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Entretien avec Mme Nezha Skalli, ministre en charge du Développement social et de la Solidarité “Nous avons un budget limité par
Auteur : Entretien réalisé par Leila Ouazry
Publié le : 6 Mars 2008
La Nouvelle Tribune : Est-ce qu’on peut redéfinir de manière exacte et concise la mission de votre ministère, sachant qu’il était scindé en deux départements auparavant ?
Il y avait le ministère du développement social de la Famille et de la Solidarité, d’une part et le secrétariat d’Etat à la famille, à l’enfance et aux personnes handicapées d’autre part. Aujourd’hui, ces deux départements sont regroupés au sein d’une seule institution. Il ne s’agit pas simplement d’une somme de deux ministères, mais d’une nouvelle entité, avec une nouvelle mission qui place au centre des préoccupations, en matière de développement social, les femmes, les enfants, les personnes handicapées et les personnes âgées. Donc, c’est un repositionnement de la question du développement social. L’objectif étant d’axer davantage notre mission sur ces composantes de la société qui sont les plus vulnérables et les plus exposées à la précarité, à la pauvreté et à l’exclusion sociale. A côté de cela, le Ministère a la tutelle de deux établissements publics : l’Entraide nationale et l’agence de développement sociale (ADS), qui déclinent notre action sur tout le territoire.
Qu’est-ce qui distingue votre stratégie de celle de vos prédécesseurs ?
Par rapport à mes prédécesseurs, nous travaillons dans le cadre de la continuité, en maintenant les projets déjà entamés et en essayant de les enrichir à partir de notre propre vision.
Notre approche est basée sur les droits humains, elle prône la rupture avec l’approche purement caritative. En plus de l’approche Droit, il y a l’approche Genre qui est aujourd’hui généralisée à travers toutes les actions que nous menons. Ainsi, pour n’importe quel volet de notre action, on prend en considération, les personnes handicapées, les femmes, les enfants. C’est une vision moderne qui intègre l’égalité des sexes et les droits humains dans l’ensemble des actions, pour aboutir à une égalité des chances en matière des droits socioéconomiques et culturels. Mais, il y a lieu de rappeler que le développement social nécessite une action transversale. Laquelle exige la participation de tous les ministères pour satisfaire les besoins en terme d’équipement sociaux de base : routes, eau, électrification en plus de l’emploi, l’éducation, l’habitat etc…Le champ d’action de notre ministère concerne ceux et celles qui ne bénéficient pas de tels services et qui sont par conséquent en situation d’exclusion ou de précarité. Mais nous ne sommes pas seuls, aujourd’hui c’est la préoccupation de l’Etat et en tout premier lieu de SM le Roi Mohammed VI et notamment avec le lancement de l’INDH qui vise à lutter contre les disparités au niveau territorial mais aussi, les disparités de genre.
La question des personnes handicapées demeure posée avec acuité : problème de scolarité, problème d’accès, déficit en structures d’accueil, chômage, …. quelle est votre vision pour éviter l’exclusion à ces citoyens ?
Les personnes handicapées représentent 5% de la population, donc il nous incombe de leur assurer une inclusion dans la société à tous les niveaux. Nous travaillons avec le Ministère de l’Education pour garantir la scolarité de tous les enfants. Aujourd’hui, il y a 30 % d’enfants handicapés qui sont scolarisés. Nous sommes engagés pour arriver à 70 % à l’horizon 2012 en partenariat avec le Ministère de l’Education Nationale et évoluer par la suite vers la généralisation de la scolarité. Notre rôle est d’attirer l’attention de ce ministère et de mettre en place des synergies pour réaliser ces objectifs. Par ailleurs, nous contribuons à l’équipement des classes pour les handicapés légers, nous aidons à la mise en place des centres spécialisés pour les handicapés lourds. Dans ce sens, un centre pour la prise en charge des autistes sera créé à Marrakech.
Les personnes handicapées diplômées continuent de faire l’objet d’exclusion alors qu’une loi visant leur intégration existe depuis plusieurs années ?
Pour la question d’emploi, la loi prévoit 7% dans la fonction publique et dans le privé le premier ministre s’est engagé à établir un taux de 5% de recrutement parmi les personnes handicapées. Nous travaillons avec le Ministère de l’emploi, en concertation avec la CGEM, pour trouver les modalités de mise en œuvre de cette obligation. Mais au-delà de l’obligation légale, il est question de sensibilisation. Les chefs d’entreprises doivent comprendre qu’il ne s’agit pas de charité vis-à-vis de ces personnes. Ce sont des compétences qui doivent être jugées en termes de rendement et de productivité. Un handicapé moteur, peut parfaitement exercer une activité mentale. Tout comme un sourd, peut avoir un meilleur rendement dans une industrie bruyante, ou encore un mal voyant dans un poste de standardiste.
Cela semble assez facile, lorsqu’on en parle mais en réalité, les choses sont plus complexes. La question d’accessibilité n’est pourtant pas très difficile à résoudre et pourtant, jusqu’à présent, les personnes handicapées ne sont pratiquement jamais pris en considération dans nos villes que ce soit dans le domaine public ou privé. Alors que là également la loi existe ?
Pour les handicapés moteurs, l’accessibilité est une obligation légale pour les constructeurs de nouveaux bâtiments. Il y a des normes architecturales qui doivent être respectés. Pour les bâtiments anciens, les établissements publics, doivent obligatoirement assurer l’accès aux personnes handicapées, en cas de réaménagement ou de restauration. Malheureusement, ce sont des lois qui ne sont pas appliquées. Là, également c’est un travail de sensibilisation que nous menons auprès des gouverneurs et walis pour rappeler aux agences urbaines cette obligation.
Les besoins sont énormes et complexes, est-ce que vous avez les moyens pour travailler et quel est le montant de votre budget ?
En effet, nous avons un budget qui est limité par rapport à l’ampleur de la tâche. Cela nous impose de rationnaliser nos actions. Nous menons des actions ciblés qui ont un effet de levier. Notre budget propre en tant que Ministère dépasse à peine les 100 millions de Dhs. Plus de 55% (soit 236 millions de Dhs vont à l’Entraide nationale et 70 millions de Dhs vont à l’ADS). Par ailleurs, nous réalisons des programmes en partenariat avec des organismes de coopération internationale qui amènent leur contribution financière dans le cadre de nos propres stratégies et de notre propre vision. Mais, la question du budget n’est pas plus un problème que celle des ressources humaines, où le manque est important.
Il y avait justement un projet de formation de travailleurs sociaux, ou en sont les choses ?
Nous avons un projet de formation de 10 000 travailleurs sociaux à l’horizon 2012 dans le cadre de l’engagement gouvernemental. Une convention cadre, sous la présidence du premier ministre, avait été signée avec le ministère de l’Education nationale juste avant la formation du nouveau gouvernement et on va signer des conventions spécifiques dans les quelques jours à venir avec les universités. Si nous n’avons pas encore signé ces conventions, c’est parce que nous travaillons sur le statut de ces travailleurs sociaux et la faisabilité de leur recrutements. Parce qu’il ne s’agit pas seulement de les former, mais encore faut-il leur assurer un avenir, sachant que les besoins en la matière sont importants ne serait ce que pour se conformer aux normes établies par la loi 14-05 qui fixe les conditions d’ouverture et de gestion des établissements de protection sociale.
Aujourd’hui, on peut relever tous ces défis, et arriver à une équité sociale ?
L’équité sociale et la lutte contre les disparités est un objectif majeur du gouvernement sur l’ensemble du territoire national.
L’urgence est de donner la priorité aux communes rurales les plus pauvres et aux quartiers urbains les plus marginalisés. L’INDH est une initiative de règne visant justement relever ces défis et qui implique l’engagement de l’ensemble du gouvernement pour réaliser une convergence au niveau des territoires ciblés. L’approche participative est fondamentale et les collectivités locales ainsi que la société civile sont des acteurs indispensables pour la réussite de ces initiatives. Mais il faut noter une détermination et une volonté politique forte de Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour impulser et dynamiser cette stratégie.
Il y a également d’autres approches, comme l’approche budgétaire basée sur les résultats. Cette approche prend en compte l’ensemble des situations spécifiques (handicapées, hommes/femmes, …). Cela constitue un levier qui fait que les politiques publiques soient plus efficaces. Parmi les autres choses qui me permettent d’être optimiste, c’est le geste de Sa Majesté de nommer sept femmes au gouvernement, et qu’elles soient t chargées de tout le pôle social. Tout cela nous donne une bonne assise pour relever ces défis. Un des leviers majeurs à mon sens, c’est la participation des femmes à la prise de décision au niveau local.
Mais, le problème de la sous-représentativité féminine dans la sphère politique au niveau local demeure posé, aujourd’hui, nous avons moins 0.6% de femmes au niveau des communes ?
Si je devais prendre une mesure phare pendant mes cinq années de mandat, cela serait d’assurer une représentation du tiers des sièges aux femmes dans toutes les communes. C’est dans ce sens que nous avons choisi de célébrer le 8 mars autour du thème de la « la participation politique des femmes, levier du développement social. ». Au lieu de maintenir le taux de 0,56% de femmes dans les communes et celui de 0.2% de femmes seulement parmi les présidents de communes, on doit agir pour changer la donne. Seule une approche volontariste permettra d’évoluer, comme cela a été fait pour le Parlement à travers la liste nationale des femmes et qui nous a permis de briser le plafond de verre pour l’accès des femmes à la chambre des Représentants.
Sa Majesté à travers la nomination des sept femmes au gouvernement a permis de franchir le plafond de verre du gouvernement. Il est tout à fait logique et naturel d’abattre les barrières qui séparent les femmes de la gestion publique au niveau local. L’objectif étant d’améliorer les politiques publiques et la gouvernance locale et de satisfaire les besoins, oh combien importants des populations au niveau local aussi bien dans les villes que dans le monde rural.