|
| [Envoyer un message] | [Forum myastheniagravi] | [F.A.Q.] | [Chat] | [Archives] |
| (4 visiteurs) |
| Forum Association des amis des myasthéniques du maroc | Modification: 5/9/2005 Création: 27/7/2001 |
|
|---|---|---|
SANTE MALADIE MEDECIN MAROC NEUROLOGIE MYASTHENIE HASSAN_II MOHAMMED_VI IDRISSI MAIDOC2 MAIDOC MESTINON MYTELASE TEGELINE IMMUNOGLOBULINES PLASMAPHERESE THYMUS ASSOCIATION |
||
| 14879 messages déposés | ||
Economie
Les fondements philosophiques de la déroute capitaliste
L’histoire des faits économiques et sociaux forme la matière principale des économistes. Elle permet de revisiter les erreurs du passé. Elles éclairent le présent. A ce titre, on peut dire que la crise de ce début du 21e siècle trouve ses racines au 17e siècle. Voici comment.
Le 17e siècle a vu l’effondrement définitif de la civilisation musulmane. Elle a été vaincue militairement et technologiquement par la chrétienté, son unique adversaire, menée par le pape. Cependant, le pouvoir de celui-ci est très vite menacé. En 1648, le traité de Westphalie met fin à l’hégémonie temporelle et spirituelle du pape. Le traité donne la liberté religieuse aux princes allemands dans leurs Etats et reconnaît l’indépendance de la Confédération suisse et des Provinces Unies. Le pape s’était vainement opposé à la signature de ce traité. Il ne fut pas écouté.
Il restait aux vainqueurs à organiser le marché mondial tombé en déshérence. La grande Bretagne va donner le ton en répudiant les pratiques de la civilisation musulmane. Celle-ci avait conçu des instruments financiers permettant d’organiser le libre accès au marché des forts et des faibles. Les vainqueurs vont désormais écarter les faibles du marché.
Agronome anglais, ArthurYoung (1741 – 1820), écrivit : «Tout le monde, sauf les idiots, sait qu’il faut maintenir les classes inférieures dans la pauvreté, sans quoi elles ne voudraient jamais travailler.» Cette position de principe faisait l’objet d’un large consensus.
Jeremy Bentham (1748 – 1832) va en faire la synthèse. Pour ce faire, il part d’une constatation qui confine au bons sens : les riches ont de l’argent ; cet argent permet aux artisans, qui travaillent pour les riches, de vivre du produit de leur travail. Il faut sécuriser les riches en affirmant haut et fort leur droit de propriété, inviolable et sacrée. Une fois les riches rassurés, il faut les inciter à faire circuler leur argent. Il faut favoriser le luxe, qui est le plaisir des riches. Le plaisir des riches est le gagne-pain des honnêtes gens. Plus grande est la circulation monétaire, plus grande est la prospérité du pays. Cependant, pour que cette circulation ait lieu, il faut défendre les riches contre les pauvres ; car les pauvres sont nombreux. Jeremy Bentham a consacré une grande partie de son œuvre à décrire les prisons et les maisons de redressements ; ce sont, pour les pauvres, les antichambres du marché ; la prison éduque les pauvres dans le respect des contraintes du marché. Jeremy Bentham qualifiera sa philosophie d’utilitariste. Karl Marx, encore lui, se moquera de Bentham en taxant son œuvre de morale d’épicier.
Cependant, pour construire son système, Bentham sera obligé de couper radicalement l’utilitarisme de la morale et de la religion. L’intérêt devient la seule morale et la seule religion. C’est ce qu’explique Mandeville (1670-1733), médecin anglais d’origine hollandais, pour justifier l’utilitarisme :
«Les vices privés font le bien public… Depuis toujours, les plus grandes canailles de toute la multitude ont contribué au bien commun.»
Quant aux pauvres, «il est de l’intérêt de toutes les nations riches que les pauvres ne soient presque jamais inactifs, et pourtant qu’ils dépensent au fur et à mesure ce qu’ils gagnent.» Les pauvres ne doivent pas épargner.
Les ouvrages de ces auteurs connurent un grand retentissement. En fait, les élites des pays occidentaux, nous le savons aujourd’hui, avaient besoin de se débarrasser de la religion et des pauvres.
A ce stade, l’utilitarisme se coupe radicalement de la chari’a : celle-ci a une conception religieuse du marché. La philosophie musulmane s’était écartée de la religion mille ans plus tôt.
Nous retrouvons les idées de Jeremy Bentham à l’œuvre en ce début du 21ème siècle. Les divers candidats des campagnes électorales occidentales faisaient de la lutte contre l’insécurité leur thème principal. Il fallait construire des prisons pour enfermer toujours plus de délinquants.
Deux économistes américains, John Donohue (Stanford) et Steven Levitt (Chicago), ont étudié les conséquences de cette politique. Ils ont constaté qu’entre 1991 et 2000, le nombre des homicides et des violences criminelles ont baissé de 44%; celui des «atteintes criminelles» à la propriété a baissé de 50%. Comment ce résultat a-t-il été obtenu ? Depuis 1970, les dépenses dans le domaine carcéral et policier ont fortement augmenté, sans résultat tangible. Par contre, la législation de l’avortement au début des années 70 a eu des résultats spectaculaires. Leur raisonnement est le suivant : les enfants qui ne sont pas nés auraient vécu et grandi dans la pauvreté. Comme la pauvreté est favorable à la criminalité, les enfants qui ne sont pas nés seraient devenus criminels quinze à vingt ans plus tard. L’absence de ces enfants aurait contribué à la baisse des crimes depuis 1991. Il y a eu, en effet, 750.000 avortements licites en 1973 et 1,5 million au début des années 1980. Dans l’ensemble, «l’effet avortement» explique la moitié de la chute de la criminalité entre 1991 et 1997 ; l’autre moitié est attribuée à une augmentation des emprisonnements et de l’activité de la police en particulier. Voici un traitement tout indiqué pour les pauvres. Encore faut-il fabriquer des pauvres. Sur ce sujet, nous avons une autre étude explicative. Elle a été réalisée par deux économistes, Alberto Alesina et Roberto Perotti, en juin 2007, pour le compte du Fonds Monétaire International. Les deux auteurs analysent, l’impact des politiques d’ajustements structurels menées par les pays de l’OCDE. Les politiques qui ont réussi sont celles qui ont taillé dans les traitements des fonctionnaires et dans les programmes sociaux. Ces pays ont attiré les investisseurs et ont fait repartir la croissance. La réduction des dépenses publiques a un effet plus grand que l’accroissement des recettes. La conclusion des deux auteurs est que «des gouvernements qui ont la volonté de s’attaquer aux postes budgétaires politiquement les plus délicats, comme par exemple l’emploi public, les programmes sociaux, les fonds de retraite, émettent en quelque sorte un signal selon lequel ils sont sérieux lorsqu’ils procèdent à des ajustements budgétaires». Parmi ces pays «sérieux», le Danemark arrive en tête, comme il arrive aussi en tête du classement du développement humain du PNUD et que le Maroc prend, à tort, pour critère de développement.
De la sorte, le capitalisme fabrique de la pauvreté qui conduit à la délinquance. Nous sommes, en 2008, au cœur de l’utilitarisme de Jeremy Bentham.
Cet utilitarisme est à l’œuvre pour déstructurer des sociétés entières. Ainsi de la Belgique. Les Flamands sont plus riches que les Francophones ; ils paient plus d’impôts et veulent que leurs impôts servent, en priorité, aux Flamands.
Les Francophones sont responsables de leur pauvreté et doivent en assumer les conséquences : ou bien augmenter leurs impôts et, donc, diminuer leurs revenus ; ou bien laisser en déshérence leurs infrastructures et leurs écoles ; dans les deux cas, ils doivent accepter une baisse de leurs revenus pour accéder au marché du travail. La solidarité au sein d’un peuple est repoussée comme étant injuste. Le cas belge se reproduit en Italie et en Autriche.
Ce manque de solidarité est approuvé démocratiquement par les électeurs de ces pays. La crise financière actuelle va sans doute ruiner les riches et conduire les opinions publiques à une vision plus morale des relations du capital et du travail. Mais il faut du temps. Car, pour le moment, les chefs d’Etat occidentaux travaillent au sauvetage du système tel qu’il existe. Ils ont été élus pour cela.
Par Omar Akalay
28/10/2008