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Urgences du CHU Ibnou Rochd :
n'est pas urgentiste qui veut
04.02.2003 | 18h52
Le service d'urgence du CHU Ibnou Rochd connaît actuellement un certain regain de qualité. Malheureusement, ce n'est pas le cas pour l'ensemble du pays et ce pour de nombreuses raisons : absence d'une conduite codifiée et validée par tous les médecins pour une prise en charge d'une urgence donnée, inadaptation entre l'offre et la demande par rapport à la population, manque total de communication entre différents intervenants et absence de formation en médecine d'urgence.
Ce qui nous frappe d'emblée en pénétrant dans le service d'urgence du CHU Ibnou Rochd, c'est la propreté des lieux et les affiches collées un peu partout sur les murs avec des citations telles que «chacun de nous est un malade potentiel, ne lui faisons pas ce que nous n'aimerions pas qu'on nous fasse ». Des citations écrites par Le Pr Ouardi chef du service, spécialiste urgentiste pour inciter le personnel à être aimable et prévoyant avec les malades car, dit-il «un malade bien reçu est déjà traité». Ce médecin qui dirige ce service depuis quelques années déjà ne ménage aucun effort pour créer les conditions requises et garantir à celle ou à celui qui se présente dans une situation de faiblesse ou de détresse de trouver auprès de ce service réconfort et sérénité. Ce service reçoit entre 400 et 500 personnes par jour avec des pics de 600 personnes en été. Ouvert 24 heures sur 24, il accueille tous les types de malades : victimes d'agression, accidentés de tous genres (circulation, travail…), les cardiaques, les asthmatiques et même ceux présentant des petits bobos.
Seulement 10% de ces malades sont de vraie urgences, les 90% restans sont de fausses urgences. Pourtant, il existe dans chaque commune un centre de santé qui a été justement créé pour soulager les urgences de ce flux très important. Mais pour des raisons plus au moins évidentes, les malades préfèrent parcourir parfois des kilomètres et venir se soigner aux urgences car l'accès est facile et sans contraintes. Ce qui engendre parfois une surpopulation et donc un dysfonctionnement du système. Les fausses urgences entrent en compétition avec les vraies urgences et le personnel hospitalier ne peut correctement accomplir le travail d'urgence puisqu'il doit aussi recevoir et consulter les patients ne nécessitant pas des soins immédiats. D'ailleurs, une personne qui attendait à la salle d'accueil nous a affirmé qu'elle est très contente des soins que son fils asthmatique reçoit chaque fois qu'elle se présente en crise dans le service des urgences «Aujourd'hui je suis venue avec une parente, c'est moi-même qui lui ai suggéré de venir se soigner ici car les médecins sont sur place à n'importe quelle heure de la journée et l'on n'attend pas longtemps pour être reçu par un médecin». Pour accomplir la mission des urgences et s'occuper des personnes qui risquent de perdre la vie en quelques minutes en même temps que ceux qui ne souffrent que d'une petite égratignure par exemple, les blessés graves ou les malades inconscients sont immédiatement pris en charge sans passer par le service d'accueil. Les autres, doivent passer par ce dernier service ou un infirmier fait le tri avant de les diriger vers l'unité chirurgicale lorsque cela est nécessaire ou le spécialiste qui les prendra en charge. Tout est conçu pour prendre en charge les patients, des salles de déchoquage et d'interventions chirurgicales, des salles de consultation, une unité de radiologie équipée d'un scanner, d'échographes… Des équipes formées de médecins spécialistes, d'infirmiers, d'anesthésistes, d'aides soignants se relayent 24 h/ 24 pour sauver, soigner et soulager les malades qui fréquentent ce service. En résumé, tout laisse croire que tout va bien au Maroc. Mais, la réalité est tout autre. Le Pr Ouardi qui s'investit entièrement dans cette spécialité ne mâche pas ses mots : «Nous ne disposons pas, au Maroc, de vrais services des urgences, nous sommes incapables jusqu'à présent de faire face à une catastrophe naturelle, d'un effondrement de terrain de foot pour une journée de grande affluence par exemple».
Premiers gestes de secours
Il a expliqué que ce problème n'est pas spécifique au Maroc car aucun autre pays n'a résolu concrètement et durablement le problème. Mais il n'en demeure pas moins qu'il se pose avec acuité dans notre pays. En effet, à échelle nationale, de nombreux obstacles persistent encore, affirme le Pr Ouardi. Les raisons sont multiples et se caractérisent par «l'inadaptation de l'offre et la demande par rapport à la population en quantité et en qualité, par l'absence de communication et de coordination entre les différents intervenants dans le domaine (chacun croit détenir la vérité), par l'absence de protocolisation (il n'existe pas d'attitude validée en ce qui concerne la prise en charge, cette dernière est centrée sur le médecin, ce qui conduit parfois à la perte de la confiance du malade) , et enfin l'absence de formation ». Le Pr Ouardi est très à cheval sur ce dernier point. Il précise d'ailleurs : «N'est pas urgentiste qui veut». La médecine des urgences est une médecine relativement récente dans le monde, une spécialité à part entière mise en place pendant les conflits contemporains. Au Maroc, cette spécialité accomplit ses premiers pas lentement mais sûrement. Elle est enfin reconnue comme une spécialité à part entière depuis le 7 novembre 2002. Un cursus de formation a été introduit à la faculté et la première promotion sortira en 2005. En attendant, beaucoup reste à faire, il faut motiver et encourager les médecins à opter pour cette branche. Des affiches sont collées un peu partout sur les murs dans les facs et les hôpitaux pour encourager les jeunes médecins à choisir cette spécialité. Le Pr Ouradi a écrit sur cette affiche «Rejoignez-nous … Vous n'allez pas le regretter. Nous ferons tout pour que vous soyez bien formés et pour vous faire aimer cette spécialité » La formation est, en effet, capitale dans cette spécialité non seulement pour les médecins mais également pour les infirmiers, les secouristes et les ambulanciers. La nécessité d'une urgence ne débute pas au bloc opératoire, mais elle commence dès les premiers gestes de secours, les premières manipulations pour le soulever, le transporter ou le réanimer, bref un savoir-faire qui est malheureusement ignoré par la plupart des intervenants. C'est la raison pour laquelle le Pr Ouardi organise des séminaires, des débats et des stages pratiques de formation. D'ailleurs il réunit, tous les matins à 7 heures 30, les équipes du soir et du matin pour discuter et débattre de quelques cas qui ont été traités durant les dernières 24 heures.
Cependant, il est utile de s'interroger sur le but de former des spécialistes s'ils ne peuvent pas exercer leur métier dans des services adaptés. Certes la reconnaissance de cette spécialité est un pas géant dans le domaine, mais il faut penser aujourd'hui à améliorer et à doter les structures hospitalières à travers le Maroc d'un service d'urgence.
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Congrès de médecine d'urgence
Le Comité de Pilotage des Urgences de Casablanca organise
son troisième congrès national de médecine d'urgence et de catastrophe du 28 février au 1er mars hôtel Sheraton de Casablanca. Les thèmes choisis pour cette rencontre sont les accidents collectifs et catastrophes, le centre de régulation médicale, la douleur thoracique aux urgences antibiotiques, les antalgiques et anti-inflammatoires aux urgences, les traumatismes crânio-cérébraux, les intoxications dans un but suicidaire et les examens radiologiques chez le polytraumatisé aux urgences.
Souad Ghazi