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| Forum Association des amis des myasthéniques du maroc | Modification: 5/9/2005 Création: 27/7/2001 |
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Analyse
Guérilla diplomatique
Alors que le pentagone a désormais lancé le compte à rebours d’une guerre programmée d’agression en Irak, une bataille diplomatique décisive a débuté au Conseil de sécurité de l’ONU, à New York. Les Etats-Unis, l’Espagne et la Grande Bretagne ont en effet déposé un projet de deuxième résolution. Objectif : Obtenir la légitimation d’une stratégie qui est délibérément celle de la violence.
Mais, sur quinze votes au conseil de sécurité, les Etats-Unis n’en comptent que quatre : outre le leur, ceux de la Grande-Bretagne, de l’Espagne et de la Bulgarie. En face le front “antiguerre” emmené par la France s’efforce de consolider une majorité favorable à la poursuite du processus de désarmement de l’Irak par la voie pacifique.
Pour retourner en leur faveur la majorité du Conseil de sécurité, les Etats-Unis se sont lancés dans une campagne qui relève davantage de la pression, du chantage, et du harcèlement, que de la persuasion.
Premières cibles, les sept membres non permanents du conseil de sécurité peu enclins - pour l’heure -à voter une résolution “américaine” décrétant un recours à la force.
Selon des sources françaises, Washington menace ainsi le président et les généraux pakistanais de prendre parti, dans le conflit du Cachemir pour leurs adversaires indiens. Les angolais se voient promettre un développement de l’aide américaine s’ils se montrent conciliants. Mêmes arguments délicats envers le Cameroun ou la petite Guinée. quant au Chili et au Mexique, ils font l’objet de pression d’autant plus vive que leurs relations avec les Etats-Unis sont “continentales”.
A ce stade, une question se pose: Pourquoi George Bush se plie-t-il à ce deuxième cérémonial onusien, alors qu’il n’a cessé de répéter que rien ne l’y contraint? Pourquoi la Maison Blanche repasse-t-elle par la case ONU?
Certainement pas pour légitimer son bellicisme auprès de compatriotes “traumatisés”. Ils sont partout pour abattre toute cible qu’on leur désigne au nom de leur sécurité. Mais plus précisément pour sauver la mise de ses supplétifs - Blair-Aznar et Berlusconi - bien mal en point à domicile.
Car il s’est passé quelque chose de nouveau ces deux dernières semaines: l’ébauche d’une opinion publique mondiale - européenne assurément - avec ces millions de manifestants descendus de partout dans les rues, non pas pour la défense d’intérêts catégoriels, mais pour une cause qui transcende les clivages et les différences; l’affirmation que “cette” guerre d’agression n’est pas la leur.
S’il était seul, Geroge Bush n’aurait guère pris en compte cette levée en masse. Mais elle atteint de plein fouet son allié britannique. Un Tony Blair qui se retrouve avec plus d’un million de protestataires à Hyde Park, avec son parti le Labour, hostile à son engagement, et avec son propre gouvernement troublé.
Ce n’est pas tenable longtemps pour Washington, il faut donc sauver le soldat Tony en grand danger s’il engage les troupes britanniques sans nouveau passage devant l’ONU.
En devant l’impuissance à emporter l’adhésion avec des preuves introuvables, il faut changer aussi de rhétorique et d’angle d’attaque, on joue désormais sur le registre “morale”, on parle moins des armes dangereuses, du manque de coopération de l’Irak ou de sa liaison avec Ben Laden que de la nécessité de déposer un dictateur et de restaurer la “démocratie”
Ce changement de pied est doublement révélateur. D’abord, de la confusion dans laquelle les méga-manifestations ont plongé les partisans de la guerre. Ils ne peuvent attaquer sans désarmer auparavant leur propre opinion publique. Ensuite, de la prise de conscience par l’Administration Bush, du fiasco de sa communication originelle. Pourquoi la croisade du “maître” du monde est-elle aussi mal comprise, aussi peu suivie? Sans doute parce que cette pseudo-grande nation qui se targue d’être championne de la transparence a menti, et que tout le monde l’a senti.
Sadek Hajji