Y a-t-il un ou deux Abdelilah Benkiran sur la place ? Forum Association des amis des myasthéniques du maroc
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Y a-t-il un ou deux Abdelilah Benkiran sur la place ?

Envoi de AAMM-MAROC-LE MATIN-BENKI le 08 Aout 2008 00:27:58:

Le Matin Forum
Abdelilah Benkiran décline ses priorités et ses convictions
Réogranisation du PJD, les alliances et les communales au menu

Y a-t-il un ou deux Abdelilah Benkiran sur la place ? La question ne relève nullement de la simple provocation ou encore moins d'un jeu de mots.



En fait, le fraîchement élu à la tête du parti de la justice et du développement est bel et bien sur la voie d'opérer un changement de cap ne serait-ce que par rapport à son discours.
Invité du Matin Forum, mardi dernier, Abdelilah Benkiran apparaît en homme politique qui choisit ses vocables, qui pèse ses assertions et ne se laisse pas emporter, sauf par occasion. La verve qu'on lui connaissait avant de prendre le gouvernail du parti de la Lampe semble avoir laissé la place pour une certaine mesure.

S'il continue, par moment, à tremper la plume dans l'encrier d'une approche que l'on pourrait identifier de « moralisatrice », il n'en demeure pas moins qu'il y met de la temporisation. En fait, pour le nouveau Secrétaire général du PJD, les Marocains et les Marocaines ont besoin de réponses, claires, à leurs attentes et à leurs préoccupations. Le contrat politique voudrait, dès lors, que ceux pour qui ils votent puissent faire preuve d'ingéniosité dans le sens de la recherche de leurs réponses.

L'invité des « 90 minutes pour convaincre » ne livre pas du prêt-à-appliquer encore moins le fin fond d'un quelconque programme, mais juste une vision de ce que sont les priorités à attaquer. Or, c'est à l'épreuve de la réalité que l'on pourrait juger de l'opportunité ou non de telle ou telle approche. Et ce n'est certainement pas demain que la visibilité verra le jour.
Tant et si bien que A.Benkiran et les siens ne paraissent pas prompts à mouiller le maillot dans l'exercice de la gestion gouvernementale, bien qu'ils affichent leur satisfaction quant à la gestion de la chose locale au niveau de certaines communes. Benkiran, qui était du temps du gouvernement Youssoufi ou encore de Jettou, parmi les défenseurs de l'entrée à l'Exécutif, dit avoir d'autres priorités pour l'instant. Et à leur fronton se trouve la réorganisation du parti. Une réorganisation, on l'aurait compris, qui n'est pas étrangère aux préparatifs pour les échéances de 2009.

Sur un autre registre, le SG du parti de la Lampe paraît avoir remis au placard les guerres épiques qui l'ont opposé à l'Union socialiste. A.Benkiran ne cache plus que des contacts existent, mais ne s'aventure à en avancer la teneur. Une chose est sûre néanmoins, les deux partis, au gré de l'évolution des choses, semblent avoir enterré la hache de la guerre ouverte d'il y a quelques années. De la même manière qu'il ne cesse, confie-t-il, d'envoyer des fleurs à différents partis de l'arc-en-ciel politique national.
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--------------«90 minutes Pour Convaincre»-----------


Interview • abdelilah Benkiran, secrétaire général du Parti de la Justice et du Développement (PJD)

«Nous restons ouverts à toutes les perspectives de collaboration avec les autres partis»
Je suis convaincu que la monarchie est un pilier de la stabilité du pays et de la garantie de la liberté et de la sécurité des citoyens.

Le matin : Contrairement aux pronostics qui donnaient Othmani rempilant à la tête du PJD, voilà que vous êtes porté aux manettes, sachant que d'aucuns disaient que vous n'étiez pas pressé ?

abdelilah Benkiran : Cela n'a pas d'importance, d'autant plus que dans notre parti, on ne se porte pas candidat mais ce sont les congressistes qui proposent les candidats. D'autre part, je ne sais pas si on peut parler de pressé ou pas. En fait, j'ai toujours eu le sentiment que l'action politique est difficile à telle enseigne que j'ai demandé, juste avant le congrès, à Othmani de me permettre une quarantaine de jours de répit après les assises nationales du parti. De même que j'ai demandé à ce que les réunions du parti doivent être programmées les matinées. Ceci étant, il faut rappeler que Othmani a géré le parti une décennie durant, ce qui n'a pas été sans créer des mécontentements au sein de notre formation, notamment à l'endroit de la gestion. Quant à moi, Baha et Yatim, les anciens du parti, nous avons appris à être patients pour ne pas impacter la bonne marche de notre formation. Mais il ne faut pas oublier que Othmani était à mes côtés, pendant huit ans, lorsque j'étais à la tête du MUR. Ce qui fait que nous avons appris à travailler ensemble dans une certaine sérénité. En revanche, les jeunes du parti, qui n'ont pas notre patience, ne pouvaient pas retenir leur ire, et ce dès 2003. Trois ans après, ce fut vraiment la crise. Et les résultats des élections de 2007, malgré le fait qu'ils ne sont pas tout aussi catastrophiques, n'étaient pas à la hauteur des ambitions des militants. Sachant aussi que nous étions les premiers en termes de voix et les deuxièmes au niveau des sièges. Maintenant, pour le retournement de la situation lors de notre 6e congrès, il faut dire que les choses ont réellement basculé lorsque Bassima Hakkaoui a pris la parole et ne s'est pas privée de charger l'ex-secrétaire général. De fil en aiguille, les interventions se sont relayées et ont versé dans le même sens.

N'empêche que la jeunesse, et à sa tête Rabbah, aurait aussi influé sur votre élection…

Juste une précision, j'estime que dans notre parti, on ne peut pas parler de vote en bloc que ce soit pour le secteur de la jeunesse ou encore pour celui des femmes. En revanche, ce sont toutes les composantes du parti qui ont impacté sur le basculement du congrès. D'ailleurs, c'est à ce moment-là que j'ai commencé à sentir le poids de la responsabilité que je devais assumer.

Certains disent que vous n'aviez pas apprécié les interventions qui ont pris à partie Othmani...

Pas vraiment. En revanche, j'ai estimé que des choses auraient pu être dites de manière moins violente. Maintenant, il est vrai que Othmani n'a pas jugé opportun de réagir. D'autant qu'il avait confié, le lendemain, au conseil national que les conditions de travail avec les équipes étaient absentes. Dès lors, tout le monde a renvoyé le verdict final au vote des congressistes.

Certains commentateurs ont avancé qu'il y aurait moins de tension entre le PJD et l'Etat, maintenant que vous êtes à la tête du parti. Ce qui n'aurait pas été le cas si jamais Ramid aurait été élu ?

N'entrons pas dans le conditionnel. Les congressistes ont élu Benkiran et ils savent pourquoi. Point à la ligne. Maintenant, je voudrais juste vous expliquer que je suis habité par trois choses : la stabilité et la sécurité de mon pays et la liberté des citoyens. D'autant plus que je suis de très près les dégâts provoqués par certains mouvements islamistes, dont ils n'étaient pas les uniques victimes, mais aussi les citoyens de manière générale. Et il ne faut pas être devin pour comprendre de quoi je parle exactement. C'est pour cela que vous allez toujours constater que pour moi, l'Etat c'est la Monarchie. Et je soutiendrai toujours la Monarchie. Et l'Etat c'est le Roi et je soutiendrai toujours le Roi. Mais cela ne voudrait pas dire pour autant que je vais cautionner les injustices que certains pourraient commettre. Parce que je suis convaincu que la monarchie est un pilier de la stabilité du pays et de la garantie de la liberté et de la sécurité des citoyens. D'autan plus que la nature même de la monarchie est qu'elle est un arbitre. Dès lors, tout le monde s'y retrouve. Pour moi, ceci est d'importance cardinale et il faut le préserver.

Certains estiment que le MTD a été pour quelque chose dans votre élection à la tête du parti ?

Il est clair que Fouad Ali El Himma est arrivé sur la scène politique avec un crédit. En revanche, ce que je redoute est qu'il ne se serve des moyens de l'Etat pour assurer un certain ancrage. Pour moi, M. El Himma, jusqu'à preuve du contraire, est un politique comme tous les politiques. Nous nous affronterons sur l'arène politique comme pour tout combat politique. Le problème, bien qu'on s'apprécie l'un l'autre, est que son mouvement ne cesse de nous attaquer ou d'attaquer nos hommes, alors qu'il serait mieux de s'intéresser à notre ligne politique au lieu de la réduire à des personnes.

On se rapproche des communales de 2009. Quelles sont vos ambitions et peut-on encore une fois parler de raz-de-marée ?

Il n'y aura pas de raz-de-marée. Même ceux qui pensaient que le PJD pouvait avoir 70 sièges aux dernières élections législatives se sont trompés. Il y a la liste et d'autres critères qui empêchent tout débordement électoral. Par ailleurs, nos chances dans les campagnes sont moindres que dans les villes. Quant aux alliances pour les prochaines communales, je pense qu'il est aujourd'hui prématuré d'en discuter.

Idéologiquement, le rapprochement peut être considéré comme naturel entre le PJD et l'Istiqlal. Malgré cela, l'on sent un éloignement tandis que vous projetiez une alliance avec l'USFP. Comment expliquer ce revirement ?

Qu'on le veuille ou non le PJD et l'Istiqlal ont les mêmes racines. Toutefois, nous nous sentons plus proches de Allal El Fassi que des Istiqlaliens qui dirigent aujourd'hui le gouvernement, tandis que nous sommes dans l'opposition. L'USFP, certes, est dans le gouvernement, mais ne s'y sent pas à l'aise. Un point important à même de nous rapprocher. L'USFP a cru, à un certain moment, qu'il sera le premier parti à l'issue des législatives. Peut-être aussi qu'on le lui a fait croire. Bien avant les élections, l'Union socialiste a choisi d'entrer en confrontation avec nous, ce qui a nui à son image, d'autant plus que les résultats du 7 septembre l'ont classée en cinquième position. Malgré cette contre-performance, le parti a choisi de participer au gouvernement. Ce qui l'a affaibli aux yeux de ses propres militants. Sa participation gouvernementale sous Jettou était logique et acceptable avec Jettou puisqu'à l'époque l'USFP a eu la première place. Son actuelle présence au gouvernement lui a porté préjudice plus qu'autre chose. C'est ma propre opinion. Ceci dit, je n'ai pas de leçons à donner à ce parti. Car, malgré la situation difficile par laquelle il passe, on ne peut sous-estimer un parti du poids de l'USFP. Il reste un grand, authentique et historiquement fort. Quant à nous au PJD lorsque nous évoquons l'idée d'alliance pour les communales de 2009, cela dépend du degré de soutien que le gouvernement serait amené à donner à El Himma. Si tel est le cas, il sera alors très logique que l'on se mette côte à côte avec l'USFP et tout autre parti qui refuse l'injustice.

Justement l'on remarque que votre parti et l'USFP n'imaginent le rapprochement que pour affronter El Himma…

C'est très normal en politique. En Allemagne, deux partis que l'on peut considérer d'antinomiques, l'un socialiste et l'autre libéral, gouvernent sans heurt. Ce qui importe aujourd'hui, c'est l'intérêt du pays et la protection de la démocratie de l'argent sale et de l'abus d'autorité. Ce sera une chose positive si l'on peut coordonner avec l'USFP pour décrocher de bons résultats aux communales de 2009. En ce qui me concerne, je me sens malade de voir comment la politique est pratiquée pour des considérations personnelles. Juste après mon élection comme secrétaire général du parti, la première chose qui m'est venue à la tête c'est la configuration du bureau. J'ai pensé à tous ceux qui emplissaient le congrès de leurs cris et protestations et je me suis dit c'est l'occasion pour qu'ils puissent agir d'une position de responsabilité pour que tout le monde puisse travailler même avec un minimum d'harmonie. Je pense qu'au Maroc, nous n'en sommes pas encore arrivés au stade de la finition. Nous avons toujours des efforts à fournir en matière des grandes infrastructures. C'est une période où l'on peut facilement se mettre d'accord puisque c'est une affaire d'ingénieurs. Quant aux perspectives d'avenir avec l'USFP, je pense qu'il y a déjà une entente au niveau des bases pouvant conduire à des relations meilleures menant à des alliances. Nous restons ouverts à toutes les perspectives de collaboration. Certes, nous nous sommes confrontés par le passé au sujet des festivals et autres... Mais notre main est restée tendue à l'USFP, c'est difficile à expliquer, mais c'est la vérité.

Cette alliance espérée avec l'USFP, la considérez vous comme stratégique ou circonstancielle ?

Il faut absolument qu'on fasse attention. Nous sommes dans un pays confronté à plusieurs défis. Nous devons être conscients des dangers qui le guettent. Il y a des personnes qui ne veulent pas que les partis politiques sérieux aboutissent à la gestion de la chose publique. Ils ont peur que leurs intérêts ne soient touchés. Notre parti avec l'USFP ou une autre formation peuvent ensemble diminuer leur mauvaise influence sur le pays. Ceci dit nous ne pouvons pas les éradiquer puisqu'ils constituent une force et les forts resteront des forts dans notre pays. Heureusement, le Maroc, comparativement à plusieurs autres pays, s'est engagé dans un processus de démocratisation qui constituera un rempart face aux arrivistes.

Vous êtes connu pour vos discours moralisateurs, parfois extrêmes. Vous vous êtes attaqué aux festivals, la musique des jeunes et le film Marock de Leila Merrakchi. Vous vous en êtes pris à une journaliste de 2M, au Parlement, à cause de sa tenue qui ne vous a pas plu. Vous avez aussi critiqué les Marocains qui étudient dans les missions en les qualifiant de non-Marocains…

Rien de tout cela n'est vrai. Je ne me suis jamais immiscé dans cette affaire de missions étrangères d'enseignement. Il est vrai que mes enfants n'y sont pas inscrits, mais ceux de plusieurs membres de ma famille le sont. J'aurais plutôt aimé que les enfants de tous les marocains puissent étudier dans les écoles publiques. Mais soyons objectifs. Nos enfants qui ont étudié dans les missions ont aidé le pays par leur savoir. En plus de cela, ce n'est pas moi qui ai évoqué ce sujet au Parlement, sans oublier que cette même intervention a souffert d'interprétations erronées. Quant à Amina Khabab, la journaliste, je ne me suis pas adressé à elle, mais au président de la séance estimant que le règlement du Parlement exigeait une certaine tenue avant d'y avoir accès. L'histoire a été enflée pour prendre des dimensions démesurées. Pour ce qui est des festivals, il faut que vous sachiez que je ne suis pas contre. Je soutiendrai les festivals de bonne facture où la musique est d'un certain niveau, mais quand il s'agit de chanteuses sans talents qui utilisent leurs corps pour provoquer les instincts, je ne pense pas que c'est bien pour notre pays. S'il s'agit d'artistes comme Marcel Khalifa, Abdelhadi Belkhyat ou encore de la nouvelle génération, je serai le premier à soutenir les festivals. Lorsque j'ai évoqué le problème des festivals, ce fut pour donner suite aux plaintes de citoyens que notre journal a reçues et qui déplorent le vacarme et échauffourées entre saoulards à l'occasion de certains festivals. A propos de cela, je voulais soumettre un dossier au ministre de l'Intérieur qui a répondu en avoir déjà un semblable sur son bureau. S'agissant du film Marock, déjà la manière dont le titre est écrit est une insulte à tous les Marocains. Ce film contient des scènes de prostitution notamment entre un juif et une marocaine que je ne pouvais m'empêcher de critiquer. C'est une insulte au peuple marocain et palestinien dans un temps où des enfants et des femmes sont froidement tués en Cisjordanie et d'autres bloqués à Gaza et des centaines de milliers de réfugiés qui ne peuvent revenir à leur pays. Après tout cela, je ne pouvais cautionner un tel film et je resterai toujours contre de telles productions. En plus, vous savez que le Centre cinématographique marocain avait refusé au début de soutenir financièrement ce film. Toutefois, après l'intervention de certains cercles, il a pu avoir le soutien qu'il attendait. Ces cercles croient qu'avec ce genre de films et en invitant des chanteuses comme Haifaa et Nancy Ajram ils vont combattre les mouvements islamistes. S'ils veulent vraiment le faire, ça doit être à travers le travail sérieux, les grandes valeurs et l'équité vis-à-vis des citoyens. A ce moment là, la société n'aura plus besoin de ces mouvements. Et pour vous dire, ces mêmes personnes qui vont à ce genre de festivals, vous les retrouverez demain à la prière des ‘'tarawih''.

Vous avez déclaré au journal Le Monde qu'au cas où le PJD décrocherait la Primature, vous n'appliqueriez pas la Chariaâ. Si, par contre, vous prenez la responsabilité du conseil d'une ville côtière, empêcheriez-vous les plages mixtes ?

Nous sommes d'abord un parti politique. Il est vrai que notre référentiel est islamique, mais lorsque nous nous sommes lancés en politique, nous avons constaté que les problèmes du pays résident dans la mauvaise gestion, le chômage, l'éducation, la justice, la santé et l'administration. D'un point de vue plus politique qu'idéologique, il faut trouver des solutions à ces problèmes ou quitter. Quant à notre programme, il ne contient aucune mention liée au recours à la Chariaâ. Le monde a changé et l'application de la loi islamique est du ressort des dirigeants, des oulémas et l'ensemble des intellectuels musulmans. Nous ne sommes qu'un parti politique qui essaie autant que possible de réduire les problèmes des Marocains. Le Marocain attend que je lui trouve un emploi et non que je l'empêche d'aller au bar. Par ailleurs, le rôle de l'Etat est important pour changer la réalité et améliorer le quotidien. Ce qui ne veut pas dire non plus que le rôle du Coran est moindre. Quant aux plages, je pense qu'il s'agit là de la liberté de tout un chacun. Si des Marocains veulent se baigner, les hommes d'un côté et les femmes de l'autre, ils en ont le droit. Personnellement, je n'aimerais pas que ma femme se baigne dans une plage mixte, elle non plus.

Dans un entretien, Edward Walker a affirmé que les Etats-Unis ne trouvent aucun mal à soutenir un parti islamiste modéré s'il gagne aux élections. Est-ce que vous avez déjà eu des entretiens avec des responsables américains sur ce sujet ? Est-ce que vous avez l'intention de rassurer les Européens et les autres Occidentaux en leur donnant une vision bien claire sur les postions de votre parti sur certains dossiers comme ce fut le cas pour le Parti de la justice et du développement turc ?

Le PJD a déjà reçu des diplomates et représentants de différents pays. Concernant les Etats-Unis d'Amérique, nous avons eu un premier contact avec les responsables de ce pays en 1992, bien avant les responsables français. Les USA dépêchent souvent des diplomates pour échanger les points de vues et surtout avoir une idée sur les positions du PJD. Cependant, je ne leur demande pas de nous aider ou soutenir sur quoi que ce soit, car on est capable de nous aider nous-mêmes sans l'aide de personne et surtout par les Etats-Unis. Le PJD turc reste un bon exemple puisqu'il a su introduire une nouvelle gestion des affaires d'une grande ville comme Istanbul. D'ailleurs, c'est dans cette ville, qui abrite 10 millions d'habitants, que ce parti a fait ses premières preuves. Néanmoins, nous avons notre propre vision des choses. Un parti qui aspire à gérer des projets et les affaires d'une commune, une ville ou même un pays, doit concrétiser ses visions dans le cadre des institutions d'un Etat moderne. Il est certain que les Américains ont des intérêts économiques et politiques partout au monde, et ils ont de facto un poids considérable. Le plus important pour nous au sein du PJD est de démontrer que les formations islamistes ont des principes et mécanismes pour améliorer les conditions de vie dans la société. Et c'est justement sur ce plan que le PJD turc offre un bon exemple qui doit être pris en considération. Certains pays européens ont manifesté des réserves et une certaine méfiance à notre égard. A mon avis, ces pays sont certains de notre détermination à défendre fermement les intérêts de notre pays d'où leurs sentiments de méfiance. Ils savent pertinemment que si le PJD prenait les commandes, ils n'ont plus affaire à la trempe des responsables qui n'hésitent pas à faire des concessions au détriment de l'intérêt de notre pays. Etre ou ne pas être démocratique, cela revient au même pour certains responsables européens. Ce qui importe pour eux c'est d'avoir des institutions et des responsables face à eux qui vont leur faciliter la tâche d'exploiter les ressources du pays. A ce sujet, je tiens à affirmer qu'il y a des personnes qui sont de connivence avec ces pays qui en profitent pour s'enrichir au détriment des intérêts de la patrie. Nous essayons d'expliquer notamment aux responsables français nos opinions sur ce sujet. Je m'adresse essentiellement aux responsables de l'Hexagone parce que, comme je l'ai affirmé hier à des journalistes français, la France est un partenaire important pour le Royaume, et c'est dans l'intérêt des deux pays à ce que le Maroc parvienne à édifier des institutions sur la base de la démocratie d'une manière équitable et équilibrée. Je suis sûr que si on parvient à se serrer les coudes, les Européens seront obligés de nous suivre dans le bon sens. C'est uniquement à ce moment que le partage des rôles et la coopération pourraient approximativement être équivalents. Je dis approximativement car les choses ne deviendront jamais équilibrées.

On peut remarquer dans votre réponse que vous avez tendance à voir les choses d'un angle plutôt morale ou idéaliste que pragmatique...

Je ne le pense pas car je ne suis pas un prêcheur dans une mosquée, mais plutôt un homme politique qui voit les choses d'un angle susceptible de permettre à notre pays d'avoir un maximum d'acquis et trouver les bonnes solutions à toutes ses crises. Actuellement, nous faisons face à des problèmes qui vont de la justice à l'emploi, en passant par l'enseignement et la santé. En ce qui concerne le secteur de la justice, la règle qui dit que la justice est la base de la gouvernance, mérite notre attention. La réforme de la justice nécessite de notre part une détermination, en collaboration avec les magistrats et les juges bien évidemment. Je ne vois pas de chance à relever ce défi si on ne fournit pas d'efforts pour améliorer les conditions des juges. Comment voulez-vous empêcher les magistrats d'être corrompus alors qu'ils ont un salaire qui ne dépasse pas les 4000 DH par mois. Cependant, je tiens à saluer les progrès réalisés dans le secteur de l'équipement où les projets vont bon train. Je pense que le Maroc a même réalisé des progrès importants par rapport à des pays en voie de développement.

Vous avez affirmé dans une déclaration qu'il est mieux indiqué que le ministère de la Justice demeure un département de souveraineté et que les partis politiques ne doivent pas en prendre les rênes. Vous gardez toujours la même opinion ?

Quand feu Hasssan II a déclaré dans un discours que quatre ministères seront considérés comme étant des ministères de souveraineté, j'avais envoyé un télégramme à Sa Majesté pour manifester mon approbation à cette décision. Mais je ne sais si cette lettre est parvenue à destination ou pas. Aujourd'hui, les choses ont changé et les conditions ont évolué mais quand nous aurons la certitude que les mentalités des Marocains ont réellement évoluées, se détachant de toute considération partisane, c'est à ce moment qu'ils pourront reprendre les commandes dans ces départements ministériels dits de souveraineté. Il serait inconcevable de livrer le ministère de l'Intérieur à un parti qui va se précipiter aussitôt à mettre les militants d'un autre parti rival sous les verrous. Il est donc plus sage que ce ministère reste dans le giron de la souveraineté.

Alors, justement par rapport au débat autour du sujet de la délégation, quel regard portez-vous sur la question ?

Je pense que le Maroc a atteint l'étape de la délégation des pouvoirs. A mon avis, Sa Majesté le Roi ne veut pas accapparer tous les dossiers épineux et complexe. Il est plutôt dans l'intérêt du Royaume de déléguer certains dossiers mais cela doit se faire après l'accord de Sa Majesté au moment opportun. Je pense que les personnes doivent prendre certaines responsabilités mais cela ne veut pas dire que je suis du côté de ceux qui avancent que le Roi doit régner sans gouverner, loin de là. Les Marocains ont besoins d'un Roi fort et je suis pour que Sa Majesté garde les pouvoirs. Je tiens à soulever un autre point. Certaines institutions qui sont du ressort de la monarchie nécessitent une réforme. Je tiens à préciser que seules ces institutions doivent être réformées et non pas le Roi. Bien évidemment, la réforme de ces institutions nécessite la mobilisation de personnalités compétentes et dévouées. Vous savez, un élu local a dit à l'un de nos électeurs que si la commune avait des roues, il l'aurait emmenée chez lui. Vous vous rendez compte si cette personne parvenait un jour à un poste de responsabilité quels seront les résultats. Nous avons également besoin de réformer les communes et faire en sorte de produire des bons exemples productifs. Je profiterai de cette occasion pour lancer un appel aux politiques humbles et « propres», qui ont choisi de rester en marge de la scène politique, de s'impliquer. Je m'adresse là notamment à nos frères d' «Al Adl wal Ihssane », les militants de la gauche et les notables qui ont réussi dans leurs parcours grâce à leurs propres moyens et compétences. A ces personnes, je dis que votre place laissée vacante sera certainement comblée par des opportunistes et des bandits. J'ajouterai également qu'elles doivent participer à la vie politique et concourir à remédier aux lacunes qui existent déjà dans notre système d'une manière progressive. Ces gens doivent épauler le Roi et le suivre dans le chemin de la réforme et le développement qu'il a pris. Notre pays a un poids dans la région et il a surtout une Histoire longue de12 siècles.



Par LE MATIN


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