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19 décembre 2003
Sylvain Attal
sattal@proche-orient.info
Mais qu'est-ce qui empêche donc les Arabes de considérer l'humiliation du tyran Saddam comme la sienne, seulement la sienne, et pas la leur ?
Les réactions dans le monde arabe à la capture de Saddam Hussein montrent à quel point l'Amérique aura du mal à convaincre que la démocratie peut s'implanter dans cette partie du monde.
Le silence des médias officiels (à l'exception notable de ceux du Koweït) reflète, a-t-on volontiers souligné, le souci de ne pas provoquer de réactions violentes en accentuant « l'humiliation des Arabes ».
Les images qui ont fait le tour du monde du tyran de Bagdad débusqué dans son trou au milieu de la vermine sont effectivement humiliantes. Mais toute défaite porte en elle une part d'humiliation pour le vaincu. Surtout quand celui-ci se rend sans opposer la moindre résistance, alors qu'au début de cette année encore, il appelait volontiers les Arabes à risquer leur tête pour sauver la sienne, ou rétribuait grassement les familles de kamikazes palestiniens pour qu'elles sacrifient, elles, leurs enfants.
On peut discuter d'une éventuelle violation des conventions de Genève par les Américains, et même être choqué que le châtiment suprême contre Saddam soit promptement réclamé, que ce soit par George W. Bush ou par les chiites irakiens, avant même que ne s'ouvre le procès du dictateur déchu. Mais on doit reconnaître, aussi, que Saddam n'est pas un prisonnier comme les autres, et que, eu égard au statut de « nouveau Saladin » qu'il s'était octroyé, le monde entier et les Arabes en particulier avaient le droit de savoir quelle espèce d' homme était en définitive ce fugitif. C'est-à-dire un couard qui, au sens propre comme au figuré, ne mordrait plus jamais personne.
Mais ce qui n'en finit pas d'intriguer, c'est l'incapacité dans laquelle se trouvent les opinions publiques arabes de considérer cette humiliation, cette défaite, comme celle d'un tyran sanguinaire, et exclusivement la sienne.
Ce qui n'en finit pas d'intriguer, c'est l'incapacité dans laquelle se trouvent les opinions publiques arabes de considérer cette humiliation, cette défaite, non pas comme la leur mais comme celle d'un tyran sanguinaire, et exclusivement la sienne. D'un tyran, rappelons-le, qui a surtout envoyé à trépas - souvent après d'atroces tortures - des centaines de milliers de musulmans, qu'ils soient Kurdes ou Arabes, chiites surtout, mais aussi tous ceux qui osaient contester ne serait-ce que timidement son emprise sur le pays.
Ainsi, de nombreux journaux arabes ont bien du mal à reconnaître dans la mise en scène médiatique américaine de la capture de Saddam une simple image de propagande. Destinée à dissuader les Irakiens de rejoindre les terroristes qui les attaquent quotidiennement, plutôt que vouée à « humilier les Arabes ». La palme revenant au quotidien saoudien de Londres « Al Watan » qui a prétendu à ses lecteurs que l'armée américaine détenait l'ancien dictateur depuis longtemps déjà. Et qu'elle l'avait elle-même placé dans ce trou à rat, en attendant le moment opportun pour rendre publique la nouvelle de sa capture !
Pourtant, les chiites et les Kurdes irakiens, eux, ne s'y sont pas trompés. Ils savent bien que l'arrestation de Saddam, à défaut d'être synonyme d'avènement démocratique, est déjà une victoire de la justice. Celle qui devra un jour être rendue au nom des victimes, parmi lesquelles beaucoup de leurs frères, de leurs pères, de leurs enfants. C'est cette dimension-là, celle de la responsabilité individuelle d'un homme, en tant que chef de gang, qui semble si difficile à appréhender par le monde arabe alors qu'elle est, on le sait, un des fondements de la démocratie. Voilà un facteur particulièrement préoccupant pour tous ceux qui espèrent voir émerger de cette guerre d'Irak, et pour la première fois, des institutions démocratiques dans un grand pays arabe.
Cette question lancinante n'a pas de réponse facile. Se la pose, par exemple, le héros du dernier roman de l'écrivain israélien A.B Yehoshua dans « La mariée libérée » (Calmann-Lévy). Son héros, Johanan Rivline, professeur à l'université de Haïfa, est un orientaliste renommé, passionné par le monde arabe et entièrement dédié à la cause de la coexistence entre Juifs et Arabes en Israël. Son domaine de recherche : la société algérienne et sa reconstruction après un siècle de colonialisme français. Il projette de consacrer un ouvrage à cette question à travers l'étude de récits et de poèmes arabes ayant pour toile de fond cette période de l'histoire algérienne. Or, quelles sont les questions que se pose Rivline, comme autant de jalons dans sa recherche :
« …..Qu'est-ce qui empêche les peuples arabes de prendre leur essor et de retrouver la place historique éminente qu'ils occupaient dans les siècles passés ? Pourquoi leur identité achoppe-t-elle face à la civilisation technologique moderne ? Pourquoi laisse-t-elle tant à désirer dans ses rapports avec la démocratie libérale ? »
Et de construire des hypothèses qui sont elles aussi autant de questions nécessitant un travail scientifique : « L'attitude envers la femme dans la société arabe est-elle à l'origine de la difficulté à assimiler le concept de liberté individuelle ? En s'identifiant comme il le fait dans son jeune âge à sa mère subordonnée, soumise et souvent humiliée, l'enfant arabe se trouve-t-il plus tard dans l'incapacité de développer un sentiment de liberté intérieure ? Cette identification précoce de l'individu avec la soumission féminine continue-t-elle à agir, d'une manière sourde et souterraine, pendant qu'il construit sa personnalité d'adulte et pose les bases de sa virilité ? Là ou devrait se former un être libre surgit alors un tourbillon de soumission et de tyrannie…. ».
Ce même argument, celui de « l'humiliation » non plus des Arabes mais des musulmans, ou l'invocation d'une supposée persistance de sentiments colonialistes ou racistes, a été invoqué avec insistance, que ce soit pour expliquer les retards de développement du monde arabe, ou les causes du 11 septembre. À chaque fois, cet argument sert à détourner les élites arabes de leurs propres responsabilités dans ces anachronismes. Et il vient, naturellement, d'être à nouveau employé par les adversaires du discours courageux du Président de la République française sur la laïcité.
Les fondamentalistes musulmans et leurs trop nombreux alliés dans la société française tentent de faire passer la réaction républicaine face aux jeunes filles voilées à l'école, ou au comportement des femmes qui refusent d'être soignées par des médecins hommes, pour la stigmatisation de toute la communauté musulmane française. Comme si, là encore, il leur était impossible de voir dans le « sujet » musulman autre chose qu'un individu irrémédiablement défini par son appartenance religieuse ou communautaire. Entend-t-on, de leur côté, les Juifs se sentir humiliés par l'interdiction de la kippa à l'école, au moment où il leur est pourtant si difficile, si dangereux, de la porter dans la rue ?
Laissent-ils entendre que la décision de Jacques Chirac est une nouvelle marque de l'antisémitisme résurgent dont ils sont victimes ? Bien au contraire, ils sont dans l'ensemble persuadés que cette vigoureuse réaffirmation des principes de la laïcité, accompagnés de menus sacrifices à la règle républicaine demandée aux plus religieux, est de nature à les protéger. Qu'il s'agisse de la démocratie dans le monde arabe ou de l'intégration des citoyens d'origine ou de religion musulmane en France, il est grand temps de cesser d'invoquer un quelconque « néocolonialisme », américain là- bas en Irak, ou ici, français. L'instauration de la démocratie à Bagdad n'est peut-être pas l'objectif principal des Américains. Il est même possible qu'elle passe après un dessein stratégique plus prosaïque. Mais elle est néanmoins contenue dans leurs intentions. Il conviendrait de les prendre au mot et de les aider dans cette tâche. De même, notre République n'a sans doute pas assez lutté contre les discriminations frappant les Français issus de l'immigration, mais elle semble désormais sincèrement guidée par ce souci. On st bien loin de la volonté d'humilier, au plus près en revanche d'une exigence de vérité et de dignité.
Copyright proche-orient.info. Reproduction interdite sauf accord formel de proche-orient.info
18 décembre 2003
Pierre Lorrain
JOURNALISTE, ÉCRIVAIN, TRADUCTEUR, SPÉCIALISTE DE LA RUSSIE
contact@proche-orient.info
L'Irak n'est pas un nouveau Vietnam. En revanche, des comparaisons peuvent être faites avec la Tchéchénie
La capture de Saddam Hussein n'a pas pour l'heure réduit les actions de guérilla et les actes terroristes en Irak : alors que des émeutes de partisans de l'ancien dictateur éclatent dans certaines villes sunnites, les attentats redoublent d'intensité contre les forces de la coalition et la police irakienne à Bagdad et dans d'autres villes du pays. Dernière action spectaculaire en date, l'explosion d'un camion-citerne à Bagdad, ce mercredi matin à fait 17 morts.
Une telle évolution n'a rien de surprenant : après un coup dur, afin de ne pas démotiver ses partisans, tout mouvement de guérilla doit montrer que ses capacités d'action demeurent intactes. Ainsi, les forces américaines ont déjoué une embuscade dans le bastion sunnite de Samarra, lundi 15 novembre, et arrêté 73 personnes dont un chef de cellule des fedayins, le lendemain à l'aube, dans la même localité, au nord de Bagdad.
Même si les troupes de la coalition semblent être aujourd'hui, après la capture de Saddam Hussein, en bien meilleure position qu'il y a quelques semaines, la question d'un éventuel enlisement continue de se poser et le spectre d'un nouveau Vietnam ne manquera pas d'être encore invoqué par les adversaires de l'intervention aux États-Unis et en Occident.
Cependant, d'un point de vue militaire, toute comparaison entre l'Irak et le Vietnam manque singulièrement de pertinence. Si l'on cherche des similitudes sur ce terrain, c'est plutôt en Tchétchénie qu'on pourrait les trouver.
Pourquoi l'Irak n'est pas le Vietnam ?
Comme le pose l'analyste russe Pavel Felguenhauer (« The Moscow Times », 18 novembre 2003), les guerres du Vietnam et d'Afghanistan, champs de bataille de la guerre froide, se caractérisaient par le fait que le pôle principal de résistance était extérieur au conflit : l'Union soviétique dans le premier cas et les États-Unis dans le second.
« Des documents soviétiques partiellement déclassifiés, écrit Felguenhauer, révèlent que 6 359 généraux et officiers russes ont pris part dans des opérations au Vietnam. Les Soviétiques pilotaient des chasseurs qui engageaient le combat contre les Américains et commandaient des batteries de missiles sol-air (SAM), de la même manière qu'ils entraînaient les Nord-Vietnamiens. Les armes soviétiques les plus récentes étaient envoyées au Vietnam. Le chasseur Mig-21, le SAM C-75 et les lanceurs de roquettes multiples Grad furent d'abord utilisés là-bas. Et tout cela gratuitement ».
De leur côté, les Américains finançaient et armaient les moudjahidin afghans en leur fournissant des équipements et notamment des célèbres missiles Stinger.
Dans les deux cas, les armées évoluaient sur un terrain hostile alors que les véritables centres de commandement de la guérilla étaient hors d'atteinte (sauf à vouloir transformer la guerre froide en guerre tout court) et fournissaient aux combattants sur le terrain un appui logistique quasiment inépuisable.
En Irak, la situation est fondamentalement différente en raison de l'absence de véritable centre de commandement hors du territoire. En dehors de la Russie qui n'a plus aucun intérêt à le faire, deux pays seulement seraient en mesure de constituer la base arrière de la guérilla irakienne : l'Iran et la Syrie. Or aucun des deux n'est aujourd'hui disposé à se lancer dans une telle aventure.
Pourquoi la comparaison avec la Tchétchénie est-elle plus pertinente ?
Dans les deux cas, la guérilla est commandée par des éléments internes. Et dans les deux cas, elle est formée de deux tendances antagonistes mais dont l'action se complète :
Une composante purement politique dont le but est a) l'indépendance en Tchétchénie ; et b) la « libération » du territoire national (avec comme corollaire la restauration d'un pouvoir baasiste) en Irak. Pour cela, les méthodes sont similaires : la disproportion des forces rendant impossible toute opération d'envergure, les seules options restantes sont les embuscades, les attentats et les coups de main, contre les troupes d'« occupation » et leurs « collabos ».
Une composante purement fondamentaliste dont le but n'est pas l'indépendance (sauf en ce qu'elle permettrait l'instauration d'un émirat, que ce soit en Tchétchénie ou en Irak), mais la propagation du jihad et la lutte contre l'ennemi impie où qu'il se trouve. Dans cette optique, les attentats ne visent pas forcément les soldats ennemis, mais les « infidèles » en général : civils russes dans les attentats à Moscou ou personnel de l'ONU ou de la Croix Rouge à Bagdad.
Ces guérillas islamistes présentent deux principaux points communs. Le premier est le soutien financier et logistique qui leur est apporté, tant en Tchétchénie qu'en Irak, non seulement par des réseaux terroristes internationaux, comme Al-Qaïda, mais encore par certaines organisations fondamentalistes sunnites (avec ou sans l'approbation des pays où elles sont situées, principalement l'Arabie saoudite et le Pakistan). Le second est le caractère multinational des combattants qui viennent de l'ensemble du monde musulman. En Tchétchénie, le chef d'une légion étrangère de plusieurs centaines de combattants (les « Arabes », comme disent les Tchétchènes) a été le Saoudien Habib Abder-Rakhman, dit « commandant Khattab », jusqu'à sa mort au combat en avril 2002, puis son compatriote Abu al-Walid qui a pris sa succession.
En Irak, les troupes de la coalition ont déjà arrêté plus de deux cents combattants musulmans non-Irakiens. Ce nombre considérable laisse supposer que les jihadistes seraient plusieurs milliers (avec un financement et une logistique qui, elle, ne risque pas de se tarir).
Pourquoi l'Irak n'est tout de même pas la Tchétchénie ?
Les troupes Russes agissent en Tchétchénie pour empêcher l'indépendance de la république. Donc, pour y rester. Celles de la coalition sont en Irak, au contraire, pour garantir son indépendance en permettant l'émergence d'un pouvoir représentatif démocratiquement choisi. Donc pour en partir.
Quant au comportement, les soldats russes agissent comme de véritables occupants, vivant de rapine, de chantage à la sécurité, de magouilles et de vols sur le dos de la population tchétchène. Les soldats de la coalition, à commencer par les Américains, tentent de se comporter en amis et alliés en finançant la reconstruction du pays.
Le double problème posé par la guérilla irakienne
Les deux composantes de la guérilla irakienne posent des problèmes différents. La lutte contre les combattants « nationalistes » est du ressort des troupes de la coalition qui ont pour elles l'avantage des effectifs, de l'équipement et de la tactique. Faute d'importants relais extérieurs capables d'assurer logistique et financement, cette guérilla ne pourra que perdre sa virulence avec le temps. Pour elle, il s'agit donc de marquer des points le plus vite possible de manière à forcer le départ des Alliés. De ce point de vue, les prochaines semaines seront critiques et dépendront plus de la situation intérieure dans les pays de la coalition que des combats sur le terrain.
Les problèmes posés par la guérilla islamiste, aussi graves soient-ils, ne sont pas fondamentalement différents de ceux que rencontrent d'autres États touchés par cette forme de terrorisme. Il est possible de s'opposer efficacement à ce genre d'ennemi en visant ses structures et ses réseaux, et en limitant sa capacité de nuire par une action déterminée sur le terrain. Même si les attaques terroristes sont actuellement quotidiennes, les troupes de la coalition sont en mesure d'en ralentir le rythme jusqu'à des proportions plus faciles à gérer (en tout cas moins « déstabilisantes » d'un point de vue médiatique). Il est clair néanmoins qu'avec un terrorisme de ce type, la sécurité totale n'existe pas : les Irakiens continueront à y être confrontés après le départ des troupes de la coalition, comme le sont aujourd'hui des pays musulmans amis de l'Occident, tels la Turquie, le Maroc ou la Tunisie.
Copyright proche-orient.info. Reproduction interdite sauf accord formel de proche-orient.info
9 décembre 2003
Corinne Lepage
ANCIEN MINISTRE - PRÉSIDENTE DE CAP 21, ENGAGÉE SUR LE THÈME DE L'ENVIRONNEMENT
Revenir au droit républicain, en excluant la possibilité de l'application de la charia et plus généralement de toute loi non républicaine
Il faut se réjouir, après que le Président de la République ait affirmé solennellement que la laïcité n'était pas négociable, que le Premier ministre ait fait connaître sa volonté de protéger les femmes contre le fondamentalisme. C'est une nécessité dans la mesure où le port du voile est devenu le symbole de l'abandon par la République des principes de laïcité et d'égalité des sexes .Comme le note très justement Elisabeth Badinter : « le foulard n'a été que la face cachée de l'iceberg. Avec lui une certaine conception de la jeune fille s'est trouvée légitimée dans les quartiers à majorité musulmane » (« Fausse route », Ed O.Jacob p.190). C'est à notre faiblesse collective, notre peur de ne pas suivre le politiquement correct et d'apparaître pour des soutiens de Jean Marie Le Pen que nous devons d'avoir supporté sur le territoire de la République les mariages forcés dénoncés par Nicole Ameline, les viols à répétition devenus des tournantes qui détruisent les jeunes filles et les font vivre entre la honte et la peur viscérale, les harcèlements quotidiens décrits par Fadela Amara, Présidente de l'Association « Ni putes Ni soumises » , les meurtres par le feu , à l'instar du drame vécu en France par la malheureuse Sohane Benziane.
Dès lors, il ne s'agit évidemment pas de stigmatiser une religion et encore moins une communauté, mais de défendre les faibles, c'est-à-dire les femmes menacées y compris physiquement en leur assurant la protection de la République et non pas celles, pour le moins oppressante, de leurs grands frères. La loi doit donc avoir une double composante : assurer l'égalité effective entre hommes et femmes et réaffirmer solennellement les grandes lois de la République. Il ne s'agit plus seulement du principe de laïcité, mais aussi des grands principes de fonctionnement du service public : neutralité, égalité d'accès, liberté dans l'organisation du service public…
L'intervention du législateur n'est devenue indispensable qu'en raison de l'avis juridiquement très contestable et politiquement ravageur du Conseil d'État de 1989
Sans doute, sur un plan de stricte technique juridique, tous les textes sont déjà présents dans notre arsenal constitutionnel, législatif et réglementaire. L'intervention du législateur n'est devenue indispensable qu'en raison de l'avis juridiquement très contestable et politiquement ravageur du Conseil d'État de 1989. En contradiction avec la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l'Homme beaucoup moins laxiste, cet avis a ouvert la voie non seulement à des grandes inégalités de traitement sur l'ensemble du territoire, mais encore à une contagion du problème dans d'autres services publics, à commencer par l'hôpital.
Dès lors, il convient aujourd'hui de revenir au droit républicain, en excluant la possibilité de l'application de la charia et plus généralement de toute loi non républicaine, ce qui comporte trois corollaires.
La loi se lira tant dans ce qu'elle dira que dans ce qu'elle taira
Le premier consiste à tirer toutes les conséquences de cette réaffirmation , ce qui implique évidemment de ne pas se borner à l'école, mais à prohiber, dans le service public toute discrimination entre les hommes et les femmes, qu'il s'agisse de l'utilisation du service public (piscines, transports, loisirs etc…) de la demande de service public (exigence de médecins femmes par exemple à l'hôpital) ou de l'offre. Il va de soi qu'une loi qui se bornerait à interdire le foulard à l'école, laisserait supposer comme tolérables les déviations que l'on observe aujourd'hui par rapport au principe d'égalité, ce qui n'est pas admissible. Il est donc indispensable que le législateur tire toutes les conséquences de nos valeurs républicaines. Ainsi, la jurisprudence qui admet la polygamie, en autorisant le regroupement familial de multiples femmes, qui ne regarde pas la répudiation comme contraire à l'ordre public français, devra être remise en cause par le législateur dans la mesure où elle n'assure pas les droits et l'égalité des femmes. La loi se lira tant dans ce qu'elle dira que dans ce qu'elle taira.
Le second consiste à affirmer la laïcité et la neutralité du service public, ce qui exclut tout signe visible d'appartenance religieuse ou confessionnelle, à l'école pour le personnel enseignant et plus généralement scolaire comme pour les élèves, mais plus généralement dans tout le service public. Faut-il aller jusqu'à permettre aux employeurs d'interdire le foulard et les pratiques religieuses au sein de l'entreprise ? La question est posée, la jurisprudence hésitante lorsque le personnel est en contact avec le public. À cet égard, il est pour le moins incompréhensible de voir des partis ou syndicats traditionnellement attachés à la laïcité et au respect de l'égalité homme - femme se faire les chantres du communautarisme et les défenseurs du voile ? Des réponses respectueuses des croyances de chacun, mais faisant prévaloir là aussi la loi républicaine, devront s'imposer. Admettrait-on une obligation de porter le voile au sein d'une entreprise ou de ne pas disposer du dimanche en échange du vendredi. Ces questions doivent être résolues de manière à ne pas retomber dans les errements du voile et à offrir, par une utilisation préférentielle des congés et de la RTT, des solutions pragmatiques qui ne contrarieront pas les principes et donneront une certaine souplesse.
Enfin, et peut-être surtout, les conditions de l'application de la loi devront être précises et les moyens nécessaires à cette application trouvés. D'une part, les fonctionnaires chargés d'appliquer la loi devront disposer d'un texte clair et sans aucune ambiguïté. L'interdiction de tout signe visible qui laisse subsister la possibilité du port d'une chaînette autour du cou apparaît la meilleure solution. Elle exclut voile, foulard, et burka mais aussi kippa. D'autre part, l'interdiction d'inférer dans l'organisation du service public et la protection du corps médical contre tout reproche de non assistance à personne en danger en cas de refus de soins pour des raisons tenant au sexe du médecin doit être assurée . De plus, la sécurité des jeunes filles , dévoilées, doit être renforcée et la connaissance de leurs droits assurée. Restera alors le travail le plus délicat : celui d'assurer l'intégration de ces jeunes dans notre société, leur promotion sociale, leur accès à l'enseignement supérieur et à l'emploi. À nous de les convaincre que le succès ne peut venir que d'un effort commun, les uns vers les autres et non d'une politique d'agression contre nos lois et notre culture.
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MON OEIL !!!!