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COPIE par Dr Idrissi pour l'AAMM
DE LA NOUVELLE TRIBUNE
JOURNAL DE M. FAHD YATA CASA
---------------merci --------
Actualité
[ 9/12/2004 ]
Entretien avec M. Harouchi, ministre du Développement social, de la Solidarité et de la Famille
“L’exclusion et la précarité ne peuvent qu’engendrer des frustrations”
M. Abderrahim Harouchi a procédé, mercredi 1er décembre à Casa, à la signature d’une palanquée de conventions entrant dans le cadre du tour récent “programme social de proximité”. Pour La Nouvelle Tribune, il fait le point sur ce programme, et aborde également son association, AFAK, de même que le rôle qu’il s’attelle toujours à y tenir.
La Nouvelle Tribune: La société, la famille vont-elles mal, Docteur ? Peut-on dire, métaphoriquement, que votre ministère est une sorte d’attelle de la fracture sociale ?
M. Harouchi: Je dirais plutôt qu’elles connaissent des difficultés et qu’à l’instar de ce que l’on voit dans d’autres pays, même développés, elles aspirent à un mieux être individuel et collectif. La pauvreté, l’analphabétisme sont la cause de grandes inégalités sociales et ont de lourdes répercussions sur le développement du pays, tant sur le plan économique que social. L’exclusion et la précarité ne peuvent qu’engendrer des frustrations et des tensions et font peser une menace sur l’ensemble de la société. Le gouvernement en est conscient et des efforts considérables ont été faits puisque 55% du budget de l’Etat sont consacrés aux secteurs sociaux. Mais la solution n’est pas seulement une affaire d’argent. Il faut surtout donner aux populations démunies les moyens de se prendre en charge et de devenir les acteurs de leur propre développement en favorisant les synergies et en développant les solidarités et en dynamisant les partenariats. Plutôt que poser une attelle, disons qu’il s’agit de renouer le lien social.
Abordons maintenant le nouveau "remède" que vous préconisez, à savoir le tout nouveau programme social de proximité, dont le dessein n’est autre que de porter, de soutenir, notamment financièrement, des projets développés au sein du champ associatif. Quels sont les grands axes de ce programme ambitieux ?
Ce remède, comme vous dites, n’est qu’un élément de la stratégie de développement social et de lutte contre la pauvreté et l’exclusion. Environ 2 000 associations de terrain vont participer à sa mise en œuvre, pour une enveloppe de 321 MDH. Il couvre l’ensemble du territoire depuis les provinces sahariennes jusqu’à Tanger et des domaines allant de l’amélioration des maisons de bienfaisance à la création d’activités génératrices de revenus. Globalement, il s’agit d’améliorer le bien-être des citoyens en favorisant l’accès aux infrastructures et aux services sociaux de base, de contribuer au développement socio-économique des populations défavorisées par le renforcement du capital humain grâce à l’alphabétisation, l’éducation non formelle, les formations qualifiantes, et la création d’activités génératrices de revenus, de favoriser l’insertion des personnes en situation difficile, et, enfin, favoriser l’inclusion des jeunes.
Quels objectifs escomptez-vous? Plus d’égalité des chances? Combler le gap abyssal entre le Maroc d’en haut et celui d’en bas? Couper l’herbe sous les pieds des islamistes, qui ont longtemps été les champions de l’action sociale de proximité ?
A travers ce programme, nous nous proposons bien sûr d’améliorer les conditions de vie de la population en répondant aux besoins exprimés par les citoyens. Mais nous voulons aussi encourager la participation citoyenne, ou pour paraphraser le président Mao, apprendre à pêcher plutôt que donner chaque jour du poisson. Le meilleur atout est le capital humain, il nous faut donc l’enrichir, mais aussi développer une culture de la solidarité et du partenariat entre les différents acteurs du développement. C’est aussi le moyen le plus sûr de renforcer la démocratie locale.
Ces objectifs me paraissent mériter que j’y consacre toute mon énergie. Il y va de l’avenir et de la stabilité de notre société et cet enjeu dépasse les clivages idéologiques. A chacun de nous de consacrer ses efforts au développement et à la construction d’un Maroc démocratique, en phase avec son temps et le reste du monde.
Qui sont les bénéficiaires de ce programme et quelles sont les démarches qu’ils doivent effectuer pour bénéficier de l’assistance de votre ministère ?
Peuvent bénéficier de ce programme les associations locales et les populations ayant un projet de développement local. Ce projet doit bien sûr être cohérent avec les objectifs généraux de lutte contre la pauvreté et l’exclusion, il doit être compatible avec le contexte local et avoir un impact réel sur la population concernée. Les associations doivent en outre avoir la capacité de gérer les projets présentés de manière à en assurer la réalisation et la pérennisation. Une circulaire du Premier ministre prévoit la validation des choix par des comités d’éligibilité selon des procédures déterminées.
Certaines régions disposent d’un tissu associatif particulièrement actif, comme par exemple le Souss et le Haouz.
Les projets peuvent être adressés soit directement au département du pôle social concerné, soit à sa représentation régionale, soit à la délégation de l’Entraide Nationale, et prochainement par Internet. Pour l’édition 2005, l’appel à candidature se fera par voie de presse et nous envisageons aussi de créer une bourse de projets.
Le budget de ce programme est-il arrêté pour l’année qui pointe le nez ? Si oui, de quel ordre est-il ?
Le budget réservé au Programme Social de Proximité 2005 est de l’ordre de 380 millions de Dirhams.
C’est au président d’AFAK que je m’adresse à présent: Est-ce eu égard au boulot admirable que vous avez accompli au sein de la société civile que vous avez effectué votre come-back au gouvernement ?
Il est probable que mon implication dans la vie associative a joué dans ce sens. Mais cela traduit surtout la volonté du gouvernement d’associer la société civile à son action en faveur du développement. La notion de co-responsabilité fait partie des concepts qui animent les nouveaux modes de gouvernance sociale. Il est désormais admis qu’en ce domaine, l’Etat seul ne peut tout faire et qu’il ne peut y avoir de développement humain durable qui ne s’appuie sur une solidarité active entre toutes les composantes de la société.
Vos fonctions officielles vous permettent-elles tout de même de chapeauter et de gérer AFAK avec le même enthousiasme et la même énergie que précédemment ?
Je n’ai certes pas abandonné l’association et continue de suivre ses activités de près, mais il est certain que je n’ai plus le loisir de la “gérer” comme par le passé. Heureusement la relève est assurée. AFAK poursuit son travail de sensibilisation du public aux grands principes qu’elle a toujours défendus, notamment une citoyenneté active et la coresponsabilité sociale que j’évoquais plus haut, qui sont les fondements de la démocratie et sans lesquelles il ne peut y voir de développement durable.
AFAK bénéficiera-t-elle, entre autres associations, des enveloppes allouées dans le cadre du programme social de proximité ?
En effet, et pour la première fois depuis sa création, AFAK va bénéficier d’une subvention de 300 000 DH destinée à financer la réalisation et la diffusion d’une campagne de sensibilisation en faveur du développement social de lutte contre la pauvreté et l’exclusion. Il s’agit de 4 spots radiophoniques qui seront diffusés à raison de 4 campagnes de 15 jours.
Propos recueillis par
M.L.