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| Forum Association des amis des myasthéniques du maroc | Modification: 5/9/2005 Création: 27/7/2001 |
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Docteur Nadia El Attar, la colère d’un médecin
En entamant ses études de médecine, jamais elle n’aurait eu l’idée de vivre une situation de déchirement. En se mariant, jamais elle n’aurait pensé devoir vivre à des milliers de kilomètres loin de ceux qu’elle aime depuis plus d’une décennie et jusqu’à une date indéfinie. Elle ? Il s’agit du docteur Nadia El Attar, médecin de son état. A l’instar de plusieurs centaines de femmes médecins qui se retrouvent dans la même situation, elle devrait officiellement intégrer un poste à plusieurs milliers de kilomètres de son domicile. En cause ? Les affectations du ministère de la Santé qui auraient été décidées par tirage au sort… Les différents sit-in organisés devant le ministère de la Santé pour protester contre leurs affectations dans des régions éloignées de leur foyer n’y ont rien fait. Aujourd’hui, formées comme médecins spécialistes dans les hôpitaux universitaires, elles refusent de devoir choisir entre « leur père » et « leur mère » et le font savoir en organisant un sit-in en face du ministère de la Santé, à partir de 10 heures.
Dr Nadia El Attar est spécialiste en médecine interne issue de la promotion 2007. Au cours de ses études, elle a dû vivre éloignée de son mari et ses enfants qui sont installés à Oujda. A la fin de sa formation dans la capitale et pensant voir la fin de son calvaire d’éloignement, elle se retrouve affectée à Layoune, à 2000 km d’Oujda. Un coup de massue, selon le médecin et sa famille, car outre sa mission humaine auprès de ses patients, Nadia doit aussi assurer son devoir de mère de deux jeunes filles : Manar, âgée de 4 ans et Nour âgée de 4 mois. Cette année, nous explique Dr El Attar, l’ancienne règle qui permettait aux jeunes diplômés d’être affectés dans un rayon de cent kilomètres de leur lieu de résidence n’est plus appliquée. Elle a tout bonnement été remplacée par un tirage au sort qui ne prendrait aucunement compte de la situation des médecins. Aujourd’hui, elles réclament l’application de l’ancienne règle qui accordait la priorité d’affectation aux femmes mariées et mères de famille. Un « acquis social » qu’elles voient disparaître… Le mari de Nadia, médecin à Oujda, ne comprend pas cette nouvelle gestion des ressources humaines. Il nous confie : «Je ne comprends pas pourquoi mettre sur un même pied d’égalité les femmes médecins mariées et les diplômés célibataires (…) » De plus, nous raconte Dr El Attar « le tirage au sort a été effectué en l’absence des principaux concernés, sans prendre en compte les situations familiales ». Des situations qui créent d’ores et déjà des déchirements familiaux.
Il est vrai que la situation de ces femmes médecins a suscité un important débat. Pour le ministère de tutelle, la priorité est d’harmoniser l’accès aux soins, d’assurer leur équité et de combler les déficits enregistrés sur l’ensemble du territoire national, notamment dans le Sud et l’Est du Royaume. Pour cela, et selon les communiqués officiels, être une femme médecin ne doit pas être une raison invoquée pour refuser ces postes. Les affectations devraient donc se faire uniquement en fonction des besoins régionaux. Pour les femmes médecins concernées, il s’agit d’un dilemme auquel elles doivent faire face. Si elles comprennent la nécessité d’affecter des médecins dans les régions éloignées du Royaume, comment se fait-il que certaines dont le domicile se situe en région n’ont pu être affectées près de leur domicile. A l’image du Dr. Nadia El Attar qui, ayant demandé son affectation dans la ville d’Oujda, près de son mari et de ses enfants, où il y a un manque flagrant de médecins, se retrouve affectée à Layoune ! Une aberration que ces femmes médecins déplorent… Comment, dès lors, continuer à honorer leur contrat avec l’Etat tout en perturbant les liens familiaux ?
Dans un communiqué de la Fédération Nationale de la santé (soutenue par l’Union marocaine du travail), c’est notamment le silence du ministère de la Santé face à la demande de dialogue qui est pointé du doigt et motive ces nouvelles actions. Ces femmes médecins demandent notamment l’ouverture d’un dialogue serein avec les représentants du ministère de tutelle afin d’étudier les propositions concrètes pouvant éventuellement résoudre cette situation de non-retour… Face au bras de fer qui les oppose au ministère de la Santé, elles ne refusent pas d’être affectées en régions mais souhaiteraient juste être plus proches de leurs enfants. Si leurs voix lors du sit-in du 9 septembre dernier n’ont pu traverser les murs du Département de Mme Yasmina Baddou, espérons tout de même que notre ministre pourra, cette fois-ci, ouvrir les fenêtres afin de débloquer la situation et d’entamer un véritable dialogue. Ces médecins ne refusent pas de servir leur pays, de remplir leur mission mais préfèrent le faire dans des conditions optimales et sereines à la fois car si des solutions ne sont pas trouvées, certaines femmes médecins pensent mettre fin à leur carrière pour se consacrer à leurs enfants…
Amel NEJJARI