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Le raid de dimanche visait, selon l'armée américaine, des combattants étrangers en Irak retranchés sur le territoire syrien. Quelle est la situation à la frontière entre les deux pays ?
La région frontalière sert de point de passage aux djihadistes depuis le début de la guerre en Irak, en 2003. C'est une zone extrêmement poreuse qui s'étend sur plus de 700 km. Tout en se déclarant prête à faire le nécessaire pour limiter les transits, la Syrie a toujours dit qu'elle ne disposait pas des moyens suffisants pour empêcher les combattants de se rendre en Irak. En vérité, Damas a plutôt favorisé la circulation des réseaux djihadistes.
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Mais dans les faits, la Syrie contrôle-t-elle cette frontière ?
Depuis un an, Damas a sérieusement renforcé ses contrôles à la frontière. Des réseaux islamistes sont démantelés chaque semaine dans le pays. De l'avis même du général américain David Petraeus, ancien commandant des forces de la coalition en Irak, le nombre de combattants étrangers passant d'un bord à l'autre a considérablement diminué. Mais certaines parties de la frontière échappent toujours au contrôle de l'armée syrienne. Et le régime syrien craint aujourd'hui un développement du salafisme prôné par Al-Qaida sur son territoire.
L'attaque des forces américaines intervient peu de temps après l'attentat attribué à Al-Qaida qui a fait 17 morts à Damas le 28 septembre dernier. Quelle influence ont aujourd'hui les djihadistes en Syrie ?
Damas est victime des effets pervers de sa politique. Depuis le renforcement des contrôles de l'armée syrienne à la frontière, les groupes de combattants qui ne peuvent plus se rendre en Irak se redéploient vers la Syrie et le Liban. La situation conflictuelle qui existe aujourd'hui à Tripoli et l'attentat du 28 septembre en sont des exemple frappants. Les Syriens sont en train de vivre à leurs dépens ce que beaucoup d'autres régimes arabes ont vécu lors du retour des combattants partis accomplir le djihad en Afghanistan pendant la guerre contre les Soviétiques.
Dans ce contexte, quelle est la portée militaire et politique de l'attaque américaine ?
Il y a plusieurs niveaux de lecture. C'est d'abord un message politique adressé à la Syrie, pour qu'elle prenne ses reponsabilités dans le conflit irakien.
Par ailleurs, les Américains mènent actuellement des négociations avec Bagdad sur la mise en place d'un accord sécuritaire. Washington a l'intention d'établir une importante base militaire en Irak afin de conserver une position stratégique dans la région. Le raid en Syrie adresse ainsi un message clair aux Irakiens : sans la présence américaine, la situation deviendrait incontrôlable.
Mais cette attaque intervient aussi dans un contexte électoral américain particulier. D'après les dernières informations qui nous sont parvenues, la décision d'attaquer a été prise à la Maison Blanche. Il est très vraisemblable que les néoconservateurs et l'administration Bush cherchent à influencer le scrutin présidentiel en recentrant l'attention sur cette région du monde.
Damas a vivement dénoncé "l'agression terroriste" des Etats-Unis. Y a-t-il un risque de voir le conflit irakien se propager en Syrie ?
Je ne crois pas. La plupart des observateurs pensent qu'il s'agit d'un incident isolé. La réaction des autorités syriennes a été équilibrée. Face à une violation avérée de sa souveraineté territoriale, Damas ne pouvait pas s'abstenir de riposter au moins verbalement. Mais à une semaine des élections américaines, l'heure est à l'attente. Personne ne sait si la nouvelle politique de Washington ira dans le sens du dialogue ou, au contraire, d'une nouvelle escalade guerrière.
Propos recueillis par Elise Barthet