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Alors que le bilan de la tuerie a atteint 200 morts)
Les Espagnols aux funérailles des victimes de leur 11M A la veille des législatives, ils veulent savoir "qui l’a fait"
Les Espagnols célébraient samedi des funérailles en série pour les victimes du 11M, la tuerie terroriste du jeudi 11 mars à Madrid, au dernier jour de leur deuil national et à la veille d’élections législatives sur lesquelles plane la question de la responsabilité des attentats.
De la manifestation d’ampleur historique qui a rassemblé vendredi soir dans les rues 11,64 millions de personnes selon les chiffres du gouvernement, soit un Espagnol sur quatre, les médias retenaient en tout premier lieu samedi matin un slogan en forme de question : "Qui l’a fait ? " (Quien ha sido ?) Question cruciale à la veille des législatives, dont le candidat du Parti populaire (PP, droite, au pouvoir) Mariano Rajoy a déclaré qu’il avait "la conviction morale" que l’organisation séparatiste basque armée ETA était responsable des attentats, dans un entretien publié samedi par le quotidien El Mundo.
Le bilan de la tuerie a atteint samedi 200 morts, parmi lesquels 35 étrangers de 13 nationalités différentes, et 1.400 blessés.
L’ETA a démenti être impliquée dans ces actes, qu’a revendiqués le groupe islamiste Al Qaïda, selon un communiqué envoyé à au journal arabe Al-Qos Al-Arabi.
Le gouvernement maintient que l’ETA est la piste privilégiée, mais le porte-parole du gouvernement régional basque (nationaliste modéré) Miren Azkarate a considéré samedi matin comme "crédible (...) l’authenticité du communiqué" dans lequel ETA avait nié la veille toute participation aux attentats de Madrid.
En outre, les éléments s’accumulent en faveur de la thèse d’une action islamiste commise en représailles de l’appui apporté par le gouvernement du PP à Washington en Irak, contre l’avis de la majorité de l’opinion espagnole.
Avant de tirer les conclusions dans les urnes de la tragédie terroriste de jeudi, les Espagnols étaient conviés à des funérailles en série, dont les premières se déroulaient dans la matinée de samedi à Alcala de Henares, point de départ des trains de banlieue éventrés par les bombes.
Alcala est aussi le probable point de départ des terroristes, car c’est la ville où a été retrouvée une camionnette avec à bord sept détonateurs et une cassette de versets du Coran en arabe, et autour de laquelle au moins un témoin a dit avoir vu s’affairer des hommes en cagoule portant des sacs.
Dans le courant de la journée de samedi, de multiples cérémonies religieuses sont prévues, soit ponctuelles pour les victimes originaires du lieu, comme à Villalana (Asturies, nord), Valladolid, Jaen ou Guadalcazar (Andalousie), soit pour des hommages collectifs, comme à Cuenca ou Pampelune.
Dans la cathédrale de Saint Sébastien, au Pays basque, où les manifestations contre le terrorisme ont été massives vendredi et où les nationalistes descendaient encore dans la rue samedi, l’évêque Juan Maria Uriarte célèbrera à 19h00 (18h00 GMT) une messe pour l’ensemble des victimes de la tuerie.
Apparue en même temps que les rubans noirs aux façades des maisons à travers le pays, l’expression "11 M" est entrée depuis jeudi dans le langage courant des Espagnols au même titre que ce qu’ils nomment le 11S (pour 11 septembre 2001 aux Etats Unis) et surtout 23 F, en référence au traumatisme collectif du coup d’Etat militaire avorté du 23 février 1981.
Les attentats de Madrid ont conduit à un renforcement des mesures de sécurité en Europe et aux Etats-Unis, notamment dans les chemins de fer, tandis que les Grecs en ont appelé à l’Otan pour garantir le bon déroulement des jeux Olympiques d’août prochain.
Le terrorisme "est la nouvelle menace de notre époque", a déclaré le Premier ministre britannique Tony Blair samedi à Manchester (nord-ouest de l’Angleterre). "Nous ne la vaincrons pas en espérant qu’elle nous laissera tranquille ou en se cachant", a-t-il dit, avant d’ajouter : "Nous devons être préparés à ce qu’ils (les terroristes) frappent quand ils veulent et comme ils peuvent".
Edité le: dimanche 14 mars 2004.