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Entretien
Touria Jebrane fait le point sur la culture
Trop tôt pour dégager un bilan d'étape, mais la ministre est satisfaite
Publié le : 10.09.2008 |
Promue pour devenir une capitale de la Culture par excellence, la ville de Rabat connaît un foisonnement de chantiers gigantesques qui vont chnager son visage sur le plan culturel et touristique.
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Plusieurs projets sont en cours dans la capitale du Royaume et le ministère de la culture ne veut pas être en reste de cette grande dynamique. Le ministère que dirige Touria Jebrane met la main à la pâte, en s'occupant des projets purement culturels et artistiques. Et ce, avec la relance des chantiers des infrastructures culturelles, comme la bibliothèque nationale, le Musée de l'Art Contemporain, le Musée des Sciences du Patrimoine et de la Terre, le Musée des Bijoux et des Habits marocains, l'Institut Supérieur de Musique et de Danse.
Des réalisations qui feront, sans aucun doute, de Rabat une vraie capitale de la Culture, insiste T.Jebrane dans l'entretien accordé au Matin. Elle réctifie, néanmoins: Les projets du ministère de la Culture ne se limitent pas uniquement à Rabat, mais s'étendent à d'autres villes et régions du Royaume, avec une nette progression au niveau de plusieurs dossiers que ce soit celui de la lecture, du livre, du théâtre, du patrimoine, du soutien des associations. Sans oublier le soutien annoncé en faveur de la chanson et autres arts plastiques .
Le dossier de la coopération internationale a, lui aussi, été réactivé durant cette année, proposant plusieurs semaines culturelles avec d'autres pays, dont la Tunisie, la Syrie, le Sénégal, le Koweït, la Palestine… Ceci sans oublier, bien entendu, la mutuelle et la carte de l'artiste qui ont vu le jour. Les détails dans l'entretien que nous accordé la ministre qui n'oublie qu'elle est artiste
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Interview • Touria Jebrane, ministre de la Culture
Le Matin : Après presque une année à la tête du ministère de la Culture, quel bilan dressez-vous autour des projets réalisés et d'autres en cours ?
TOURIA JEBRANE : C'est difficile de dresser un vrai bilan après une année de travail. Mais il y a beaucoup de projets qui ont été réalisés avec la collaboration des membres du cabinet et des cadres du ministère, malgré le budget très restreint qui nous est alloué et qui est de l'ordre de 0,29%. Il y a une progression bien ressentie au niveau de plusieurs dossiers que ce soit celui de la lecture, du livre, du théâtre, du patrimoine, du soutien aux associations. Dernièrement, nous avons signé une convention avec le ministère des Finances concernant le soutien de la chanson marocaine et nous sommes en train d'étudier le dossier des arts plastiques pour les faire bénéficier d'une subvention. Nous avons aussi porté notre appui aux infrastructures culturelles, dont des Maisons de la culture, des médiathèques, ciblant, en premier lieu, les régions marginalisées du Royaume. Le dossier de la coopération internationale a connu, lui aussi, un vrai coup de pouce durant cette année, programmant plusieurs semaines culturelles avec d'autres pays, dont la Tunisie, la Syrie, le Sénégal, le Koweït, la Palestine…Ceci sans parler des grands projets déjà entamés et qu'il a fallu relancer, comme la Bibliothèque nationale, le Musée d'art contemporain, le Musée des sciences du patrimoine et de la terre, le Musée des bijoux, l'Institut supérieur de musique et de danse. Des réalisations grandioses qui rendront, sans aucun doute, Rabat comme capitale de la culture par excellence, selon le souhait de S.M. le Roi Mohammed VI. Par ailleurs, le ministère de la Culture s'est occupé cette année de l'augmentation du chiffre de l'enveloppe pour le soutien du théâtre, la décentralisation des festivals, l'élargissement culturel du Salon du livre, entre autres.
Comment jugez-vous votre fonction de ministre ?
C'est une fonction assez difficile, vu la position de la culture vis-à-vis du développement et de la démocratie, puis des attentes des citoyens qui
rêvent de voir la culture se répandre partout et devenir une nécessité absolue comme l'air que nous respirons. Le citoyen est conscient de l'importance de la culture quant à sa capacité de protéger ses enfants en leur inculquant les bonnes choses de la vie et en les préservant des maladies de la société.
Certains organismes artistiques ont critiqué l'édition de la première partie de la carte de l'artiste, arguant que beaucoup d'artistes confirmés ne figuraient pas sur la liste ?
D'abord, il faut savoir que cette carte est une réalisation attendue depuis l'indépendance. L'artiste marocain avait toujours besoin d'une reconnaissance légale, sociale et financière. Cette carte réglementera la profession et ouvrira aussi d'autres horizons pour l'artiste en le faisant bénéficier d'un statut en bonne et due forme. Nous allons signer des conventions avec Al Oula et 2M pour ne faire profiter que les artistes ayant cette carte. Pour les artistes confirmés qui n'ont pas encore eu leur carte, c'est uniquement pour des raisons techniques, du fait que n'avions pas leur photo ou leur numéro de la carte nationale. Aucun artiste qui mérite cette carte ne sera marginalisé ou éliminé. Même les jeunes lauréats des Instituts ont droit à cette carte directement après l'obtention de leur diplôme et bien sûr les leaders du domaine culturel et artistique sont les premiers à en bénéficier. C'est un grand pas dans notre champ artistique qu'il ne faut pas faire entrer dans une polémique sans fondements. 300 cartes sont le lot de cette première partie. 900 autres sont en train de voir le jour.
Où en est le projet de la mutuelle qui a connu, également, beaucoup de divergences entre les différents protagonistes ?
La mutuelle est le fruit de collaboration entre l'Alliance des créateurs marocains et le ministère de la Culture, avec le soutien du gouvernement. Elle est ouverte à tous les artistes quels qu'ils soient. Jusqu'à présent, tout marche bien au sein de cet organisme. Beaucoup de gens ont commencé à en profiter.
Et pour le nouveau projet du fonds de soutien pour la chanson marocaine ? Comment le ministère procédera-t-il pour effectuer cette opération ?
C'est une initiative du ministère de la Culture pour aider la chanson marocaine.
Pour réaliser ce projet, nous avons signé une convention avec le ministère des Finances, dans le but de consacrer un fonds de soutien pour la chanson marocaine dans tous ses styles et catégories. Des textes seront ainsi élaborés pour
limiter les conditions pour avoir ce soutien, et ce en consultant tous les créateurs et artistes marocains. Une commission sera, donc, formée pour l'étude des dossiers déposés.
Est-ce que Mme Touria, l'artiste, a changé de personnalité en devenant ministre ? Voyez-vous les problèmes des artistes comme vous les sentiez quand vous étiez comme eux ?
Rien n'a changé et rien ne changera dans la personnalité de Touria Jebrane. Aujourd'hui en tant que ministre et dans l'avenir en tant qu'artiste. Il ne faut pas oublier que quand j'ai été nommée par S.M. le Roi Mohammed VI, tous les artistes ont organisé une fête en mon honneur. Ceci parce qu'ils me connaissent très bien et voient en moi leur porte-paroleet un soutien sur lequel ils peuvent compter. Ma vie fait partie d'eux et de leurs souffrances, de leurs créations, de leurs espoirs.
Ma station restera la même et mon voyage aussi. Je ne me considère pas en dehors de mon identité, car mon poste de ministre est une responsabilité nationale que je dois assumer et où je me considère comme une voix pour tous les artistes. Je resterai, donc, pour toujours l'amie et la sœur qu'ils ont connue sur les planches. Leurs problèmes, je les vois toujours comme avant, car moi aussi je les ai vécus et endurés. Avant, j'ai vécu les problèmes au sein d'une troupe d'une vingtaine de personnes. Maintenant, ce sont les problèmes de tous les créateurs marocains que je côtoie chaque jour et que je dois résoudre. Ce n'est pas aussi évident que cela puisse paraître, car il faut beaucoup de moyens.
Quel est le souhait que Mme Touria voudrait réaliser durant son mandat ?
D'être à la hauteur de cette mission et de rester moi-même aux yeux de tous les artistes marocains. C'est une grande responsabilité qui demande de la patience et de la persévérance.
Ne ressentez-vous pas, de temps en temps, une nostalgie pour le théâtre ?
Le théâtre est ma grande passion qui a duré plus de 35 années. Mais quand je vois 32 troupes de théâtre qui ont eu le fonds de soutien, dont beaucoup de jeunes font partie, cela me réchauffe le cœur. Quand je constate les 65 présentations à l'occasion de la Journée nationale du théâtre, ceci constitue une énorme récompense pour moi. Ces nouvelles générations sont, pour moi, mes enfants qui ont réalisé le rêve des premières générations. Mais mon retour sur les planches est certain, Inchallah, quand je terminerai ma mission de ministre.
Par Ouafaâ Bennani | LE MATIN