Re: pour éclairer ma lanterne Forum Association des amis des myasthéniques du maroc
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Forum Association des amis des myasthéniques du maroc Modification: 5/9/2005
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Re: pour éclairer ma lanterne

Envoi de article trois le 01 Février 2005 01:55:24:

Réponse à: Re: pour éclairer ma lanterne envoi de article deux le 01 Février 2005 01:54:02:

Communauté internationale



« La communauté internationale n'a pas le droit d'abandonner les Palestiniens »



Par Amaya Elbacha.

Jeff Halper est israélien, anthropologue et coordinateur du comité israélien contre la démolition des maisons palestiniennes dans les territoires occupés. Il est venu récemment à Paris, dans le cadre d'une tournée mondiale organisée par son comité, sous le parrainage des Organisations non gouvernementales (ONG) pour la Palestine. L'objectif était d'informer l'opinion publique sur les exactions que commet Israël, en toute impunité, dans les territoires palestiniens et sur la destruction des maisons palestiniennes. 9000 d'entre-elles ont été détruites depuis 1967, dont 2000 depuis le début de la deuxième Intifada, en septembre 2000. La tournée de Jeff Halper avait également pour but de recueillir des fonds afin de pouvoir financer la reconstruction d'une trentaine de maisons palestiniennes dans les territoires occupés. Rencontre avec un activiste pour la paix, mais pas pour une paix à n'importe quel prix. Lire également le récit d'une démolition de maison.

Vous considérez que pour dévoiler la réalité de l'occupation il faut analyser la présence israélienne dans les territoires palestiniens en termes de contrôle et non pas en termes de kilomètres occupés. Pouriiez vous préciser votre pensée ?

Jeff Halper : « Il s'agit de l'occupation la plus sophistiquée qui n'ait jamais existé jusque-là. Cette occupation se manifeste par une présence militaire sur le terrain, par la mise en place d'une administration civile qui régule la vie de la population palestinienne et par l'utilisation de la haute technologie pour contrôler les déplacements de la population. Un travailleur de Gaza par exemple doit traverser pour pouvoir aller travailler, ce que les Israéliens appellent un check point or ce n'est pas véritablement un check point, cela ressemble davantage à ces immenses abattoirs de vaches que l'on voit à Chicago. Les vaches traversent un long tube en fer pour aboutir dans les abattoirs. C'est à ça que ressemble les check points.

Des milliers de gens, munis d'une carte magnétique, passent à travers des tubes en fer. Ils doivent ensuite introduire leur carte pour pouvoir passer. Tout est contrôlé par des ordinateurs. Israël peut, s'il veut, empêcher une personne de se rendre à son travail, il peut empêcher tous les habitants de Gaza de passer et cela tout simplement en appuyant sur une touche du clavier. Les moyens de contrôle sont très précis. Israël vient en plus de lancer 5 satellites d'espionnage. Ces satellites lui permettent de repérer un palestinien recherché dès qu'il entre dans une cabine téléphonique. Pour l'abattre Israël n'a plus qu'à envoyer ensuite un missile à partir d'un hélicoptère que vous ne voyez même pas pour frapper cette cabine. Ajoutez à ces moyens sophistiqués de contrôle l'utilisation des collaborateurs. L'administration civile est là pour un contrôle politique de la population palestinienne. »

Comment se fait ce contrôle politique ?

J.H. : « Les Palestiniens ont besoin d'un permis pour tout. Pour aller au travail, pour obtenir une voiture, pour construire une maison, pour entrer en Israël, pour envoyer leurs enfants à l'école, pour faire tourner leur boîte. Si votre enfant a besoin de subir une opération à l'hôpital Hadassa par exemple, Israël vous dira qu'il n'y a pas de problème, puis, il alternera le bon flic et le mauvais flic pour obtenir des informations en échange. Je viendrai alors vous voir et je serai très gentil. Je vous dirai : « Je sais que votre enfant est très malade, nous voulons vous assurer une aide médicale mais j'aimerais que vous nous donniez certaines informations à propos de vos voisins : qui sont-ils, quelles sont leurs activités politiques. » Ensuite je partirai pour vous laisser réfléchir. Je vous dirai avant de partir que « mon collègue vous contactera dans deux jours ».

Le collègue qui vous appelle ensuite fait partie des services de sécurité et c'est le mauvais flic. Il viendra vous voir et vous dira : « Ecoutez ! Vous ! Vous collaborez avec nous sinon votre enfant mourra, ou alors votre frère est en prison ? Nous allons le garder encore un an. » Vous finissez par accepter sinon quelques jours plus tard le gentil flic revient à la charge et vous dit :« Je sais que mon ami est un peu brutal mais vous savez nous voulons vraiment vous aider » et vous rendez comme ça les gens fous parce qu'ils sont complètement dépendants de vous pour toutes les choses de la vie quotidienne.

Le Palestinien moyen est obligé de devenir criminel pour pouvoir survivre. Vous sollicitez des gens désespérés, des gens dépendants qui ont besoin de travailler, qui ont besoin d'une maison, de médicaments et vous en faites des collabos. Il y a des milliers de collabos dans les territoires. Les pères ne peuvent plus faire confiance à leurs enfants, les frères à leurs frères, ça mine toute la société palestinienne parce que vous ne savez jamais à qui vous avez à faire, qui est collabo et qui ne l'est pas. Israël peut ainsi savoir où se trouve tout un chacun. Ils savent même où se situent les chambres dans les maisons. »

Les Palestiniens ont besoin de demander une autorisation à l'administration israélienne pour tout notamment pour construire leurs maisons sur des terres qui pourtant leur appartiennent. Ils ne l'obtiennent presque jamais et ils finissent par construire illégalement, si l'on se réfère aux lois établies par l'occupant qui procède ensuite à la destruction des maisons palestiniennes. Pouvez-vous nous dire comment cela se passe sur le terrain ?

J.H : « Comment cela se passe ? Voilà, je suis un Palestinien. Je suis propriétaire d'une terre. Je veux construire une maison. Je demande un permis. La classification des terres par l'administration israélienne est faite de telle sorte que les Palestiniens ne puissent pas construire. La plupart des terres annexées par Israël à Jérusalem-est ont été ainsi déclarées par la ville comme espace ouvert vert, ce qui veut dire qu'elles sont destinées à des fins publiques à la construction d'écoles, ou de parc par exemple. En Cisjordanie, Israël utilise encore un ancien plan du mandat britannique dans lequel la Cisjordanie est classée comme zone agricole ce qui limite énormément les constructions dans cette région. Ce ne sont que des machinations dont le but est d'interdire aux Palestiniens de construire.

En plus de cela, les permis de construire sont rendus si chers pour les Palestiniens que la plupart ne peuvent même pas y prétendre. Il faut savoir qu'une famille palestinienne moyenne gagne 500 euros par mois et je gonfle les chiffres. Un permis de construire coûte à Jérusalem-est entre 20 000 et 60 000 euros et en Cisjordanie entre 5000 et 10 000 euros. En plus de cela chaque demande de permis implique des frais.

Mais les Palestiniens ont des familles à loger. Ils ont besoin d'avoir un toit. Alors après avoir essayé en vain d'obtenir un permis de construire, ils finissent par construire « illégalement ».

La destruction des maisons palestiniennes ne s'est jamais arrêtée et cela depuis 1967. Tous les gouvernements israéliens ceux de gauche comme ceux de droite l'ont pratiqué . 9000 maisons palestiniennes ont été détruites depuis 1967. Cela ne s'est effectivement jamais arrêté. Mais après l'élection de Netanyahou, le nombre de destruction de maisons a augmenté de manière exponentielle. 2000 maisons ont été démolies depuis septembre 2000, le début de la deuxième Intifada. Rien qu'à Jénine, 300 à 400 maisons ont été démolies. Les Israéliens préfèrent démolir les maisons dans le cadre d'opérations militaires. Cela passe mieux que sur ordre du tribunal. Pour Jénine, par exemple, l'Etat Israël risque un jour d'être condamné, mais il le sera une fois pour 300 maisons démolies alors que quand il détruit une à une les maisons il risque une condamnation par maison. »

Pourquoi s'acharner ainsi à détruire les maisons palestiniennes ?

J.H : « La démolition des maisons fait partie d'une politique dont l'objectif est de confiner les Palestiniens dans de petits îlots en Cisjordanie, à Gaza et dans l'est de Jérusalem. Le but est de libérer la plus grande partie du territoire pour la construction des colonies et des routes, c'est-à-dire, l'expansion d'Israël. L'objectif est aussi de rendre la vie des palestiniens si difficile qu'ils finissent par partir d'eux-mêmes. »

Si les destructions des maisons ne se sont jamais arrêtées et cela quelque soit le parti au pouvoir , si tous les gouvernements ont suivi la même politique en vue de se débarrasser des palestiniens pour annexer définitivement leurs territoires, l'histoire d'Oslo qui avait fait croire à l'opinion internationale à « une offre généreuse » de la part des israéliens parce qu'ils avaient proposé 95 % des territoires aux palestiniens n'est alors qu'une duperie. Arafat aurait-il eu finalement raison de ne pas accepter l'offre de Barak qualifiée de généreuse par la communauté internationale ?

J.H : « Les Palestiniens ont fait d'énormes compromis. Je considère en tant qu'Israélien qu'ils ont fait trop de compromis ! Il faut savoir que la résolution des Nations Unies qui avait prévu la partition de la Palestine en 1947 donnait 56 % des terres aux juifs alors qu'ils ne constituaient que le tiers de la population et 44 % aux palestiniens. Ces derniers ont refusé cette partition et il y a eu la guerre que l'on sait au cours de laquelle Israël a conquis encore 22 % du pays, 22% qui appartenaient aux palestiniens. »

Maintenant Israël a 78 % des territoires et c'est ce qu'on appelle les frontières de 1967. Les Palestiniens à Oslo ont dit : « Prenez les terres que les Nations-Unies vous ont données plus les terres que vous avez conquises en 1948. 78 % du pays est à vous, c'est Israël et nous vous reconnaissons. Tout ce que nous voulons c'est les 22 % qui restent ». C'est très généreux de la part des Palestiniens d'accepter la paix avec seulement 22 % des territoires. Ensuite ces 22 % sont devenus les 100 % de ce que l'on négociait. Or on n'obtient jamais 100 % de ce que l'on négocie. Il faut savoir que les Israéliens offraient 95 % de ces 22 %. En plus ces 95 % n'incluaient ni Jérusalem est, ni les parties de la Cisjordanie qu'Israël a déjà annexées.

Sur ces 95 % les Palestiniens devaient établir leur état. Quel état Oslo leur proposait-il ?

J.H : « Les Palestiniens ont besoin d'un état certes mais ils ont besoin d'un état viable et souverain. Ils sont 3 millions et demi de personnes réparties entre la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem Est. Il y a aussi 4 millions de réfugiés. Ce sont des gens qui ont besoin de rentrer chez eux. Ils ont besoin de développer une économie propre. Ils ont besoin de vivre sur un territoire cohérent et continu. Ils ont besoin de contrôler leurs frontières, leur eau. Ils ont besoin d'un véritable état. Les Palestiniens ne peuvent pas accepter d'être définitivement confinés dans des îlots contrôlés par Israël. Il ne suffit pas d'avoir des territoires pour construire un état viable. Il faut encore avoir le contrôle de ces territoires. Israël offrait 90 à 95 % des territoires aux Palestiniens, mais gardait le contrôle de ces territoires. C'est comme dans une prison. Si vous regardez le plan d'une prison, vous aurez l'impression que les prisonniers sont maîtres des lieux puisqu'ils disposent physiquement de 95 % de l'espace.

Les autorités chargées de contrôler la prison ne disposent eux que de 5 %. Ils ont les murs de la prison, ils ont les barreaux de la prison et ils ont quelques points stratégiques de contrôle. C'est de cette manière qu'il faudrait lire l'offre généreuse de Barak. Israël n'a pas besoin de plus de 5 à 10 % de la Cisjordanie pour la contrôler. Sont inclues dans ces 5% toutes ses colonies qui lui permettent de couper la Cisjordanie en 4 pour confiner les Palestiniens dans des îlots déconnectés les uns des autres les empêchant ainsi de jouir d'un espace continu et cohérent. Dans ces 5 % sont aussi comprises les routes qu'Israël a construit, et qui contournent les populations palestiniennes pour relier les colonies à Israël. Les routes sont les barreaux de la prison. Israël peut garder aussi dans ces 5 % le contrôle des eaux parce que l'eau en Cisjordanie coule sous les colonies et c'est Israël qui les contrôle.

Israël peut garder aussi le contrôle de ce qu'on appelle le grand Jérusalem. Ce dernier point est crucial parce que 40 à 50 % de l'économie palestinienne tourne autour de Jérusalem. En créant un grand Jérusalem israélien autour de Jérusalem, vous portez un coup au c?ur de l'économie de tout état palestinien avenir le rendant ainsi non viable. Vous pouvez faire tout ça en contrôlant 5 % des territoires. Israël avec ces 5 % peut aussi garder le contrôle des frontières ce qui prive les Palestiniens d'une véritable souveraineté. Israël peut aussi garder le contrôle de l'espace aérien.

Que ce soit à Camp David ou à Taba, Israël avait en plus inséré un article qui stipulait qu'il a le droit d'introduire ses troupes en Cisjordanie à chaque fois qu'il ressent que sa sécurité est menacée et cela de manière unilatérale. L'état palestinien dont il était question n'avait aucune souveraineté. Cet état n'aurait même pas été autorisé à avoir une politique étrangère indépendante d'Israël. Même si sur le papier l'offre de Barak avait l'air généreuse puisqu'il offrait 95 % des territoires, si vous regardez la carte, et si vous réfléchissez en termes de viabilité, de potentiel économique, de cohérence territoriale, de contrôle politique, vous verrez que c'est comme dans une prison. Les Israéliens ont fait une offre qui ne donnait pas aux palestiniens un état viable, dans ces conditions les Palestiniens devaient dire non. Arafat avait subi une grande pression de la part des américains et des Israéliens pour signer les accords. Le peuple palestinien a eu très peur qu'Arafat ne finisse par le faire et c'est à mon sens pour cela qu'a éclaté l'Intifada. À travers l'Intifada les Palestiniens disaient à Arafat « ne signe aucun accord s'il ne nous donne pas un véritable état palestinien ».

Comment les Israéliens sont-ils arrivés à envisager un état palestinien alors qu'ils ont toujours voulu se débarrasser des Palestiniens ? Même Sharon a déclaré à un moment donné qu'il voulait un état palestinien. Pourquoi les Israéliens ont-ils traité avec les Palestiniens alors qu'ils ne les considère pas puisqu'ils ne les nomment même pas ?

J.H : « À cause de la question démographique. Il y a 3 millions et demi de Palestiniens : 2 millions en Cisjordanie et 1 million à Gaza. Israël veut contrôler tout le pays. Pour Israël, toutes les terres qui se situent entre le Jourdain et la méditerranée lui appartiennent. Israël a investi des milliards de dollars dans la construction des colonies, des routes et des infrastructures. Mais Israël ne veut pas annexer les territoires occupés et donner la citoyenneté à ces 3 millions et demi de Palestiniens parce que ce serait la fin de l'état juif et Israël ne peut pas le faire sans donner la citoyenneté aux Palestiniens parce que ce serait de l'apartheid et il aurait du mal à faire avaler cette réalité à la communauté internationale. Toute la danse d'Oslo consistait à répondre à cette question : « comment pouvons-nous garder le contrôle de toute cette région et en même temps nous débarrasser des Palestiniens en leur donnant suffisamment de territoire pour qu'ils y installent leurs 3 millions et demi de personnes mais pas assez pour que nous puissions garder le contrôle ». Alors Israël a opté pour l'idée de mini-état. Une sorte de bantoustan. C'était ça l'offre de Barak.

La réoccupation des territoires palestiniens aujourd'hui a pour objectif de détruire complètement l'autonomie que les Palestiniens ont gagné durant Oslo, dans les régions A et B pour revenir à la situation d'occupation d'avant Oslo. Le but était de vaincre les Palestiniens pour qu'il n'y ait plus de raison de leur donner un bantoustan. Israël pense « nous pouvons installer un état palestinien dans le petit Gaza qui fait 35 km de long parce que le monde veut une espèce d'état palestinien . Nous installerons un petit état à Gaza et c'est là que Arafat vivra ». La Cisjordanie sera coupée en petits cantons autonomes séparés les uns des autres par des colonies israélienne. Les palestiniens auront un contrôle au niveau municipal, mais Israël gardera le véritable contrôle de la région à travers l'administration civile. C'est ce qui est en train de se mettre en place. »

Un énorme mur bien en béton appelé clôture défensive est en train d'être construit. Cette construction est une manière d'établir définitivement les frontières d'Israël version Sharon. Votre idée de prison se concrétise...

J.H : « La construction de cet énorme mur a commencé il y a quelques semaines mais les préparations sont en cours depuis longtemps. Cette séparation unilatérale qu'on appelle clôture défensive, alors que ce n'est pas une clôture, est de 200 et quelques km de long. Il s'agit d'une fortification qui coûtera à Israël un million d'euros par km ! Ne me dites pas que c'est une clôture ! Il s'agit d'énormes murs, de miradors, de clôtures électroniques, de fortifications et de barrières de toutes sortes. Un mur qui définira définitivement les frontières. Le mur ne suit pas les frontières de 1967. Il grignote 5 à 10 km des terres palestiniennes emprisonnant ainsi 50 000 Palestiniens dont les fermes et les villages se trouvent dans ce no man's land entre le mur et la frontière. C'est ainsi qu'Israël entend tracer les frontières.

Le mur traverse en profondeur les territoires palestiniens et embrasse la plupart des colonies. Il sépare Jérusalem est de la Cisjordanie puis descend vers Bethléem pour l'encercler. Le mur incorpore toute la région de la Cisjordanie qu'Israël veut annexer. Israël est en train d'annexer définitivement des territoires. Le mur est un fait irréversible qu'Israël est en train de créer sur le terrain. Vous pensez bien qu'Israël n'investi pas 200 milliards d'euros pour une installation défensive temporaire. Ce sont des faits permanents et lors de négociations il faudra faire avec.

J'ai du mal à croire qu'au XXIe siècle, avec les Droits de l'Homme, la présence des médias, qui nous permets d'assister aux événements en direct, j'ai du mal à croire que le monde assiste en silence à la création d'un nouveau mur de Berlin. Ou à la construction d'un nouveau système d'apartheid. C'est incroyable ! mais cela a pu arriver parce qu' Israël a réussi à présenter ses actions comme seul moyen de défense contre la terreur. Le transfert, qui était considéré comme une idée folle de l'extrême droite, une idée raciste, fait aujourd'hui partie du débat politique en Israël. Il y a deux partis politiques dans le gouvernement de Sharon qui parlent de transfert de manière ouverte, de nettoyage ethnique.

Si les Etats-Unis frappent l'Irak, Israël pourrait profiter de cette guerre pour jeter les Palestiniens dehors. Les Etats-Unis peuvent moyennant des aides et des arrangements convaincre la Jordanie de recevoir les Palestiniens. Tout est possible. Il faut savoir que Sharon n'a jamais reconnu la Jordanie comme pays. Pour lui, c'est la Palestine. Il pourra très bien décider d'aller en Jordanie d'y jeter les quelques millions de Palestiniens et de refermer les frontières sans que l'armée jordanienne ne puisse réagir. Rien ne l'empêche. Israël agit en toute impunité avec les Palestiniens, avec les pays arabes voisins, elle défie la loi internationale. »

Malgré tout ce que vous venez de nous raconter, Israël évolue dans son projet de grand Israël en toute impunité, en faisant croire au monde qu'elle combat le terrorisme palestinien...

J.H : « J'ai passé beaucoup de temps en Europe. J'ai rencontré des hommes politiques, toutes tendances confondues, et j'ai entendu sans arrêt que les Palestiniens sont des terroristes et qu'Israël avait le droit de se défendre. Le terrorisme est une chose terrible certes. Des personnes innocentes se font tuer. Mais? Et il y a une nuance à faire quand on parle de terrorisme palestinien. Il faut savoir que selon la loi internationale, toute personne a le droit de résister à l'occupation. Aucun individu ne peut accepter d'être colonisé. Vous avez le droit de résister contre un pays qui vous occupe, qui a plus de pouvoir que vous, qui refuse de vous considérer, et qui refuse de négocier avec vous. Les Palestiniens ont donc le droit de résister.

Vous pouvez leur dire : « Vous devez résister en empruntant d'abord les voies légales : la première c'est la voie des négociations. La deuxième c'est la loi internationale ». Et bien, les Palestiniens ont négocié durant 7 ans à Oslo et tout ce qu'ils ont pu acquérir c'est la région A, 18% des 22% du pays. Israël n'a pas négocié en bonne foi à Oslo. Il n'a jamais considéré l'établissement d'un état palestinien. La seconde voie légale c'est la loi internationale or selon cette dernière l'occupation est illégale Tout ce que fait Israël est illégal. Cette loi appuie la cause palestinienne. Mais la communauté internationale refuse d'appliquer la loi internationale parce qu'elle donne raison aux Palestiniens contre Israël.

Que reste-t-il aux Palestiniens pour résister contre la force militaire de l'occupant qui les étouffe ? Car n'oublions pas qu'il n'y a aucun équilibre de forces entre les deux parties. On ne peut même pas dire qu'il y a deux parties. Il y a d'une part Israël, un état reconnu internationalement, dont l'économie est 50 fois plus puissante que celle des Palestiniens. Israël est une superpuissance régionale qui investit des milliards de dollars par an dans l'importation d'armes sophistiqués. Israël est la 5e puissance nucléaire du monde. Elle dispose de 200 à 300 têtes nucléaires. Vous avez de l'autre côté les Palestiniens qui vivent sur 200 enclaves isolées et appauvries avec quelques armes légères et c'est tout.

La communauté internationale n'a pas le droit d'abandonner les Palestiniens, de leur fermer les portes de la loi internationale, et de venir leur dire ensuite : « Vous avez le droit de résister mais vous ne pouvez pas utiliser le terrorisme ». Qu'est ce qu'on leur a laissé ? Ils ne disposent même pas d'une armée pour résister contre l'occupant. Ce n'est pas juste de la part de la communauté internationale de dire aux Palestiniens : « Vous ne devez pas être des terroristes » quant ils ne leur laissent aucune autre option. Les Palestiniens détestent le terrorisme. Edward Saïd a écrit récemment que le terrorisme était une chose terrible pour les Palestiniens parce qu'il remplace la révolution constructrice d'une société par une culture de la mort destructrice. Si la communauté internationale veut mettre un terme au terrorisme, elle se doit de garantir des voies légales auxquelles les Palestiniens peuvent avoir recours dans leur lutte contre l'occupation. Elle se doit de garantir leurs droits. Autrement elle ne peut pas se permettre de les blâmer ! »

Par Amaya Elbacha.



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