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| Forum Association des amis des myasthéniques du maroc | Modification: 5/9/2005 Création: 27/7/2001 |
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copie collée par Dr IDRISSI M A pour l'AAMM
MERCI AU JOURNAL
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Entretien avec Dr Alaoui Hafidi Hassan Psychiatre-Sexologue, spécialiste des troubles psychologiques Secrétaire général de l’Association Marocaine de Thérapies Comportementales et Cognitives)
Enurésie ou “pipi au lit” :
Ne pas dramatiser les troubles
L’énurésie est un probléme qui concerne les mamans au plus haut niveau, ce sont elles qui vivent dans l’éternelle angoisse de cette habitude qui s’éternise sans qu’elles n’y trouvent la solution. La maman se réveille plusieurs fois la nuit pour soulager la vessie de son enfant, répare les dégâts le matin, camoufle cet état de choses quand il y a des invités à la maison, essaie de minimiser le problème pour ne pas culpabiliser l’enfant..
L’enfant, quant à lui, est toujours géné, doit se réveiller de bonne heure pour prendre son bain, avant d’aller à l’école, se parfumer pour ne pas sentir mauvais, ce qui se répercute sur son état psychique qui peut dégénérer vers une “instabilité” scolaire, une sous-estime de soi...
Le plus sûr, c’est qu’on doit pas se moquer de l’enfant énurésique ni le gronder ou le battre pour cet handicap passager.
L’Opinion : Tout d’abord que ce que l’énurésie ?
Dr Alaoui Hafidi : C’est une miction active, complète, inconsciente, de caractère involontaire, se produisant pendant le sommeil et qui se manifeste ou persiste à l’âge où le contrôle physiologique du sphincter vésical est acquis (après 5 ans).
Le « pipi au lit » atteint 10-15% des enfants de 5 ans, et la fréquence de trouble diminue avec l’âge, il n’est alors que de 1-2% vers l’âge de 14-15 ans. Il atteint plus souvent les garçons que les filles. Dans ma pratique quotidienne, il s’agit de la première cause de consultation chez l’enfant.
On parle d’énurésie « primaire » lorsque l’enfant n’a jamais été propre.
Par contre l’énurésie est dite « secondaire » si elle succède à une période de propreté complète d’au moins 6 mois. Dans l’énurésie secondaire, il est utile de pratiquer un bilan à la recherche d’une infection urinaire ou d’une parasitose intestinale. L’énurésie nocturne isolée représente 65% des cas mais il existe des énurésies diurnes isolées (3%) et des énurésies nocturnes et diurnes.
L’Opinion : A partir de quel âge peut-on parler d’énurésie ?
Dr A.H. : On ne peut parler d’énurésie qu’à partir de 5 ans et le traitement doit être entrepris vers 5 ou 6 ans. Avant cet âge on ne peut pas parler d’énurésie, car le système qui gère et contrôle la miction au cours du sommeil n’est pas encore mature.
L’Opinion : Que doit-on faire, alors avant une prise en charge psychologique ?
Dr A.H. : L’énurésie est en général un symptôme banal et bénin dont l’évolution tend spontanément à la guérison. Mais ses inconvénients psychologiques peuvent être catastrophiques, car en général, on remarque que dans la vie courante, les familles ont tendance à humilier les enfants énurétiques, se moquent d’eux, ce qui pourrait engendrer un manque de confiance et une sous-estime de soi.
Il faudrait surtout préserver l’estime de soi de l’enfant, en évitant les moqueries, dédramatiser le trouble et expliquer à l’enfant que c’est passager, et qu’il peut en guérir. Eviter la prise excessive de liquides le soir, s’assurer que l’enfant se vide la vessie avant le coucher, renoncer aux couches ou aux culottes de propreté. Ce sont des choses que les parents doivent entreprendre. De plus, on devrait faire participer l’enfant au nettoyage matinal (draps, couvertures)...
L’Opinion : Comment se fait le traitement des enfants énurétiques et quelle est la durée du traitement ? Dr A.H. : L’énurésie guérit toujours tôt ou tard mais plus une énurésie est ancienne, plus le traitement est difficile. Le traitement actuel repose sur des médicaments et une prise en charge psychologique de l’enfant.
Les médicaments dont on dispose au Maroc sont :
Les antidépresseurs tricyliques (Amitriptyline solution buval à 4%) donné à l’enfant en deux prises en général vers 18 h et 22 h. D’autres tricycliques existent et sont mieux adaptés que l’Ampitriptyline, il s’agit de l’Imipramine et de la Clomipramine comprimés dosés à 10 mg, mais malheureusement il ne sont pas commercialisés au Maroc.
Ces médicaments sont très efficaces bien que leur monde d’action reste mal connu.
L’Oxybutynine (Ditropan) est utilisé en cas d’immaturité vésicale. Il s’agit d’enfants qui, même durant la journée, n’ont pas le temps d’aller aux toilettes pour uriner tant le besoin est impérieux : ils font « pipi dans leur culotte » alors qu’ils sont en train de jouer. Dans ces cas, le Ditropan (antispasmodique anticholinergique) est utilisé avec succès. Les effets secondaires possibles expliquent que ce produit n’est pas conseillé chez l’enfant de moins de 5 ans et que son utilisation dans l’énurésie nocturne isolée n’est pas recommandée.
La desmopressine (Minirin Spray) c’est un analogue de l’hormone anti-diurétique naturelle (la vasopressine) actif par vaporisation nasale : Ce produit qui servait initialement au traitement du diabète insipide est surtout utile pendant une période limitée, au camp de vacances ou lorsqu’on passe la nuit chez un ami, par exemple, mais il s’agit d’un médicament coûteux (293,30 dh).
L’Opinion : Comment évolue la thérapie psychologique ? En combien de séance peut-on traiter l’énurésie ?
Dr A.H. : Il est indispensable que l’enfant participe à sa guérison et qu’il se sente personnellement valorisé. Il est souvent le premier gêné de son « infirmité » et est dépendant de sa mère par les couches et le lavage de la literie. Le traitement va l’aider en quelque sorte à conquérir son indépendance. Le thérapeute va donc tenter de gagner sa confiance en lui expliquant son rôle qui est de l’aider. En s’entretenant avec l’enfant, le thérapeute va savoir s’il est indifférent à son symptôme, ou plutôt mal à l’aise, s’il tente de dissimuler le linge mouillé etc.
La thérapeute doit, dans un premier temps, convaincre les parents de ne pas intervenir. Il faut qu’ils jouent l’indifférence : ne plus faire aucune remarque sur ce symptôme, ne plus se moquer de lui (« tu fais pipi au lit comme un bébé », « tu es... » etc), ne pas le punir s’il a fait pipi ni le récompenser s’il est devenu propre etc... Il ne faut pas le traiter en nourrisson avec des couches et des slips imperméables. Il ne faut pas non plus exposer aux voisins les draps mouillés pour « lui faire honte » ou l’obliger à laver lui même ses slips mouillés. Sinon, d’un simple symptôme sans gravité, la mère va créer une situation conflictuelle dans laquelle l’énurésie va devenir une marque d’opposition à l’autorité maternelle. L’enfant est ensuite vu, seul, par le thérapeute, l’entretien restera comme un secret entre eux. Il faut donner à l’enfant une information anatomique et physiologique simple et adaptée afin de démystifier le symptôme et lui faire comprendre qu’il peut guérir. Il sera ensuite demandé à l’enfant de noter sur un carnet le caractère sec ou humide de ses nuits tous les matins pendant toute la durée du traitement. L’enfant est vu deux fois par mois, jusqu’à la guérison, ce qui nécessite en général 3-4 mois (6-8 séances).
L’Opinion : Quelle est la fréquence de cette maladie au Maroc (statistiques) ?
Dr A.H. : Nous n’avons pas de statistiques concernant ce trouble au Maroc (comme pour tous les troubles), mais en général, et selon les statistiques internationales, ce trouble existe chez 10-15% des enfants de 5 ans, 6-8% des enfants de 8 ans, et chez 1-2% des enfants de 14-15 ans.
L’Opinion : On constate que des enfants qui ont arrêté de faire pipi au lit vers l’âge de 5 ans reprennent quelques années plus tard (pendant au moins quelques jours ). A quoi est-ce dû ?
Dr A.H. : C’est ce qu’on appelle l’énurésie secondaire, dans ce cas précis on peut trouver chez l’enfant des troubles psychologiques. Il peut s’agir d’un retard affectif ou d’un « refus de grandir ». Tout changement ou stress important est susceptible de déclencher une énurésie chez un enfant propre : Naissance d’un autre enfant, difficultés familiales ou scolaires,divorce des parents, changement d’école, violence sexuelle, intimidation grave par d’autres enfants, etc.
L’Opinion : Ya-t-il des recommandations à faire ?
Dr A.H. : Comme déjà cité il faut préserver l’estime de soi chez l’enfant énurétique : Ne pas punir, culpabiliser ou ridiculiser l’enfant. Créer de l’anxiété chez l’enfant ne peut qu’empirer le problème. Il faut plutôt lui expliquer en termes simples ce qui se passe pour qu’il puisse éventuellement suivre les recommandations qu’on lui fera. Ne pas forcer l’enfant à porter des couches en raison de leur connotation infantilisante. A la rigueur, on peut lui faire porter des sous-vêtements super absorbants.
Impliquer l’enfant dans le traitement : en lui rappelant de ne pas boire dans les deux à trois heures précédant le coucher. Lui recommander de bien se vider la vessie avant d’aller au lit (et pour ce faire, deux fois plutôt qu’une !). Si possible faire participer l’enfant au lavage des draps ou vêtements mouillés dès son lever. Il devrait aussi remplacer lui-même sa literie. Réduire la consommation de produits à base de caféine à effet diurétique : café, thé, boissons gazeuses de type cola, chocolats chauds et barres de chocolat.
L’Opinion : Y a-t-il des adultes énurétiques ?
Dr A.H. : C’est extrêmement rare, et ces adultes n’intéressent personne (ou presque), puisqu’il n’y a pratiquement aucune étude les concernant. Ils représentent environ 0,1% des adultes.
L’Opinion : Que pensez-vous des appareils ou réveils électroniques, appelés « pipi-stop » ? Sont-ils efficaces ?
Dr A.H. : Le « pipi-stop » est un appareil électrique qui déclenche une sonnerie dès l’émission de la première goutte d’urine. Cette méthode qui fait appel au conditionnement est efficace dans 70% des cas, surtout après l’âge de 7-8 ans. Associé à un médicament, le taux de réussite est très élevé. Il faut compter en moyenne 4 semaines pour obtenir une guérison définitive.
L’Opinion :Avez-vous quelque chose à ajouter ? des problèmes à soulever ?
Dr A.H. : Oui, en ce qui concerne les causes de ce trouble : Un retard dans le développement du système de contrôle urinaire explique la plupart des cas d’énurésie. L’hérédité joue également un rôle important : Si l’un des parents a été énurétique, l’enfant a plus de 40% de chances de l’être à son tour.
Si les deux parents l’ont été, l’enfant risque de mouiller son lit dans une proportion de près de 80%. Et ce n’est que dans 2% des cas que l’énurésie a une cause médicale, telle que le diabète, une infection urinaire, une insuffisance rénale ou une maladie neurologique.
Il s’agit d’un trouble très fréquent, dont la prise en charge est facile, mais qui peut avoir des répercussions psychologiques dramatiiques si l’enfant n’est pas pris en charge et surtout s’il est mal traité de la part de sa famille.
Oum Jalal
Edité le: dimanche 20 mars 2005.