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Terrorisme
Benmoussa dissipe les doutes à la Commission de l'Intérieur
Les faits reprochés aux individus arrêtés «ne sont pas fabriqués ou artificiels»
Publié le : 02.03.2008
La multiplication et le recoupement des preuves dissipent les questionnements à propos de ce qui a été convenu d'appeler l'affaire Belliraj. Les pièces du puzzle se rassemblent, l'image devient de plus en plus claire, tandis que l'étau se resserre autour d'une des plus problématiques cellules jamais démantelées dans la nébuleuse terroriste. Encore plus retentissante est cette information livrée par l'agence de presse officielle belge «Belga», selon laquelle Abdelkader Belliraj, chef du réseau terroriste, a été, pendant au moins 8 ans, un informateur de la sûreté de l'Etat belge. Le ministre belge de la Justice, Jo Vandeurzen, n'a pas caché son inquiétude suite à cette nouvelle indiscrétion.
Pour y voir plus clair, il est allé jusqu'à demander une enquête sur la manière dont les services de renseignements belges ont collecté et traité les informations sur le dossier de Belliraj. Mais le fin mot sur l'histoire a été donné lors de la réunion de vendredi dernier de la Commission de l'Intérieur, de la Décentralisation et des Infrastructures à la Chambre des représentants.
Dans son intervention devant les membres de la commission, qui a connu une grande affluence, Chakib Benmoussa, ministre de l'Intérieur, a souligné que le Maroc fait face actuellement à «un réseau terroriste dangereux qui est parvenu à des stades avancés dans les préparatifs pour l'exécution de ses opérations, marqués par la définition d'objectifs précis et l'établissement d'une organisation politique et destructive, comme il a planifié des assassinats pour les années 1992, 1996, 2002, 2004 et 2005». Et d'ajouter qu'il visait des personnalités en vue et envisageait d'entreprendre des braquages et des opérations de blanchiment d'argent, avec recours à diverses armes à feu, tout en rappelant la saisie du lot d'armes et de munitions le plus important de l'histoire de la lutte contre le terrorisme et des démantèlements des cellules ap-puyant ce phénomène.
Nous sommes là devant une nouvelle menace qui n'a rien à voir avec les schémas traditionnels impliquant une nouvelle prise de conscience. Elle chamboule toutes les expertises accumulées depuis les attentats du 16 mai. Le ministre en a convenu.
Il s'agit là, selon lui, d'un réseau qui projetait des menaces pour la sécurité et la stabilité du pays, en s'appuyant sur un soubassement intellectuel et théorique joignant action clandestine et action publique. C. Benmoussa n'a pas perdu de vue la capacité du réseau à préserver le secret de ses plans et activités durant une longue période s'étalant sur quinze ans et sur l'infiltration des associations de la société civile, le champ des partis et les institutions de l'Etat, ainsi que sur le recrutement de cadres de hautes compétences et de différentes catégories socio-professionnelles.
Les parlementaires ont bien saisi la portée de ce nouveau phénomène. Ils ont été unanimes à souligner que pour l'affronter, on a besoin d'une approche globale basée, au-delà du volet sécuritaire, sur les dimensions religieuse, pédagogique et médiatique. Ils ont mis l'accent sur l'importance de constituer un front commun (partis politiques, société civile et médias) pour la mise en oeuvre de cette approche. D'un point de vue plus pratique, les représentants de la nation ont, d'un côté, attiré l'attention sur la nécessité de doter les services de sécurité de moyens matériels, logistiques et humains nécessaires pour mener à bien leurs missions. D'un autre côté, ils n'ont pas omis de rappeler qu'il faut assurer aux personnes impliquées toutes les garanties juridiques et un procès équitable, soulignant l'importance de préserver les acquis réalisés par le Maroc en matière de renforcement de l'Etat de droit.
Sur ce même registre, le ministre a indiqué que les efforts des autorités demeurent tributaires de la disponibilité du cadre juridique régissant leur action qui obéit à l'obligation d'accompagner les évolutions rapides que connaissent les organisations terroristes. Mais, également, l'obligation de respecter les principes de l'Etat de droit.
Enfin, rebondissant sur les allégations des dubitatifs, le ministre a affirmé que malgré la disponibilité des données qui témoignent clairement de la gravité de la situation, «nous assistons à une opération systématique de mise en doute aussi bien des faits et de la responsabilité des personnes impliquées que des objectifs du démantèlement de ce réseau terroriste».
Pour mettre fin à cette polémique, C. Benmoussa a réaffirmé que les faits reprochés aux individus arrêtés «ne sont pas fabriqués ou artificiels comme le prétendent certains». Certes, a-t-il noté, «la mise au point du plan du réseau remonte à 1992, mais ses concepteurs ont tenu à s'y conformer et à maintenir son caractère exécutoire et son fonctionnement jusqu' à aujourd'hui».
Par Mostafa Bentak | LE MATIN