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Lundi 8 Septembre 2008
Par Driss Bennani
“Les Marocains ont perdu leur bonne humeur d’antan”
Antécédents
Jean-Pierre Koffel
Écrivain
1932. Naissance à Casablanca.
1954. Enseignant à Settat.
1959. Signe la motion des 481 qui demandait au général De Gaulle l’ouverture de négociations pour l’indépendance de l’Algérie.
...../....?
1994. Sortie de son roman “On l’appellera Mehdi”, le Fennec. Prix Atlas.
1995. Sortie de “Les pruneaux dans le tagine”. 1998. Fondateur de l’Association pour la promotion des écrivains (APEC).
Smyet bak ?
George Etienne Koffel. Je ne l’ai jamais connu.
Smyet mok ?
Prat Odet.
Nimirou d’la carte ?
G 000 305 V.
C’est ma carte d’immatriculation, puisque je ne suis pas marocain.
Vous avez déjà essayé d’obtenir la nationalité ?
Il y a quelques années, mais je n’ai pas insisté. À ma connaissance, seuls quelques rares étrangers ont pu obtenir la nationalité marocaine. Ça m’aurait touché. Mais à l’époque, je me sentais comme un citoyen du monde. Je suis un internationaliste prolétaire.
Vous avez eu de nombreux élèves qui ont eu des destins assez singuliers (Jettou, Basri, Mostapha Essayed...). C’est parce qu’ils ont été ingrats que vous n’êtes pas un dignitaire du régime aujourd’hui ?
Non. Si j’ai besoin de quelque chose, il me suffit de demander. Tous mes élèves m’aiment beaucoup. Mais je ne demande jamais rien pour moi. S’il s’agit par contre de sauver la vie d’un jeune enfant par exemple, je le fais avec plaisir. On me reproche souvent de ne pas avoir de voiture, ni de maison. Mais il ne viendrait à l’esprit d’aucun de mes élèves de me proposer une aide matérielle. Ce serait m’humilier et ils savent très bien que je ne suis pas achetable. En plus, j’ai de la sympathie envers tous mes élèves et non seulement ceux qui sont devenus ministres.
Et vous gardez un contact avec tous ces gens ?
Pas vraiment. M. Basri m’a présenté ses vœux de bonne année il y a quelques jours. Je m’inquiétais pour sa santé, mais il m’a rassuré.
Vous, qui lui aviez prédit un grand avenir, avez-vous un jour envisagé sa chute ?
Non, puisque mon naturel est optimiste.
C’est en le fréquentant que vous avez eu ce goût prononcé pour le roman policier ?
Non, mais en lisant de grands classiques comme Agatha Christie ou James Hadley Chase. J’en lisais beaucoup dans le train, en prenant soin d’en cacher la couverture. J’avais honte de lire des thrillers, leurs auteurs étaient considérés comme des sous-écrivains.
Résultat, vous traduisez des écrits grecs pour le prestige et vous faites du policier pour des raisons alimentaires…
Vous ne croyez pas si bien dire. Quand j’ai réintégré le cycle des cadres français en 1969, je ne pouvais pas payer les arriérés de mes cotisations de retraite. J’ai donc écrit un roman policier et je l’ai envoyé à Gallimard, espérant avoir un peu d’argent. Ils ne m’ont même pas répondu. Finalement, le même roman a été publié grâce au soutien d’un certain Nadir Yata.
Jeune, vous étiez connu pour votre engagement en faveur des peuples colonisés. Cela veut dire que vous soutenez l’indépendance du Sahara ?
Non, parce qu’il faudrait une grande revendication du peuple sahraoui. Au moins égale à celle qu’avait exprimée le peuple marocain ou algérien.
Il y a un mouvement qui revendique cette indépendance depuis plus de 30 ans…
C’est de la haute politique. À vrai dire, cette question m’embarrasse. Pendant un temps, je disais que si le Sahara est marocain, c’est aux Sahraouis de le dire. Disons que le Maroc n’a pas bien joué la carte saharienne.
En 1992, vous avez été chargé par Driss Basri de renouer contact avec Bachir Mustapha Sayed. Que deviez-vous lui transmettre comme message ?
J’habitais à Paris et je voulais faire quelque chose pour le rapprochement entre les deux parties. J’ai donc essayé de contacter Bachir Roukaibi (c’est son nom d’élève) qui m’avait dit un jour, pour illustrer une théorie mathématique : je suis un élément petit m dans l’ensemble grand M. Comprenez un Marocain au Maroc. C’était un jeune impressionnant, il avait déjà lu Sartre quand je l’ai eu en classe. Finalement, je n’ai eu accès qu’à son frère, alors ambassadeur à Paris. Bachir n’a peut-être jamais su que je cherchais à le joindre.
Cela vous inquiète d’entendre des députés appeller à la fermeture des instituts culturels et des missions d’enseignement français au Maroc ?
Ça m’embête car ce n’est pas bon pour le Maroc. C’est du chauvinisme et de l’étroitesse d’esprit. Un homme qui ne parle qu’une langue est analphabète. Il faudrait plutôt arrêter le massacre et sauver l’enseignement du français dans l’école publique marocaine.
Qu’est ce que vous n’aimez pas au Maroc, finalement ?
L’ingérence familiale dans la vie des individus. Je regrette que les Marocains ne soient pas restés d’aussi bonne humeur qu’il y a longtemps. À Marrakech, les gens savaient rire tout le temps.
Qu’est-ce qui vous ferait quitter le Maroc ?
Une prise de pouvoir fasciste ou militaire.