cerveau du peptide toxique ß-amyloide, produit de dégradation de la protéine précurseur amyloide qui endommage progressivement les neurones et dégrade les fonctions cognitives. La frontière entre la MA et la démence vasculaire ne semble pas aussi tranchée qu'auparavant puisqu'elles ont en commun certains processus pathologiques identiques.

Selon une étude de Verghese parue dans le New England Journal of Medicine du 19/06/2003, s'adonner pendant la vieillesse à des activités de loisir faisant intervenir les facultés cognitives pourrait avoir une action protectrice.

Comment concilier cela avec le déterminisme moléculaire de la MA?. Il faut d'abord se rappeler que nos connaissances sur la MA sont limitées. Les mécanismes moléculaires connus résultent de découvertes sur la forme autosomique dominante, rare: les mécanismes de l'accumulation du peptide ß-amyloide restent hypothétiques dans la grande majorité des cas de MA.

En second lieu, la recherche révèle les interactions complexes entre les gènes de risque ( comme les allèles de l'apo-enzyme E ) et les facteurs environnementaux. Des enquêtes épidémiologiques ont montré de façon indiscutable l'association entre un niveau d'études élevé et une protection significative vis-à-vis de la MA, même en tenant compte du facteur " classe sociale ". Des enquêtes transversales et rétrospectives indiquent qu'une vie sociale riche, la participation à des activités de loisir peuvent retarder la démence.

Une question demeure: la faible participation à des activités sociales ne serait-elle pas un signe prémonitoire subtil? L'étude de Verghese a la qualité d'une étude prospective rigoureuse avec une période longue d'observation: même en excluant de l'analyse les personnes susceptibles d'avoir des symptômes subtils de MA, l'effet protecteur persiste. Il se limite aux loisirs avec activité mentale ( jeux de société, lecture... ). La seule activité physique n'a pas d'effet.

Les lésions de la MA étant ce qu'elles sont, comment une activité mentale peut-elle en modifier le cours?

Selon l'hypothèse de la " réserve cognitive ", des ressources intellectuelles développées amortiraient les effets des lésions associées à la MA: cette vision statique du cerveau ne tient pas compte de la remarquable plasticité cortico-limbique de l'encéphale: l'effort mental non seulement renforce les synapses existantes et en génère de nouvelles mais encore stimule la neurogénèse particulièrement dans l'hippocampe.

Malgré la rigueur de l'éude de Verghese, l'effet protecteur pourrait n'être cependant qu'un épiphénomène: une anomalie intrinsèque culminerait finalement dans un état de démence.

Dans une élégante étude rétrospective-prospective dans laquelle les journaux spirituels intimes tenus par des religieuses dès le début de l'âge adulte étaient corrélés avec leur situation cognitive en fin de vie, celles dont le style était le plus riche avaient un risque significativement plus faible de démence. Une anomalie subtile précéderait donc la démence.

En faveur de cette hypothèse: les gènes impliqués dans le dépôt du peptide toxique interviennent également dans le développement du cerveau. Ainsi, la protéine précurseur amyloide intervient dans les interactions cellulaires, et la gamma-secrétase qui génère le peptide ß-amyloide est essentielle à la différenciation neuronale.

En conclusion, il est encore impossible de faire la part relative de gènes de risque et de facteurs environnementaux protecteurs.
En attendant les séniors doivent s'investir dans la lecture, les jeux de société etc, il y gagneront en qualité de vie, ils y gagnerons même peut-être un peu plus.

Traduit de l'anglais par le Dr André Figueredo - Source: the New England Journal of Medicine ( 19/06/2003 ). Mot de passe nécessaire.

Pour en savoir plus : http://www.nejm.org


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