Re: VEILLEE D'ESPOIR POUR LA RELAXATION Forum Association des amis des myasthéniques du maroc
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Forum Association des amis des myasthéniques du maroc Modification: 5/9/2005
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Re: VEILLEE D'ESPOIR POUR LA RELAXATION

Envoi de point de vue du point le 02 Septembre 2004 22:36:58:

Réponse à: VEILLEE D'ESPOIR POUR LA RELAXATION envoi de AAMM / DR IDRISSI le 01 Septembre 2004 00:37:00:

La France en otage
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L'enlèvement de Christian Chesnot et de Georges Malbrunot ainsi que le chantage exercé à propos de la loi sur le voile placent la France, jusqu'ici préservée, en première ligne

Pierre Beylau

L'inquiétude, l'angoisse, l'espoir, puis un immense dégoût. Les images vidéo de Christian Chesnot et de Georges Malbrunot contraints par leurs geôliers à réclamer l'abrogation de la loi sur le voile. Une mise en scène humiliante, cynique et absurde pour une revendication impossible à satisfaire et tout à fait étrangère à la cause irakienne. Le goutte-à-goutte de la terreur et du chantage distillé par le truchement d'ultimatums successifs. Et jusqu'au bout la douche écossaise : l'annonce, mardi, par la chaîne de télévision Al-Arabiya de la libération « imminente » des otages, puis un communiqué pessimiste des oulémas de Bagdad affirmant qu'ils n'avaient pu entrer en contact avec les kidnappeurs et qu'en désespoir de cause ils leur adressaient une « lettre ouverte ».


Tout est paradoxe et aberration dans cette dramatique affaire. Les deux journalistes sont des spécialistes et des passionnés du monde arabe, dont ils parlent la langue et qu'ils connaissent sur le bout des doigts. Ils n'ont jamais affiché la moindre complaisance à l'égard des Etats-Unis ou d'Israël et toujours cherché, au contraire, à comprendre les colères, les frustrations, les motivations des révoltés de Palestine ou d'Irak. Et voilà qu'à travers ces deux « amis de la cause arabe » on prend la France en otage. Le pays qui a déployé le plus d'énergie pour éviter la guerre d'Irak, qui n'a cessé de sonner le tocsin, qui s'est presque brouillé avec ses meilleurs alliés et a semé la zizanie dans le camp européen pour éviter que les orages d'acier ne s'abattent sur la terre tourmentée de Mésopotamie. Pour empêcher l'engrenage infernal qu'elle pressentait.

La France, prise au piège, désemparée. La France qui bat le rappel de ses citoyens musulmans, de ses amis entre Nil et Euphrate. Spectacle inédit : dans les rues de Paris, des femmes voilées qui réclament à cor et à cri la libération de Christian Chesnot et de Georges Malbrunot. Des oulémas qui multiplient les prières et proclament urbi et orbi que le problème du voile dans les écoles est du seul ressort des citoyens français. La chaîne de télévision Al-Jazira qui diffuse un communiqué demandant la clémence. RFI et RMC en langue arabe qui passent en boucle les appels d'autorités religieuses ou politiques musulmanes.

Au Caire, à Amman - où le ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, a été dépêché - et dans toutes les capitales arabes, on s'inquiète et on se mobilise. Yasser Arafat - qui connaît bien nos deux confrères - exhorte leurs ravisseurs à ne pas commettre l'irréparable. Le Hamas palestinien, le Hezbollah libanais, la confrérie des Frères musulmans et la quasi-totalité des gouvernements et des mouvements radicaux arabes plaident dans le même sens. Dans ce contexte dramatique, la France, dont la politique a souvent été critiquée, a la satisfaction de rassembler derrière elle un monde arabe unanime.

Le branle-bas politique a été déclenché dès le samedi 28 août après la diffusion d'une première vidéo par l'Armée islamique d'Irak. La nouvelle est alarmante. Ce groupe fanatique a déjà à son actif un funeste bilan (lire p. 28). Plusieurs conseils restreints se tiennent à Matignon, et Jacques Chirac s'adresse directement aux Français dans la soirée (lire p. 23 l'article de Catherine Pégard). On expédie dans la région Michel Barnier et, à Bagdad, Hubert Colin de Verdière, le secrétaire général du Quai d'Orsay, ainsi qu'une équipe de la DGSE. Le général Philippe Rondot, très bon connaisseur de l'Irak, spécialiste des missions difficiles, qui a notamment à son palmarès la capture du terroriste Carlos, est également envoyé « sur zone » (lire p. 24 l'article de Jean Guisnel).

Capturés au hasard

Sur place, des contacts sont pris tous azimuts : avec le comité des oulémas sunnites, avec les tribus, avec tous ceux réputés être en contact avec la « résistance ». Aucune piste de médiation n'est négligée, même celles qui paraissent les plus farfelues. Mais l'exercice est compliqué. Les groupes d'activistes irakiens sont fractionnés, épars (lire p. 28 l'article d'Olivier Weber), et il est très difficile de trouver un interlocuteur.

Une situation radicalement différente de celle qui prévalait pour les otages du Liban dans les années 80. On avait alors affaire à un terrorisme d'Etat manipulé par l'Iran. Les revendications iraniennes étaient négociables : remboursement du prêt Eurodif d'un milliard de francs octroyé du temps du chah dans le cadre d'un programme de coopération nucléaire, libération d'Anis Naccache, auteur d'une première tentative d'assassinat contre l'ex-Premier ministre Chapour Bakhtiar. Les Français savaient à qui s'adresser, même si les divisions au sein du pouvoir iranien ne rendaient pas les choses faciles.

Dans le cas de l'Irak, rien de tel. On en était réduit à des spéculations, des supputations, des suppositions plus ou moins hasardeuses. Quand Christian Chesnot et Georges Malbrunot disparaissent le 20 août, on ne s'inquiète pas trop. Les deux journalistes sont de vieux routiers de la région. A Bagdad, ils séjournaient à l'hôtel Al-Douleimi, situé dans le quartier de Karadah. Un hôtel à la réputation sulfureuse. Coïncidence ? Deux autres reporters enlevés puis libérés avaient eux aussi résidé dans cet établissement, dont le propriétaire appartient à une puissante tribu implantée autour de Ramadi.

Chesnot et Malbrunot ont donc pris la route de Nadjaf le vendredi matin. Ils n'y sont jamais arrivés. Ils ont probablement été enlevés dans la région de Latifiya, à 50 kilomètres au sud de Bagdad, un secteur sunnite « pourri », où deux journalistes polonais ont été tués au printemps. C'est également dans les environs que le corps de l'Italien Enzo Baldoni a été retrouvé. Mahmoudia, la bourgade précédant Latifiya, est également réputée être un bastion d'ex-Moukhabarat (agents secrets) de Saddam Hussein ayant rallié les rangs des groupes salafistes (intégristes sunnites) les plus radicaux. Un « enlèvement d'opportunité », selon la délicate terminologie des spécialistes français : en clair, les Français n'étaient probablement pas visés en tant que tels. Ils ont été capturés au hasard des chasses à l'homme auxquelles s'adonnent les groupes salafistes qui se livrent entre eux à une concurrence active.

Un « fil » indirect

Dès le week-end, les rédactions des deux journalistes s'inquiètent et alertent les autorités. Dans les jours qui suivent, un certain optimisme est cependant de mise. Jusque-là, il est notoire que les Français bénéficient en Irak d'une relative immunité. Certains journalistes étrangers se prétendent même français, estimant que cette nationalité leur confère une certaine protection. Plusieurs reporters français « interceptés » par des groupes armés ont pu se tirer d'affaire en brandissant leur passeport. Des résistants irakiens n'auraient aucun intérêt politique à s'en prendre à la France et à faire ainsi le jeu de l'occupant américain.

Un « fil » indirect a déjà été établi avec les ravisseurs et les autorités françaises ont la conviction que les otages sont en vie. Mais ces raisonnements cartésiens volent en éclats avec la diffusion de la première vidéo et l'exigence - surréaliste - d'abolir la loi sur le voile. Manifestement, on change de terrain : on n'est plus sur celui de la résistance irakienne, mais sur celui du djihad international. Il n'est plus question de régler l'affaire en coulisse avec uniquement des émissaires couleur de muraille. Le chef de l'Etat sonne le rassemblement. Il choisit de donner une certaine solennité à l'événement en s'exprimant à la télévision.

Terrible dilemme pour les autorités confrontées à ce type de situation : accorder une importance manifeste aux otages en augmente le prix, risque de faire monter les enchères, d'inciter les terroristes à quelque macabre mise en scène. Opter pour la discrétion expose au reproche de ne rien faire, de ne pas prendre les choses au sérieux. Quel que soit son dénouement, cette tragique affaire comporte quatre enseignements évidents.

Premier enseignement : l'Irak est devenue une zone franche du terrorisme. La guerre américaine n'a pas accru la sécurité régionale mais a répandu l'insécurité. L'Irak est désormais une base arrière du djihad international, et non pas cette démocratie rayonnante qui, selon les stratèges du Pentagone, devait servir d'exemple emblématique à toute la zone.

Deuxième enseignement : personne n'est plus à l'abri des actions de sicaires enfiévrés qui jouent au billard avec la vie humaine : ils misent sur le sacrifice de victimes occidentales pour, in fine, accroître leur influence dans le monde musulman et déstabiliser dans une ultime phase les régimes honnis tels que celui d'Arabie saoudite.

Troisième enseignement : la France conserve un capital de sympathie considérable dans le monde arabe, comme l'a montré la mobilisation exceptionnelle de celui-ci à l'appel de Paris. C'est un atout essentiel, compte tenu de son histoire et de sa géographie.

Quatrième enseignement, enfin : le drame des otages a confirmé que les musulmans français, même les plus fondamentalistes, tiennent à affirmer autant leur identité nationale que leur identité religieuse. Ils entendent que les débats qui les concernent soient circonscrits au champ de la souveraineté française, sans ingérence de quiconque. C'est un élément vital et réconfortant au milieu de cette tragédie

Chirac en chef de guerre
« Depuis le premier jour, tout, je dis bien tout est mis en oeuvre pour obtenir la libération » de Georges Malbrunot et Christian Chesnot. Dès dimanche soir, le chef de l'Etat, intervenant à la télévision, a choisi le ton le plus solennel pour témoigner de l'émotion de la France dans le drame qui se jouait en Irak. Jacques Chirac, dans sa longue carrière, a souvent affronté le terrorisme - notamment, lorsqu'il était le Premier ministre de François Mitterrand pendant la première cohabitation, lors de la détention des otages du Liban, libérés entre les deux tours de l'élection présidentielle de 1988. Il en a gardé le souvenir de la précarité et de la contradiction des informations qui assaillent alors le sommet de l'Etat. Il s'est forgé comme règle qu'il fallait toujours réagir vite et par tous les moyens. Depuis des mois, s'est ajoutée à cette expérience ancienne l'inquiétude suscitée par une détérioration de l'état du monde dont il n'a jamais songé que la France serait protégée au prétexte qu'elle s'était opposée à l'intervention américaine en Irak. D'une France dont il redoute les fractures sociales, ethniques et religieuses, il a voulu donner l'image de l'unité, en démultipliant l'action de son gouvernement et en sollicitant l'appui des musulmans de France et des représentants des pays arabes, face au chantage de l'Armée islamique d'Irak.

Le président a décrété lui-même une sorte de mobilisation générale, orchestrée dans la dramaturgie par Jean-Pierre Raffarin et dans la réactivité par Dominique de Villepin. Le ministre de l'Intérieur, par sa proximité avec Jacques Chirac, a presque naturellement retrouvé les réflexes de chef d'état-major qu'il avait comme secrétaire général de l'Elysée. Dans une nuit sans sommeil, de samedi à dimanche, il a préparé la première riposte de la France : « La laïcité dans notre pays ne se divise pas, elle rassemble tous les Français. » Dominique de Villepin, qui, avant l'été, décrivait le terrorisme commme « une menace qui bouge, opportuniste et n'épargnant personne », confiait qu'il « avait passé toute sa vie à répondre à l'urgence ». Il n'imaginait pas alors qu'il redeviendrait si vite « gestionnaire de crise », ce qu'il jugeait être son atout, à son arrivée Place Beauvau (lire pages suivantes).

Affaires intérieures, affaires étrangères... tout se mêle tandis que l'Elysée redevient le centre de gravité. Gommées les querelles politiques « avec un petit p », pour reprendre la formule de Jacques Chirac le 14 Juillet ! Il en a toujours été ainsi sous la Ve République : quand le danger menace, les regards convergent vers le président et sa garde rapprochée. Jacques Chirac le sait, qui se plaît tellement à être écouté par les chefs d'Etat du monde, dont il est le vétéran. Au moment où la France devenait la cible des activistes de l'Armée islamique d'Irak, Jean-Pierre Raffarin confiait à un ami qui l'interrogeait sur l'éventualité d'une nouvelle candidature de Jacques Chirac à l'Elysée qu'il ne l'envisageait pas sauf si la situation internationale lui semblait en 2007 trop dégradée, trop dangereu-se... Catherine Pégard




La mission secrète
Sur le terrain, l'action de la France a été prise en main par le Quai d'Orsay, qui ne manquait pas d'atouts : à Bagdad, la mission diplomatique que dirige l'ambassa- deur Bernard Bajolet avait entrepris dès l'enlèvement des deux journalistes de trouver un contact avec les ravisseurs. Celui-ci a été établi indirectement, avec difficulté, mais, la semaine dernière, l'ambassade était en mesure d'exiger une « preuve de vie » qui prit la forme de la première cassette diffusée samedi dernier par Al-Jazira. Cette mission a été renforcée par une forte équipe de la DGSE, qualifiée d'« excellente » à Paris, et comptant plusieurs fonctionnaires arabisants qui parcou- raient déjà la zone avant l'invasion américaine, l'an der- nier. Pour ces équipes, l'essentiel a consisté à reprendre des contacts à chaud avec toutes les composantes « utiles » de la société irakienne, du côté des religieux, de la résistance et des grandes familles. De ces contacts les Français avaient tiré durant le week-end plusieurs conclusions. Il leur paraissait clair que les journalistes avaient été vendus à l'Armée islamique d'Irak par leurs premiers ravisseurs, et qu'ils étaient aux mains d'un groupe disparate, composé de résistants irakiens ex-baasistes, « radicaux mais ration- nels », et de militants salafistes aux profils inquiétants. Et ce d'autant plus qu'ils rechercheraient au cours de leurs opérations à obtenir une sorte de labélisation de la mouvance Al-Qaeda. Le soir du 30 août, les négociateurs qui avaient demandé une nouvelle « preuve de vie » ont été rassurés de constater que la seconde cassette avait été diffusée par Al-Jazira une heure après cette exigence. Mais leur fragile optimisme était simulta- nément affaibli par la conviction qu'ils pouvaient avoir affaire à des « brutes sanguinaires » insensibles aux pressions de la communauté musulmane. Selon nos informations, les agents français avaient localisé en début de semaine la rue dans laquelle les otages ont été détenus avant d'être déplacés, mais aucune opération de vive force n'aurait été prévue. D'abord parce que la négociation était la seule option sérieusement envisagée par l'Elysée, et parce que les effectifs présents sur place n'en avaient pas les moyens. Mardi matin, deux hauts fonctionnaires français (Hubert Colin de Verdière, secrétaire général du Quai d'Orsay, et Patrick Lachaussée, responsable du service de sécurité) sont arrivés à Bagdad en Falcon 50, accompagnés de plusieurs hommes du 11e régiment parachutiste de choc, le bras armé de la DGSE, avec pour mission de protéger les diplomates et d'aider à la récupération des otages après leur libération. Petit détail : leur avion a attendu vingt-quatre heures à Amman que les Américains les autorisent à atterrir à Bagdad. Le coordinateur du renseignement auprès de Michèle Alliot-Marie, le général Philippe Rondot, qui n'a jamais rompu ses liens avec l'Irak, a été envoyé dans la zone, en marge du dispositif officiel. Cet homme très secret aime travailler en franc-tireur. Par les temps qui courent, l'activation de réseaux plus discrets que ceux mis en place par la diplomatie ne saurait être inutile Jean Guisnel






© le point 02/09/04 - N°1668 - Page 20 - 2496 mots

Lire aussi :

Mobilisation - Le nouveau visage de l'islam de France

Irak - La foire aux otages

Edition - L'avertissement de Madrid

Edition - L'Occident doit vivre avec le terrorisme






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