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| Forum Association des amis des myasthéniques du maroc | Modification: 5/9/2005 Création: 27/7/2001 |
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Tout le monde en parle mais personne ne la connaît vraiment
Dessine-moi une classe moyenne
“La classe moyenne existe, mais difficile de la déterminer ! » s’exclame l’historien et économiste Mohamed Ennaji. Ce chercheur qui sonde le passé pour mieux comprendre notre présent pointe du doigt l’absence de statistiques sur les revenus, une première base essentielle pour fixer les catégories sociales.
« Nous avons tout au plus des enquêtes sur le niveau de vie et celui de consommation. Qui sont les personnes qui appartiennent à la classe moyenne ?
A partir de quel revenu peut-on les compter dans cette classe ? Personne n’est vraiment en mesure de le dire car il y a visiblement un problème d’approche et de méthodologie. C’est exactement la même chose qui se passe dans le domaine de l’agriculture : il n’existe aucun chiffre sur les propriétaires agricoles. Seuls ceux relatifs aux exploitants sont disponibles », explique notre interlocuteur.
Difficile d’imaginer des politiques publiques à l’adresse de ces classes moyennes rappelées soudain au souvenir des politiques, après le discours Royal du 20 août dernier. « Comment élaborer des lois en direction de la classe moyenne alors qu’on ne sait pas vraiment combien ils représentent et quels sont leurs revenus ?
Aujourd’hui, la question est de savoir quels sont les objectifs de l’Etat en déployant la machine à réfléchir sur ces classes. La classe moyenne reste un ensemble, un conglomérat vague, on peut calculer le nombre de fonctionnaires appartenant à la classe moyenne mais la majorité des Marocains ne sont pas fonctionnaires. Or pour produire de l’effet, il faut savoir à qui l’on s’adresse et de quoi l’on parle», fait remarquer Mohamed Ennaji.
Depuis le 20 août et le discours prononcé par le Souverain à l’occasion de l’anniversaire de la Révolution du Roi et du peuple, les classes moyennes se sont imposées dans le discours politique.
Le gouvernement que conduit l’Istiqlalien Abbas Al Fassi est en train de mettre en place une commission chargée de réfléchir sur la classe moyenne marocaine. Bref, le tocsin de la mobilisation semble avoir sonné, et tous les feux sont braqués sur ces classes que personne ne semble connaître vraiment.
* Le phénomène «Casablanca» et l’éclosion d’une classe moyenne supérieure
L’ancien ministre des Finances, l’Usfpéiste Fathallah Oualalou, est prompt à le dire : au Maroc, les classes moyennes supérieures ont connu un boom avec le dynamisme de certains secteurs économiques, notamment dans le secteur financier et celui de la communication. « C’est en gros le phénomène Casablanca et c’est cela qui a permis l’élargissement du poids et de la place de ces classes », explique ce membre dirigeant de l’USFP tout en s’empressant de faire la distinction entre les classes moyennes supérieures et celles inférieures.
Pour dessiner les contours de la classe moyenne en terre marocaine, l’ancien argentier du Royaume, économiste dans la vie normale, convoque des indicateurs qui ne trompent pas.
Le parc automobile qui ne cesse de croître –une augmentation de 20% par an-, les crédits à la consommation qui se multiplient, les crédits pour le logement qui semblent définitivement entrés dans les mœurs, les recettes fiscales qui ont augmenté depuis 2005 sont autant de facteurs qui permettent de penser que la classe moyenne a bel et bien émergé chez nous.
« A tout cela j’ajouterais la scolarisation des enfants dans les établissements privés et les chiffres du tourisme interne. Désormais les Marocains vont en vacances. Et tout cela est bien sûr lié au taux de croissance qui s’est amélioré».
* Une classe importante politiquement et courtisée par les islamistes
Face à ce phénomène, la prudence est de mise. Oulalaou parle volontiers de fragilité de ces classes moyennes avec un écart entre celle supérieure et celle inférieure qui n’en finit pas de se creuser.
En politique, c’est une autre paire de manches. C’est un air d’insatisfaction et de désaffection qui a soufflé sur ces couches. « Une insatisfaction beaucoup plus qualitative que quantitative, à mon avis.
Les élections du 7 septembre 2007 et leur taux de participation sont un indicateur d’insatisfaction, sachant que dans les phases de transition, il y a toujours de l’insatisfaction. Il y a un problème de dépolitisation, c’est le grand défi pour 2009 et 2012 »
Mohamed Ennaji, lui, en est convaincu : la classe moyenne est importante politiquement, parce qu’elle a les moyens de s’exprimer, a une influence sur le reste de la population à travers l’enseignement par exemple. « Elle peut aussi tenir des secteurs stratégiques qui peuvent paralyser l’économie et créer des problèmes : enseignement, santé, entreprises… ». Autrement dit, les classes moyennes sont d’importants relais politiques notamment pour les élections...
Au-delà des définitions par revenus, Amine Sbihi, membre dirigeant du PPS, est de ceux qui pensent que la classe moyenne devrait se caractériser par son attachement à un projet de société.
« Une telle classe doit être le vecteur d’un certain nombre de valeurs, comme le progrès, la démocratie, la justice sociale, l’équité, la solidarité nationale. L’on constate en fait qu’elle est traversée par de multiples courants et que le courant dit de modernité y reste malheureusement minoritaire. Il me semble qu’une idéologie dominante est à construire au sein de la classe moyenne au Maroc.
Tout un travail qui reste à mener par l’Etat et les partis politiques pour non seulement asseoir ces classes sur de meilleurs revenus mais aussi et surtout sur des valeurs de progrès ».
La question tombe, presque sous forme de sonnette d’alarme : pourquoi la classe moyenne est-elle importante pour l’avenir d’un pays comme le Maroc ? « C’est dans les classes moyennes que l’avenir existe : d’abord économiquement c’est la demande solvable la plus importante et donc essentielle pour la création d’activité -c’est un marché.
Politiquement elle peut par ses enfants assurer la continuité du système politique ou provoquer la rupture », répond l’auteur du « Sujet et du Mamelouk ». Que cette classe soit autant courtisée par les islamistes est lourd de sens.
Narjis Rerhay