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Sida et toxicomanie
L'ennemi à double visage
Selon les chiffres officiels, une épidémie active guette le Nord du Maroc
Publié le : 10.04.2008
«Si la situation continue de s'aggraver, le Sida dans les villes du Nord va passer du stade de l'épidémie peu active au stade de l'épidémie concentrée», les propos émanent d'un militant associatif dans la ville de Tétouan.
Au Maroc, les professionnels de la santé affirment que l'utilisation des drogues injectables particulièrement l'héroïne, est très répandue dans les régions Nord du Royaume vu la proximité avec l'Europe. La dépendance à ces drogues touche principalement les populations jeunes et le taux d'accroissement du nombre des usagers est particulièrement plus rapide.
Actuellement, une dose d'héroïne est vendue à 20 DH à Tanger et Tétouan. De l'avis de plusieurs observateurs, ce genre de drogues dures va remplacer dans l'avenir d'autres plus populaires comme le cannabis ou le kif.
«Les villes du Nord connaissent un nombre plus élevé des infections VIH liées à l'utilisation des drogues intraveineuses. Selon les chiffres officiels, les contaminations liées aux drogues intraveineuses représentent 4% du total des contaminations sur l'ensemble du pays. Au Nord, ce pourcentage est de l'ordre de 15%. A mon sens, la proximité avec la ville de Sebta y est pour beaucoup», explique Dr. Rachid Hasnouni, président de l'ALCS à Tétouan. La situation pourrait s'aggraver davantage en raison de la faible diffusion parmi les dépendants des informations et des outils permettant de réduire les risques de contamination à VIH.
En effet, l'injection de drogues est le moyen le plus "banal" pour contracter le virus en utilisant un équipement infecté. Et selon les observateurs, la concentration géographique de l'usage d'héroïne dans le Nord du pays est provisoire.
Les drogues intraveineuses vont continuer leur propagation pour atteindre d'autres villes marocaines jusque-là épargnées par ce poison.
Des villes comme Tanger et Tétouan commencent déjà à attirer l'attention des responsables. «Pour la première fois au Maroc, la faculté de médecine va former des médecins addictologues qui pourront ainsi contribuer à la lutte contre le phénomène de l'addiction dans notre pays. Tous les lauréats, environ 30, seront affectés dans les hôpitaux des régions Nord», affirme Soumeya Berrada, professeur à la faculté de médecine à Casablanca. En l'absence d'un Observatoire national des drogues et toxicomanies, on demeure sans beaucoup d'informations sur le nombre des dépendants au Maroc. La dernière étude sur l'addiction au Maroc remonte à 2004. Pourtant, les professionnels de la santé n'ont pas cessé de demander aux départements concernés de créer un observatoire similaire qui serait chargé notamment de réaliser des études d'évaluation de la situation et des risques liés à l'addiction.
Malheureusement, les utilisateurs de drogues injectables sont doublement marginalisés et ils doivent faire face à une stigmatisation considérable. De plus, la criminalisation de l'addiction par drogues injectables empêche ces personnes d'accéder aux traitements du VIH. Ces derniers peuvent transmettre à leur tour le virus à d'autres personnes dans leur entourage notamment par voie sexuelle. L'usage de drogues est souvent à l'origine de comportements sexuels à risques. Les personnes sous l'influence de la drogue perdent leur habilité à imposer des rapports protégés (professionnels du sexe). Cependant, il existe plusieurs facteurs qui peuvent aider les responsables à contenir ce fléau au Royaume. En effet, l'utilisation des drogues intraveineuses est concentrée au Nord du Maroc. Le champ d'intervention des autorités est relativement délimité.
Cela permettra sûrement de réduire le coût des interventions. Par ailleurs, la forte mobilisation des professionnels et de la société civile pourrait également concourir à améliorer la situation plus vite. Mais le soutien des familles ainsi que le soutien gouvernemental peuvent jouer un rôle important.
Selon un responsable au ministère de la Santé, un plan d'action national est en cours actuellement ainsi qu'une stratégie de communication sociale axée sur les jeunes. Les ONG seront également appelées à s'impliquer dans le cadre de ce plan d'action. En matière de traitement et de prise en charge, les responsables marocains prévoient la création de structures de proximité.
Des centres de sevrage et d'autres spécialisés dans la réduction des risques (fixes et mobiles) ainsi que des structures de réhabilitation verront le jour progressivement dans l'avenir dans différentes villes.
Les militants associatifs appellent, pour leur part, les autorités concernées à mettre en œuvre des actions pertinentes à long terme. Pour eux, les services de santé (diagnostics et traitement) sont à améliorer. Les interventions de proximité doivent être également intensifiées par la création d'unités mobiles et des centres d'accueil et de traitement. Par ailleurs, les médias doivent s'impliquer davantage dans la sensibilisation de la population et la promotion de campagnes de lutte contre la stigmatisation des personnes vivantes avec le VIH.
Aujourd'hui, les mesures punitives contre les consommateurs l'emportent largement sur les stratégies et les mesures de soutien à ces personnes.
Hélas, on oublie souvent que la consommation de drogues est surtout un problème de santé publique et non pas seulement un problème d'ordre public.
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Risques liés à l'injection
Selon l'enquête nationale de 2004 sur la prévalence de l'abus et de la dépendance aux substances narcotiques, 4,1% des personnes interrogées ont reconnu avoir utilisé une substance psycho active durant les 12 derniers mois qui ont précédé l'enquête. Par ailleurs, 2,8% des enquêtés sont dépendants à une ou plusieurs drogues. En 2005, l'ONUSIDA et le ministère de la Santé ont procédé à l'évaluation de la situation sur les risques VIH liés à l'usage des drogues injectables.
Il ressort de cette évaluation que 98% des enquêtés dans la ville de Tanger sont des utilisateurs de l'héroïne. A Tétouan, 89,9% des personnes interrogées utilisent la cocaïne. Cependant, il convient de préciser que 74% des participants à cette évaluation s'injectent ces substances. Le pourcentage de la consommation de substances comme l'héroïne ou la cocaïne est particulièrement plus élevé chez les personnes ayant séjourné dans les pays d'Europe. Ces personnes ignorent le risque encouru en cas de partage des seringues. 72,6 % des enquêtés, en effet, ont recours à une utilisation commune du matériel d'injection.
Par Mohamed Badrane | LE MATIN